Côte d'Ivoire: Le prix des mauvais choix

Mardi 29 Avril 2014 - 07:46


Gouvernement Ivoirien
Gouvernement Ivoirien
Savoir définir ses priorités est un fait, mais savoir le faire en temps opportun en est un autre. En Côte d'Ivoire, cette dualité, sans doute la clé de voûte d'une gouvernance réussie semble constamment ignorée et passée à la trappe par les gouvernants. Et ce sont les populations qui en paient cash le prix; le prix des mauvais choix des priorités faits par les dirigeants en matière de gouvernance. La définition des priorités de gouvernance en Côte d'Ivoire manque malheureusement et lamentablement de pertinence et de tact. On peut avoir de bonnes idées, dont la mise en œuvre se justifie au regard des implications et de l'impact certain de celles-ci à court, moyen ou à long terme sur le quotidien des populations. Mais si le moment de le faire est mal choisi, on peut se retrouver dans une impasse en ce qui concerne la préservation des intérêts du peuple. Et du coup, les objectifs escomptés se trouvent ruinés.

Le RGPH 2014 lancé il y a peu en la parfaite illustration.

Nous savons tous l'importance du RGPH. Mais il reste à savoir si le moment choisi pour lancer une telle opération est bien indiqué. Une opération dont la seule importance requiert et exige inéluctablement des dispositions ainsi que des conditions assez particulières. Actuellement en Côte d'Ivoire, comme ce jeune mannequin Awa Fadiga, on continue de perdre la vie dans nos CHU et hôpitaux ne serait-ce souvent que par manque de soins de première nécessité et aussi à cause de la trop grande corruption. Les urgences n'existent que de nom. Le minimum manque cruellement, la conscience professionnelle aussi. Les structures sanitaires publiques sont maintenues dans une certaine précarité, pendant qu'à la moindre piqure d'insecte, les gouvernants vont s'offrir des soins médicaux à prix d'or aux frais de l'Etat en Europe. Des millions de ménages sans doute les plus nombreux sont dans l'incapacité de s'offrir un abonnement Cie/Sodeci, de scolariser convenablement leurs enfants, faute de moyens. Certaines localités, souvent même en plein Abidjan n'ont pas d'infrastructures scolaires et socio-éducatives. Quand il en existe, l'état de délabrement de celles-ci laisse pantois.

Le chômage, le manque d'emploi et les licenciements à tour de bras sont devenus coutumes.

C'est dans un tel contexte où les Ivoiriens ne peuvent pas se soigner, où se nourrir ne serait-ce qu'une fois par jour est devenu un vrai parcours du combattant; c'est dans ce contexte où on a supprimé à des milliers d'Ivoiriens le droit à l'emploi dans leur propre pays par des licenciements massifs honteusement et scandaleusement justifiés par des prétendus motifs économiques; où les générations sacrifiées ne font que s'accumuler, où le jeune Ivoirien est incapable de se projeter dans l'avenir, c'est en ce moment-là que les gouvernants choisissent de procéder à un RGPH dont le coût de réalisation (plus de 12 milliards) donne le tournis. Ajoutons à tout cela, le contexte politique dans lequel la méfiance regagne en intensité, tant au niveau de la classe politique qu'au sein de la population. Cette autre réa- lité biaise forcément la réussite ainsi que l'atteinte des objectifs de cette opération pourtant hautement stratégique à tout point de vue. C'est pourquoi, elle doit être en principe débarrassée de toute pesanteur et de tout calcul politicien. Au regard de tout cela, il est clair que le moment est mal choisi pour ce RGPH. Et l'entêtement du gouvernement à vouloir conduire à tout prix cette opération cache mal une arrière intention qu'on ne nous dit pas. On pourrait utiliser cet argent pour le moment en vue de régler des questions plus urgentes. Par exemple pour équiper convenablement les urgences au lieu de demander de façon indécente et sur la place publique à des footballeurs dont les avoirs sont purement privés de changer les scanner des Chu. On peut avec cet argent subventionner l'abonnement Sodeci/Cie afin de permettre à tous les ménages d'accéder à ce luxe de la honte; ou encore, réengager par vague les ivoiriens qui ont été licenciés. On peut envisager l’intégration des admis au concours de police 2010 afin de renforcer la sécurité des Ivoiriens laissés pour compte, à la merci d'une vendetta de Forces armées irrégulières (dozos et de supplétifs FRCI), ou encore de ceux de l'Ens afin de réduire le manque criard d'enseignants dans nos écoles. Pourquoi ne pas créer de nouvelles entre- prises à la dimension du port autonome d'Abidjan dont le capital est de 16 milliards pour créer de nouveaux emplois? Voici autant de priorités qui attendent des solutions. Au lieu de cela et pour d'autres besoins, on veut détourner l'attention de l'opinion.

Libre opinion, une Contribution de:

Patrick Sahi Loua Président de la FACI

Source: Le Nouveau Courrier N° 1017 Du Lundi 28  Avril 2014




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