Côte d'Ivoire: Le président du NPR, Blaise Pascal Logbo appelle à la formation d'un Front de Gauche pour gagner les futures batailles.

A l'aube du nouvel an, le président du NPR, Blaise Pascal Logbo, a accordé une importante interview au quotidien Le Temps. Dans cette interview le président du NPR revient sur les législatives du 18 décembre dernier, la CIE, la crise au FPI, le procès du président Laurent Gbagbo. Il appelle , par ailleurs, l'ensemble des leaders de l'opposition à la création d'un Front de gauche pour mener avec efficacité le combat porteur d'espoir pour les ivoiriens. Sans détour, le président Logbo dit sa part de vérité sur la situation socio-politique ivoirienne.

Mardi 3 Janvier 2017 - 20:53


Blaise Pascal Logbo, président du NPR
Blaise Pascal Logbo, président du NPR


 


Le Temps : Quel regard portez-vous sur la tenue des législatives du 18 décembre 2016 en Côte d’Ivoire ?
 

 Blaise Pascal Logbo : Les législatives du 18 décembre 2016 ne serviront qu'à consolider le pouvoir d'Alassane Ouattara qui, avec 167 députés issus du RHDP, a presque les deux tiers des députés acquis à sa cause. La posture de ces députés sera inéluctablement celle du "béni-oui-oui". A ces députés il faudra ajouter les sénateurs qui seront nommés par le président de la République. Nous aurons donc un parlement où le poids de l'opposition sera presque négligeable. Car nous prévoyons que la plupart des 75 députés indépendants, issus du RHDP, rejoindront leur famille politique et ne s'inscriront pas dans une posture d'opposition. Dans cette situation il faut désespérer d'un parlement qui saura et pourra dire Non à des lois iniques que l'Exécutif soumettra à son approbation
Ces législatives portent aussi la marque de l'arrêt du 18 novembre 2016 de la Cour africaine des Droits de l’homme et des peuples (CADHP) relatif à la composition, l’organisation, l’attribution et le fonctionnement de la Commission électorale indépendante (CEI).

 Cet arrêt dit que l'Etat ivoirien, sous Ouattara, a violé son obligation de créer un organe électoral indépendant et impartial, prévu par l'article 17 de la Charte africaine sur la démocratie et l'article 3 du Protocole de la CEDEAO sur la démocratie. La Cour a , sur la base de cette appréciation, ordonné a l'Etat ivoirien de modifier la loi N°2014-335 du 18 juin 2014 relative à la Commission Électorale Indépendante.

 Alors, quand nous voyons les parts obtenues par les indépendants et certains partis politiques de l'opposition dans ces législatives, cela nous donne l'impression que la CEI tente de se donner une bonne image vis-à-vis de cette cour qui l'a désavouée. Tout se passe comme si la CEI voulait dire à cette Cour qu'elle est une Institution indépendante et impartiale, et qu'elle a su le prouver par l'organisation des législatives du 18 décembre 2016 ayant permis l'élection de plusieurs candidats indépendants ainsi que des candidats issus de l'opposition."

 Mais la CEI ne saurait se donner une bonne image de la sorte. Elle ne saurait cacher par quelque moyen que soit les insuffisances et carences qui lui sont reprochées. Dans le fond, cette CEI reste dépendante et partiale de par sa composition et ses pratiques électorales.

 

Le Temps : Avec la percée des Indépendants, regrettez-vous de n’avoir pas essayé en dépit de vos griefs ?


 

 B.P.L : La Non participation de mon parti, le NPR (Nouveau Parti pour le Rassemblement), n'a pas été décidée à l'issue d'un calcul de probabilité de nos chances d'avoir des députés au parlement. Le parti a décidé de boycotter ces législatives en guise de protestation contre la détention arbitraire des prisonniers politiques et la situation de nos compatriotes réfugiés. Il s'agissait également de protester contre la composition, la dépendance et la partialité de la CEI. Sur cette base, nous ne saurons regretter de n'avoir pas participé à ces législatives. Car nous l'avons fait avec forte conviction et non par une saute d'humeur. Cependant, notre position relative aux législatives pourrait varier dans l'avenir, en fonction de notre appréciation de la situation et des enjeux du moment.


