Côte d’Ivoire : Quand les valeurs africaines sont détruites pour diviser les populations. Par Claude Koudou

CIVOX.NET
Samedi 14 Mai 2016 - 14:16


Quel type de rassemblement sur l’idée d’une nation et la construction d’une nation ivoirienne ?

DR Claude Koudou
DR Claude Koudou

Un tel questionnement, parce qu’il est ouvert, peut aider à trouver des points de convergences dans des moments de crise, comme ceux que connaissent les pays africains mais singulièrement la Côte d’Ivoire. Cette dernière ayant joué un grand rôle et le joue encore dans l’accueil des ressortissants d’autres pays, en particulier ceux de la sous-région ouest-africaine. La nécessité d’examiner une telle problématique tient à ce qu’il y a un besoin – si nous tenons à nous (re)lever  – d’asseoir des repères aux fins de contribuer à la sensibilisation ou à l’éducation des plus jeunes et des générations futures. Mais un tel débat, par sa nature transversale a également le mérite de moins cristalliser des passions et peut circonscrire des sources de légitimation vers un procès en sorcellerie de la part de ceux qui, en étant pour le « droit à la différence », estiment néanmoins que des opinions contraires à une pensée unique, ne peuvent avoir de place dans leur bord, entendons la gauche en général. Ce type de considérations intente de façon épidermique des « procès en sorcellerie ». S’il est vrai que depuis des décennies, certaines élites se montrent complaisantes si elles ne collaborent pas simplement à ce que les systèmes d’oppression et de prédation résistent ou affaiblissent les luttes pour l’émancipation, il n’en demeure pas moins que les approches sectaires constituent d’autres poches de difficultés.

La question qui se pose singulièrement en Côte d’Ivoire mais qui est pendante dans toute l’Afrique, est « quel mode de société et quelles valeurs sont viables pour les  Africains ? » La Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo, a été frappée le 11 avril 2011 à cause de sa volonté de s’émanciper de l’ancienne puissance tutélaire et ainsi prendre son destin en main ; objectif pourtant noble parce que les autorités occidentales notamment la France nous ressassent que les « Africains doivent prendre leurs destins en main ». L’hypocrisie institutionnalisée de ceux qui veulent en réalité garder l’Afrique sous leur domination mérite de bâtir des forces sur des questions transversales comme celles sur les valeurs partagées ou celles qui doivent l’être – pour l’intérieur des Etats – ; et pour l’extérieur des Etats, la même problématique avec des pans panafricanistes. 

En restant sur le cas de la Côte d’Ivoire, on peut d’abord rappeler que depuis l’accession à son indépendance politique, deux écoles de pensées s’opposent : une qui est pour la perpétuation de l’ordre ancien ; celle-là a d’ailleurs fait croire qu’elle travaillait à l’épanouissement du peuple. Et une autre école, progressiste celle-là qui aspire à l’indépendance effectivement politique mais surtout, à celle économique pour le bien-être des populations. La première école, conservatrice se comporte comme le prolongement sinon le protégé de l’ancienne puissance tutélaire. Elle a donc toujours cherché, si elle n’étouffe pas les velléités émancipatrices dans l’œuf, à les réprimer sévèrement à la première manifestation publique soupçonnée ou effective. C’est dans cette ambiance de peur que les forces progressistes, avec à leur tête le Front populaire ivoirien, obtiennent la restauration du multipartisme en Côte d’Ivoire le 30 avril 1990. Après cette étape, il faut maintenant la démocratie. C’est la dynamique qui devait conduire à son installation qui a été brutalement arrêtée par les bombes franco-onusiennes, sous l’influence de l’autre falsificateur de l’histoire dans l’Hexagone, en l’occurrence Nicolas Sarkozy ; celui-là qui a travesti la résolution 1975 des Nations Unies pour régler des comptes en Côte d’Ivoire – en plaçant un ami à la tête de ce pays – et en Libye avec celle 1973, croyant dans ce dernier cas effacer ses casseroles sur les financements de sa campagne présidentielle de 2007.

