Côte d’Ivoire Les juteux trafics des seigneurs de guerre devenus militaires

Le conseil de sécurité pourrait adopter un texte allégeant l’embargo sur les armes et levant celui sur l’exportation des diamants. Un récent rapport de l’ONU épinglant les trafics dans lesquels trempent des militaires ivoiriens juge pourtant ce régime de sanctions toujours nécessaire. (Texte finalement adopté dans le courant de la journée de ce mardi).

Vendredi 2 Mai 2014 - 08:08


Issiaka Ouattara , dit Wattao
Issiaka Ouattara , dit Wattao
Aun an et demi de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, l’embargo sur les armes va-t-il être assoupli et celui sur les dia- mants levé ? Le conseil de sécurité de l’ONU pourrait adopter un texte aujourd’hui en ce sens, accédant à une demande de Paris. Conséquente plutôt surprenante de la publication d’un rapport onusien du groupe d’experts sur la Côte d’Ivoire mettant au jour de multiples violations de ces embargos depuis l’arrivée de Ouattara au pouvoir. Plusieurs sociétés, dont certaines sont enregistrées en Israël, sont impliquées dans la livraison illicite de matériel militaire commandé par le Conseil national de sécurité ivoirien, une institution placée sous la supervision directe de la présidence. Les experts de l’ONU relèvent au passage « des écarts entre les prix propo- sés par les fournisseurs et les prix pratiqués pour les autorités ivoiriennes », qui peuvent « constituer un moyen de détourner des fonds ». Armes, matériel militaire ou véhicules arrivent par bateau, par avion, par voie terrestre. Des mitrailleuses lourdes, des obus de mortier, des grenades et des minutions ont ainsi transité par le Burkina Faso entre 2009 et 2014. Plus grave encore : une cargaison de matériel militaire en provenance de Chine, destinée à la Mission de l’ONU au Mali (Minusma), déchargée le 9 novembre 2013 dans le port d’Abidjan, aurait servi à faire entrer illicitement des armes en Côte d’Ivoire. Exploitation et exportations illégales de res- sources naturelles Ce document accablant révèle aussi que des militaires de haut rang, anciens seigneurs de guerre des Forces nouvelles recyclés au sein des de la hiérarchie des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), supervisent toujours l’exploitation et l’exportation illégales de ressources naturelles (diamant bruts, or, cacao, noix de cajou, bois, etc.) à des fins d’achat d’armes ou d’enrichissement personnel. Visé, entre autres, et nommément cité dans ce rapport, Issiaka Ouattara, alias Wattao, ex-com’zone (commandant de zone) des Forces nouvelles à Séguela, devenu com- mandant adjoint de la garde républicaine. Celui-ci «a le contrôle de l’extraction artisa- nale de l’or dans la ville de Doropo, site exploité au titre d’une «concession» par des ressortissants burkinabés. Il en aurait cédé les «droits d’exploitation pour 25 millions de francs CFA (50000 dollars), et perçoit en sus des revenus mensuels qui s’élèvent à 60 millions de francs CFA (120 000 dollars», accuse le rapport. Destination «naturelle» de ce trafic d’or : le Burkina Faso. Wattao et ses hommes prélèveraient également une confor- table dime sur le négoce des diamants bruts à Séguéla, dont ils faciliteraient l’exportation illégale moyennant finances. Les pierres précieuses sortent du pays en contrebande via le Mali, la Guinée ou le Libéria, avant d’être écoulées aux Emirats arabes Unis, sur le marché de Dubaï en particulier. L’argent sale, sous forme d’espèces, rejoint «de vastes réserves» dans des mai- sons ou des entrepôts appartenant aux anciens com’zone, lorsqu’il n’est pas passé «en contrebande en grande quantité par des membres de l’Union économique et moné- taire ouest africaine». Il est ensuite blanchi via divers investissements, surtout dans le secteur de la construction et du bâtiment. En fait, l’économie parallèle mise sur pied par les seigneurs de guerre alors qu’ils contrô- laient la moitié nord du pays, après le coup d’Etat manqué de 2002 contre Laurent Gbagbo, est restée intacte. Avec l’intégration des com’zone dans l’appareil militaire, elle a même pris une nouvelle dimension, dans un contexte où les filières très lucratives du pétrole ou du cacao demeurent plus opaques que jamais. Cette économie de guerre basée sur le pillage des ressources naturelles et minières, qui finance toujours l’achat d’armes, reste une menace pour la stabilité de la Côte d’Ivoire, pays encore clivé. «Dans un contexte où la réconciliation politique demeure faible, le processus de lutte contre l’impunité est inefficace. De plus, lorsque les processus de désarmement, démobilisation et réintégration et de réforme du secteur de la sécurité contri- buent à consolider et institutionnaliser le pouvoir des structures des anciens combattants de zone à l’intérieur de l’appareil sécuritaire de l’Etat (…), le régime des sanctions reste utile et efficace pour préserver la stabilité en Côte d’Ivoire et dans la sous-région», indique le rapport. Une façon de recommander la prorogation de l’embargo sur les armes… que le conseil de sécurité s’apprête à lever partiellement, au nom de «l’amélioration de la situation sécuritaire en Côte d’Ivoire».
Rosa Massaoui

L’Humanité du mardi 29 avril 2014




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