 

Le Temps : Quels seront les grands chantiers de votre parti en 2017


 

 B.P.L : En 2017 nous continuerons notre travail d'implantation du parti sur le territoire national. Nous aurons à organiser le premier Congrès de l'Organisation des femmes du Parti à Divo, après celui de la jeunesse organisé en août dernier à Dabou. Nous travaillerons aussi dans le cadre de nos perspectives de 2020.


 

Le Temps : Une certaine déclaration dont nous nous gardons de reprendre ici et prêtée à Affi a fait polémique. En avez-vous eu vent ? Si oui, partagez-vous l’avis de ceux qui appellent à la prudence pour ne pas tomber dans le piège des médias occidentaux, inscrits dans la logique de noircir l’image de Laurent Gbagbo ?


 

 B.P.L : J'ai effectivement lu cette déclaration dans la presse. Je me garde cependant d'entrer dans cette polémique qu'elle a suscitée. Nous ne cessons depuis de déplorer cette tragique division majeure qui frappe le Front populaire ivoirien et dont la conséquence majeure est la fragilisation du combat de la gauche ivoirienne. En tant que le plus grand parti de gauche dans notre pays, le FPI devrait avoir pour vocation d'être la locomotive de la gauche ivoirienne, en travaillant à l'union et au rassemblement de la grande famille de Gauche. Sans ce travail fondamental et essentiel il sera difficile, voire impossible d'inscrire le combat de la Gauche dans une dynamique de victoire. La dispersion et la désunion des forces fragilisent le combat. Nous, leaders de Gauche, avons la lourde responsabilité historique de ne pas décevoir les attentes des ivoiriens. Mais nous ne serons y parvenir sans le sacrifice des égos, sans le renoncement à l'orgueil et à l'arrogance. Rappelez-vous que le multipartisme en 1990 a été possible par l'union de la Gauche. C'est donc unis et solidaires que nous pourrons relever les grands défis du présent et de l'avenir. Le combat politique dans lequel la Gauche se retrouve est porteur de grands enjeux. Nous n'avons donc pas le droit de nous comporter comme dans un jeu infantile . Car le peuple compte sur nous et nous regarde. C'est pourquoi je voudrais demander au président Aboudramane Sangaré de travailler dans le sens de cette union de la Gauche, de la création d'un Front de Gauche que nous ,NPR , appelons de tous nos vœux. Il nous faut impérativement commencer le travail politique dans les perspectives de 2020. Cela dit, je considère qu'il nous faut surmonter les polémiques pour aller à l'essentiel.


 

Le Temps : Un proche d’Affi, en l’occurrence Amani Michel, a lâché Affi, assurant n’être plus dans son schéma de faire la politique. Pensez-vous que d’autres têtes fortes vont le suivre ?


 

 B.P.L : Je ne saurai répondre ni par l'affirmative ni par la négative à cette question. Je voudrais simplement dire que c'est la base qui fait le leader, le responsable politique. Tout politique qui se projette dans l'avenir, qui cherche à se forger une carrière hautement politique est contraint d'inscrire son combat dans les attentes de la base, des militants de son parti en particulier et du peuple en général. Tout responsable politique a le choix entre vivre politiquement ,en étant en symbiose permanente avec sa base, et mourir politiquement, en restant sourd aux exigences des militants. Par ailleurs, la démocratie est aussi un exercice d'humilité, il faut savoir se prosterner devant le choix, les vœux de la majorité. C'est cette capacité d'humilité des uns et des autres qui détermine parfois leurs choix et les ruptures qu'ils opèrent. Je peux donc dire qu'Amani Michel a fait preuve d'humilité démocratique.


 

Le Temps : Comment expliquez-vous l’échec du camp Affi aux récentes législatives ?


 

B.P.L : J'explique son échec par cette division tragique du FPI dans laquelle seulement une minorité des militants du parti adhèrent à sa vision de la lutte politique. Ce que je dis n'est pas un jugement mais un constat basé sur les résultats de ces législatives.


 

Le Temps : Plus de 26 millions de citoyens du monde réclament la libération de Gbagbo à travers une pétition. Quel commentaire cela vous inspire ? Et pensez-vous que cette pétition pourra changer le cours du procès ?

