Côte d'Ivoire: Ouattara a peur de ce qui arrive

Après avoir tout mis en œuvre pour annuler le congrès du FPI, sans succès, mais pas la fête de la liberté, Alassane Ouattara a fait arrêter hier les principaux artisans de cette victoire. Dano Djédjé, le président du comité d’organisation, Hubert Oulaye qui a été réélu à la tête du comité de contrôle et Justin Koua qui a mis en déroute, avec l’aide des jeunes des villages avoisinants, les 150 gendarmes qui avaient envahi tôt le matin du 30 avril le petit village de Mama. Avec ça, il ne reste plus qu’à formaliser la présence du FPI au sein de la coalition nationale pour le changement qui alimente les peurs actuelles de Ouattara.

Mercredi 6 Mai 2015 - 00:32


On croirait qu’il ne craint rien. Pourtant, cela n’est pas vrai. En effet si le chef de l’Etat s’en est pris hier aux principaux artisans du congrès de Mama qui a porté Laurent Gbagbo à la tête du FPI, c’est bien parce qu’il ne reste plus qu’à ce parti de parapher l’accord portant création de la coalition nationale pour le changement, en abrégé CNC. La cérémonie officielle est prévue pour le 15 mai prochain dans un lieu qui n’est pas encore indiqué. Le FPI qui avait accepté favorablement l’existence de ce cadre qu’il a négocié en dépit des dénégations de Pascal Affi N’guessan qui en était encore le président du parti, avait néanmoins demandé à ses partenaires d’attendre l’organisation de son congrès extraordinaire. Le président Laurent Gbagbo, toujours incarcéré à La Haye, avait souhaité être formellement élu par le congrès avant que le parti paraphe un tel accord. Ce qui est finalement le cas. Le FPI va donc officiellement prendre part aux rencontres de cette coalition qui regroupe toute la classe politique, excepté Henri Konan Bédié et Mabri Toakeusse de l’UDPCI. Même officiellement rangé derrière la candidature unique de Ouattara, le PDCI y a de nombreux cadres déjà déclarés candidats à la prochaine élection présidentielle. Les plus connus d’entre eux sont sans conteste Charles Konan Banny, l’ancien gouverneur de la Bceao, Essy Amara, ancien président de la commission de l’Union Africaine et Bertin Kouadio Konan, député de Port-bouët. La coalition nationale pour le changement s’est faite autour d’un document qui pose les conditions de la participation de l’opposition au scrutin présidentiel. Il pose ainsi comme préalables la réforme du code électoral et de la commission électorale indépendante, la mise en place de procédures consensuelles  sur l’identification et l’enrôlement des électeurs, y compris sur la liste électorale, la modification de la constitution, la sécurité des électeurs et des candidats, l’accès aux médias de service public, le financement public des partis politiques, la réalisation de la réconciliation nationale… Sur le plan opérationnel,  la coalition va mobiliser la rue pour se faire entendre. Selon l’ancien président de l’Assemblée nationale Mamadou Koulibaly qui en est l’un de ses concepteurs, «  c’est parce que l’opposition le laisse faire que Ouattara fait le malin », assurant qu’il n’est plus question de laisser le pays faiblir encore longtemps. La presse nationale ergote généralement sur le point de savoir qui sera le leader de cette coalition mais de sources proches  de ses concepteurs, la coalition n’a pas pour but de se focaliser sur un leadership. Il s’agit de contraindre Ouattara à accepter le jeu démocratique par la mise en place de conditions régulières de participation aux élections à venir. A côté de cette question, subsiste également celles liées à la réconciliation nationale mais aussi à l’inéligibilité de Ouattara. Le programme de la coalition nationale pour le changement mentionne en effet comme l’un de ses points la modification de la constitution. Ce choix est dicté par la situation de Ouattara qui n’est pas éligible au regard de la constitution ivoirienne. Aussi pour être candidat, doit-il envisager une révision constitutionnelle à l’issue d’un référendum. Commentant cet agenda, le député KKB a affirmé que Ouattara a peur et que la coalition nationale de l’opposition va augmenter sa peur. Signe d’ailleurs que ça bouge dans les états-majors, la coordination de l’Europe s’est déjà formée. Elle regroupe tous les partis fondés par la diaspora ivoirienne et des leaders nationaux en exil dans des pays occidentaux ou leurs représentants. Le nouveau mouvement promet de ne pas donner du répit à Ouattara qui, dans l’attente, s’est déjà remis à la répression des cadres du FPI. Jusqu’au moment nous mettions sous presse, personne ne savait encore où est détenu le président du comité de contrôle Hubert Oulaye, enlevé tôt dans la matinée par le CCDO en même temps que Sébastien Dano Djédjé et Justin Koua.


Sévérine Blé

Source: Aujourd’hui / N°882
 




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