En Côte d’Ivoire, les populations sont paupérisées ; il n’y pas de liberté d’expression ; la multiplicité des prisonniers politiques et des détentions arbitraires sont l’expression d’une enfreinte criante des droits de l’homme ; la corruption est devenue la règle et la bonne gouvernance l’exception ; le rattrapage ethnique prôné par Alassane Dramane Ouattara cultive beaucoup d’injustices ; la gabegie et la cupidité d’un clan en cols blancs pillent le pays avec le soutien de l’ancienne puissance coloniale, – disons la puissance néocoloniale – dont la diplomatie économique n’est pas regardante des multiples dérives énoncées ci-dessus. Nous avons une preuve récente de la bouche du ministre français des Affaires étrangères qui encense les autorités ivoiriennes – en réponse à la question d’un sénateur communiste sur la situation des prisonniers politiques –, sur des prétendus efforts pour la réconciliation nationale ... Il s’agit là d’un déni méthodique qui est à l’opposé des valeurs humanistes et droit-de-l’hommistes que la France brandit à satiété quand elle veut donner des leçons, puisque les déclarations de Jean-Marc Ayrault ne correspondent en rien à la réalité du terrain. Les autorités françaises se permettent ainsi de quitter Paris pour faire des proclamations sous l’impulsion d’inspirations de séjour de 24 ou 48 heures, aux côtés d’Alassane Dramane Ouattara, niant de cette façon les souffrances des populations ivoiriennes. C’est une manœuvre à tromper l’opinion.

Par ailleurs, il est presque probable qu’Hillary Clinton et Alain Juppé accèdent respectivement à la magistrature suprême aux USA et en France. La proximité d’Hillary Clinton avec madame Dominique Ouattara est connue. Et pour le deuxième cas, la possibilité de l’enterrement des dossiers de l’emblématique « affaire du bombardement à Bouaké » est forte. Ces contingences devraient être de bons motifs de rassemblement pour arracher les libertés confisquées. Surtout que, quels que soient les bords dont ils se réclament ou auxquels ils sont assimilés, les Ivoiriens sont victimes de la mauvaise gouvernance d’Alassane Dramane Ouattara.

Dans l’ouvrage « La Côte d’Ivoire face à son destin, Et si l’Afrique était Gbagbo ? Ed. L’Harmattan ; Oct. 2010 », sous le titre de sa communication au colloque, organisé par le Réseau Côte d’Ivoire Diaspora, le 16 octobre 2010 : « Pourquoi soutenir le Résistant Laurent Gbagbo ? Enjeux scientifiques et enjeux de civilisation : Entre Histoire, Mémoire et Symbole », Malick Ndiaye écrit : « Ce n’est pas la guerre qui a amené la crise, mais tout au contraire la crise qui aurait conduit à la guerre. Mais de quelle crise s’agit-il, dont la présidentielle de 2010 après celle de 2000, aurait pour but de réduire les fractures et de panser les blessures ? Voilà la question dont on ne peut faire abstraction qu’en imagination. Le fait est que si d’aucuns ont pris les armes, ce n’est pas au nom de la Démocratie, mais bien contre elle ; car les élections d’Octobre 2000, pour « calamiteuses » qu’elles fussent, d’après les propres mots de Koudou Laurent Gbagbo, n’en n’étaient pas moins régulières. Partant, ce qui est en jeu le 31 octobre 2010, tout comme le 26 octobre 2000, ce n’est pas la violation, ni les listes électorales, ni les organes de contrôle et de supervision, le nombre de candidats et de candidatures, mais le choix de société ouverte et de régime des libertés qui était sorti des urnes. Une guerre contre la Démocratie, n’est-ce pas le schéma catastrophe qui a fait plonger la Côte d’Ivoire et menacé la sous-région d’entropie ? » Pour menacer la cohésion de nos pays, des valeurs comme le respect, la solidarité, la fraternité, l’amour du « compromis sous l’arbre à palabre », … ont été détruites ou substituées à la culture de la violence, de la barbarie, des assassinats politiques et de l’imposture. 