 

 B.L.P : 26 millions de pétitionnaires à travers le monde, qui demandent la libération du président Gbagbo, cela n'est pas négligeable.Bien au contraire, cela montre la popularité du président Gbagbo, et cela devrait aussi interpeller la CPI qui voudrait l'inculper sans preuve et sans témoignage irréfutable pour des crimes commis du fait de ceux qui ont lancé l'offensive de guerre pour le renverser du pouvoir, là où il appelait démocratiquement à un récomptage des voix pour éviter la guerre et les crimes qui en découlent.

 La CPI devrait se poser la question de savoir pourquoi 26 millions de citoyens du monde , issus de toutes les catégories socio-professionnelles, demandent-ils la libération de celui qu'elle considère comme un dictateur et à qui elle veut imputer la responsabilité principale des crimes post-électoraux commis en Côte d'Ivoire après le 28 novembre 2010. A partir de cette question, la CPI devrait comprendre qu'elle s'est fourvoyée dans ce procès.
Nous pensons donc que cette pétition pourra changer le cours du procès , si la CPI se pose cette bonne question et parvient à cette raisonnable réponse. Le procès du président Gbagbo, je le répète, est marqué par un défaut de preuve et de témoignage irréfutables, et si cette cours fait le choix d'appliquer le droit, la pétition ne viendra que la conforter dans sa décision.


 

Le Temps : Que compte faire la diaspora, relativement aux résultats de cette pétition ?



 B.P.L : La diaspora va continuer de mener le combat pour la libération du président Gbagbo. Outre les manifestations de rue, la diaspora continuera d'entrer dans les réseaux politiques occidentaux pour convaincre les leaders politiques occidentaux de la nécessité de la libération du président Gbagbo. Car la CPI ayant montré qu'elle est sous influence politique occidentale, nous ne pouvons pas faire fi du volet diplomatique du combat pour la libération du président Gbagbo. Nous espérons que toutes ses actions et ses démarches que les uns et les autres mènent depuis longtemps finiront par porter leurs fruits escomptés.


 

Le Temps : Dans la course à la présidence française, qui les binationaux de la diaspora africaine soutiennent ? Pourquoi ?


 

 B.P.L : Je ne saurais vous dire exactement qui les binationaux de la diaspora africaine soutiennent. Les choix sont divers, selon les intérêts locaux en rapport avec leur vécu quotidien en France, ou selon les intérêts panafricanistes des uns et des autres. Certains souverainistes et panafricanistes pensent qu'il est préférable de choisir un candidat d'extrême Droite, parce que le Front national ne s'inscrirait pas dans une vision françafricaine et néocoloniale de la politique comme l'ont toujours fait la droite et la gauche française. D'autres feront sans doute le choix du candidat qui garantira le plus la préservation des acquis sociaux et professionnels, à défaut de leur amélioration. Vous comprenez donc qu'il y aura une divergence de choix en fonction des intérêts majeurs des uns et des autres.




 Le Temps : Vos vœux de nouvel an…


 

 B.P.L : En ce début d'année 2007, je voudrais souhaiter une très bonne et heureuse année à tous mes compatriotes où qu'ils se trouvent. Que la paix, la santé, la prospérité, la justice et la liberté soient le partage de tous. A tous ceux qui subissent cette situation socio-économique et politique dramatique, je voudrais dire que l'espoir d'un avenir meilleur reste possible. Mais cet espoir ne doit pas être vain en se réfugiant dans la résignation et dans l'inaction. Cette tragédie étant survenue par la politique, il n'y a que par le juste combat politique qu'elle pourra prendre fin. Je les appelle donc à s'armer davantage de courage et à s'engager davantage en politique. C'est par le combat politique qu'ils pourront décider et obtenir ce qu''il jugent bon pour eux et pour les futures générations. Je tiens particulièrement à exprimer mes vœux d'union et de solidarité à la grande famille de la Gauche ivoirienne pour qu'ensemble nous puissions mener le bon combat qui nous conduira à la victoire que tous espérons ardemment. Notre responsabilité collective est engagée, nous devons mener le combat pour la dignité, la démocratie, la justice, la paix et la prospérité du peuple ivoirien.

 

 Interview réalisée par Tché Bi Tché

Le Temps du 03 Janvier 2017





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