Côte d’Ivoire: Quand des députés se ridiculisent

Vendredi 22 Janvier 2016 - 15:21


Mercredi 20 janvier 2016, des députés  fantoches  ont apporté leur soutien,  indéfectible et entier, à leur président victime, à leurs yeux, “ d’un acharnement politico-judiciaire incompréhensible” (Bédié avait utilisé un vocabulaire similaire quand la juge française Sabine Khéris voulait mettre la main sur le même “président”) et protesté contre le mandat d’arrêt international lancé par la justice burkinabè contre Soro avant de proférer des menaces à peine voilées (s’en prendre aux Burkinabè vivant sur le territoire ivoirien) au cas où le mandat était exécuté. Pour moi, ces personnes, qui ne doivent leur présence à l’Assemblée nationale qu’au fait que, en septembre 2002, quelques délinquants et voyous ont pris les armes et attaqué lâchement et injustement la Côte d’Ivoire, viennent une fois de plus de s’illustrer négativement et tristement. Pour trois raisons. La première, c’est qu’ils proposent un règlement diplomatique de l’affaire Soro. Cette proposition me semble d’autant plus curieuse que les pseudo-parlementaires se sont toujours vanté d’avoir restauré la démocratie en Côte d’Ivoire. Or, dans une démocratie digne de ce nom, on ne règle pas par la diplomatie une question relevant de la justice et un vrai démocrate accepte que la justice et le parlement ne soient pas aux ordres du pouvoir exécutif. C’est au prix de nombreux sacrifices que les Burkinabè ont tourné le dos à la soumission de la justice à l’exécutif. Ce Burkina post-Compaoré tolérerait difficilement que le nouveau président s’immisce dans le travail des juges. En préconisant la solution diplomatique, Ouattara, Soro et leurs députés confirment simplement qu’ils sont adeptes des voies tortueuses. S’il était démocrate et digne, s’il n’avait pas trempé dans le coup d’État avorté de septembre 2015 contre les autorités de la Transition, Soro se serait empressé de démissionner pour se présenter devant les juges burkinabè.
Deuxièmement, les faux députés affirment que le Burkina a méprisé notre pays en émettant un mandat d’arrêt à l’encontre de Soro. Le Burkina n’a pas encore insulté la Côte d’Ivoire. Ses juges poursuivent un seul objectif : entendre un  individu qui voulait brûler leur pays. Soro n'est pas la Côte d'Ivoire et ce n’est pas en tant que président du parlement ivoirien qu’il voulait donner un coup de pouce aux putschistes et assassiner Chérif Sy et Salif Diallo. En d’autres termes, ce n’est pas un pays mais un individu qui est en cause ici. Notre pays a déjà trop souffert de sa cruauté pour être mêlé aux ennuis judiciaires du sieur Soro. Quand on ne connaît rien d’autre que la violence et les tueries, il faut s’attendre un jour au retour du bâton. Et, quand on n’est pas gêné d’envoyer devant la justice ses adversaires, accusés de crimes fantaisistes, on ne devrait pas refuser de répondre à la convocation de la même justice pour des faits graves avérés. Bref, Soro est assez grand pour se défendre. Je lui souhaite de prendre son courage à deux mains pour affronter la justice burkinabè! S’il est innocent, il sera acquitté. Il pourra alors retrouver le perchoir de l’Assemblée. Dans  le  cas  contraire,  il  sera condamné, ce qui n’empêchera pas la terre de continuer à tourner ni le Burkina et la Côte d’Ivoire d’avoir de bonnes relations. Je pense même que les deux peuples entretiendront de meilleurs rapports car, tant que Soro, Compaoré et Dramane Ouattara ne sont pas neutralisés, la sous-région ne connaîtra ni paix, ni développement. Au lieu de jouer les vierges effarouchées, au lieu de  confondre un individu avec un pays, les pseudo-députés auraient dû rappeler à leur président les paroles prononcées par Louis XIV sur son lit de mort en 1715 : “Je m'en vais mais l'État demeurera toujours.”
Le troisième fait qui montre que les députés de Soro font fausse route tient à leurs menaces. Ils laissent effectivement entendre que les Burkinabè vivant en Côte d’Ivoire pourraient subir des représailles si le mandat d’arrêt était maintenu. Le peuple ivoirien, dont la vie a été marquée par des assassinats et des coups de force ces dix-sept dernières années, ne cèdera pas à cette manipulation et n’entreprendra donc rien contre les citoyens  du Faso  présents sur son  sol. Si quelque chose leur arrive, les seuls responsables seront les  députés du RDR. C’est à  eux, et uniquement à eux,  que les dirigeants du Faso devront demander des comptes.
Il n’est pas inutile de rappeler que, si Soro s’est  impliqué  autant dans la tentative de coup d’État du 16 septembre 2015, c’était pour renvoyer l’ascenseur à Compaoré qui  l’avait  aidé  à  déstabiliser  la  Côte d’Ivoire. Celle-ci  est  certes prête à offrir l’hospitalité à quiconque est persécuté dans son pays mais elle n’a pas vocation à héberger des bandits de grand chemin comme Compaoré. Elle n’est ni un repaire de brigands, ni une poubelle. À cause de la dictature de Compaoré, des hommes de qualité, parmi lesquels le souverainiste et panafricaniste Thomas Sankara, le journaliste d’investigation Norbert Zongo, l’universitaire Clément Oumarou Ouédraogo, nous ont prématurément quitttés, laissant derrière eux des veuves et orphelins que nul ne pourra jamais consoler. Justice doit être rendue à ces personnes. Voilà pourquoi les leaders de l’opposition ivoirienne doivent exiger et obtenir l’extradition de Compaoré. Eux et tous les hommes épris de justice doivent se mobiliser pour cette cause car, comme l’a bien exprimé le poète cubain, José Marti, “celui qui ne se sent pas offensé par l'offense faite à d'autres hommes, celui qui ne ressent pas sur sa joue la brûlure du soufflet appliqué sur une autre joue, quelle qu'en soit la couleur, n'est pas digne du nom d'homme.”
En conclusion, il  n’est  pas exagéré d’affirmer  que  les députés RDR  ont  raté  une  occasion de  se taire. Ils reprochent au Burkina d’avoir fait une entorse aux “us et coutumes” mais,  depuis quand,  déstabiliser un pays voisin fait-il partie des “us et coutumes” des pays civilisés? Ils  veulent  nous faire  croire que Soro et  la Côte d’Ivoire, c’est la même chose. Ils placent les élus (députés et  président de la République)  au-dessus  de   la  loi, même quand ceux-ci sont coupables d’actes terroristes. Pour eux, la diplomatie doit supplanter la justice. Mais  ce qu’ils appellent diplomatie cache  en  réalité  une impunité qui couvrirait les crimes commis. Car ce qu’ils désirent  secrètement, c’est l’étouffement ou l’enterrement des  conversations  téléphoniques par Roch Kaboré.  Un désir qui aura du mal à se réaliser, d’autant que les Burkinabè ont pris goût à l’indépendance de la justice et  souhaitent,  dans leur  majorité, que  les commanditaires et complices du coup d’État manqué soient arrêtés et sévèrement punis.  Et  on ne peut que leur donner raison car,  si Soro  avait  été  jugé  et  condamné  pour  avoir pillé la  Bceao et .tué des milliers d’Ivoiriens innocents, peut-être que  nous  n’en  serions  pas  là  aujourd’hui.


Jean-Claude Djereke
 




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