Comment sortir de ce piège qu’il faut absolument défaire pour rassembler et aller vers la construction d’une Nation ivoirienne à laquelle la logique du « diviser pour mieux régner » de la puissance néocoloniale s’oppose ? En cela, la suite de la déclinaison de Malick Ndiaye vient encore fouetter notre orgueil : « Et pourtant, l’on ose encore prétendre aujourd’hui qu’un scrutin arraché à une République demi-évanouie, par des milices armées et des chefs de guerre stipendiés, soutenus en sous-main par une communauté internationale en goguettes, avec un canon sur la tempe, aurait la vertu de rendre la démocratie à la Nation et la Paix au peuple ! En vérité, pour qui a gardé en mémoire la succession des évènements et les propos comme les écrits des principaux protagonistes, l’alternative historique : « Démocratie ouverte contre Dictature monolithique » est dépassée en Côte d’Ivoire ; le rendez-vous c’était en 2000 ! ».

Quand on suit donc le parcours de Laurent Gbagbo, on s’aperçoit que la haine, les rancœurs, la mesquinerie, la fermeture, l’égoïsme et le sectarisme … n’habitent en aucune manière son approche de la chose politique. Pour rassembler les Ivoiriens, au-delà d’obédiences substantiellement artificielles et dans l’esprit des valeurs qui constituent le tryptique « Espérance, Hospitalité et Fraternité », le démocrate Laurent Gbagbo s’est toujours mis au-dessus de la mêlée, à la différence de ceux qui, aujourd’hui exercent les hautes fonctions de l’Etat et/ou aspirent à l’exercer en Côte d’Ivoire. On observe que des médias-relais et des « intellectuels mercenaires » intoxiquent l’opinion pour donner un visage humain à l’impérialisme occidental et l’accompagner ainsi dans le nouve(au)l (dés)ordre mondial, c’est selon.

La démarche incomprise par certains quand d’autres l’ont prise pour de la naïveté  –   sans nier somme toute certaines difficultés pour ne pas parler d’insuffisances –, plaide en faveur de l’otage de Scheveningen. En fait, si l’envoyé des conservateurs du Fonds monétaire international (FMI) qu’est Alassane Dramane Ouattara réussit à déstructurer l’économie ivoirienne pour la vendre à la découpe, il n’a pas été à la hauteur du charisme qu’il a « vendu » à ses mandants. Alassane Dramane Ouattara a été préparé plusieurs années durant par les tenants des institutions de Bretton woods pour remplacer l’élu démocratique du peuple, c’était là l’indocile Gbagbo. La violence politique qu’incarne Ouattara qui contraint devrait remplacer la voie démocratique qui permet les discussions. Punir celui qui prône un « partenariat gagnant-gagnant » avec la France, tel était l’agenda caché dans le cahier de charges de la Cour pénale internationale. Cette juridiction, par ses rapports incestueux avec la politique, est tombée dans son propre piège parce que les conflits d’intérêts ont vite couru dans le prétoire.

Dans l’intérêt des Ivoiriens, Et si Alassane Dramane Ouattara voulait amoindrir les effets du scandale, il se tournerait vers la « realpolitik » en regardant simplement ce qui se passe dans le pays, au lieu de s’enfoncer dans des aventures cosmétiques. Comme quoi, pour une réconciliation nationale viable, il faut passer par La Haye – voir Gbagbo – avant d’arriver au Ghana, dans les camps des réfugiés. L’équation est difficile. Mais il faut se pencher sur sa résolution avant que les inconnues ne ferment définitivement les portes d’une sortie humaine encore possible. La réalité qu’il ne faut pas se cacher est que la violence politique et le musèlement des opposants ont incontestablement atteint leurs limites.




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