Côte d'Ivoire: Les malheurs de Thérèse Houphouët-Boigny

Le faramineux héri- tage de Félix Hou- phouët-Boigny refait surface et avec lui, tout le mystère qui entoure le mode de succession. Pour la première fois, l’ancienne première Dame, Marie-Thérèse Houphouët-Boigny, se lance dans le combat et porte plainte devant des tribunaux français. Elle dénonce son exclusion d’un héritage qui culmine à 65 milliards et tourne enfin les projecteurs vers son malheur.

Vendredi 4 Juillet 2014 - 03:59


Thérèse Houphouët-Boigny
Thérèse Houphouët-Boigny
21 ans après la mort de son époux, Marie-Thérèse Houphouët-Boigny est décidée à ne plus se laisser faire. Dans la dernière édition de Jeune Afrique qui consacre de longues pages à l’héritage de son époux, la veuve du premier président ivoirien s’est décidé à porter plainte pour escroquerie. Sa fille, Hélène, met plus volontiers les pieds dans le plat et accuse, selon l’hebdomadaire, Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara de complicité d’escroquerie. La succession, elle, donne le tournis. 65 milliards de nos francs. Ce magot ne fait pas l’objet d’une quelconque procédure de biens mal acquis comme c’est le cas des biens de la plupart des chefs d’Etat africains. En revanche, son mode de succession continue de diviser les Boigny depuis 21 ans. Et pour ne rien arranger, sa veuve d’Houphouët-Boigny s’estime exclue depuis le départ. Zone d’ombre. En fait, la première zone d’ombre concerne sans doute l’absence d’un testament. Alors que les charges d’Hélène Houphouët-Boigny et de sa mère, Marie Thérèse, sont particulièrement violentes, l’exécuteur testamentaire Philippe Rideau, ancien vice-président à JP Morgan, est formel : les legs d’Houphouët, notamment au Vatican pour la construction de l’hôpital catholique Saint Joseph Moscati de Yamoussoukro, sont verbaux. C’est Guillaume Houphouët qui, en 1997 saisit Philippe Rideau, pour régulariser ce legs verbal. Il signe alors avec trois autres mem- bres de la fratrie (Augustin, François et Marie) une procuration donnant pouvoir à Philippe Rideau. Ce dernier rencontre le pape Jean-Paul II, le 18 janvier 1998 qui insiste sur le respect des procédures afin que l’honneur de l’Eglise soit sauf. Après le pape, l’exécuteur testamentaire rencontre aussi Henri Konan Bédié qui retire néanmoins de ce legs verbal l’hôtel Baumont, situé rue Masseran, acheté à l’époque à 60 millions de FF cash. L’affaire est donc rondement menée par quatre des enfants sur les sept officiellement reconnus par le premier président ivoirien. La veuve en est exclue. On sait d’ailleurs très peu du contenu exact du legs. Selon Philippe Rideau qui cite le président Henri Konan Bédié au pouvoir au moment des faits, il s’agissait du produit de la vente de tableaux alors en cours à Londres et à New York chez Sotheby's. Ainsi que la totalité de ses propriétés immobilières et de leur contenu en mobilier et œuvres d'art dont il serait, à son décès, propriétaire en France ». L’exécuteur testamentaire affirme aussi avoir mis tout le monde d’accord « pour inscrire ce legs verbal dans le respect des règles du droit successoral, (et qu’il) a fallu procéder à des arbitrages ». Tout le monde, sauf Hélène Houphouët-Boigny et Marie- Thérèse Houphouët-Boigny, la veuve du Vieux. Et c’est à juste titre que les deux membres de la famille contestent l’arrangement testamentaire. Mais l’ancienne première dame n’a pas seulement été exclue de l’héritage de son époux. A l’arrivée de Bédié au pouvoir, elle est obligée de quitter la Côte d’Ivoire où elle n’avait d’ailleurs plus le droit de conserver son association N’daya, pour ne pas faire de l’ombre à l’épouse du nouveau président Henriette Konan Bédié qui ne veut pas de concurrence pour Servir. Marie Thérèse Houphouët-Boigny est même obligée de raser les murs. Les égards diplomatiques lui sont refusés et le salon d’honneur, à l’aéroport d’Abidjan lui est interdit. Elle s’exile donc au Bahamas, dans l’une des îles américaines. Alpha Blondy lui consacre ainsi une chanson intitulée « les larmes de Thérèse » pour camper ce décor. La situation de la veuve d’Hou-phouët est d’autant plus préoccupante que sur le plan institutionnel, rien n’est réglé. C’est seulement à l’arrivée de Laurent Gbagbo au pouvoir qu’une loi est enfin votée. Elle vise à protéger les ex-premières dames en particulier et tous les grands commis de l’Etat en général. C’est elle qui permet à Bédié et Ouattara de toucher des rentes viagères en tant qu’ancien président pour l’un et ancien premier ministre pour l’autre. Thérèse Houphouët-Boigny sort également de sa quasi clandestinité. Lors de la cérémonie de la paix à Yamoussoukro, elle fait partie des invités de Laurent Gbagbo qui la remercie publiquement de sa présence. Quant à l’absence d’un testament qui aurait pourtant tout clarifié aujourd’hui, elle n’en ra- joute en fait qu’à ce lourd mystère qui continue de couvrir l’un des héritages les plus conséquents pour que chacun puisse y trouver son compte.■

SéVérIne Blé
Source: Aujourd’hui / N°677 du Jeudi 03 Juillet 2014




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