Côte d'Ivoire: Le peuple est inquiet

Lundi 17 Février 2014 - 09:54


Gouvernement ivoirien
Gouvernement ivoirien
Qu’on le veuille ou pas, l’intervention chirurgicale subie par d’Alassane Ouattara en France et le communiqué pondu en désespoir de cause, par la présidence ivoirienne, suscitent d’avantage d’interrogations - voire d’inquiétudes - que ne le souhaitait le régime en place à Abidjan. Même si les auteurs dudit communiqué s’empressent d’ajouter que : «L’intervention s’est bien déroulée et le chef de l’Etat se porte bien » ; même si certains, tels que l’obscur Franklyn Nyamsi, thuriféraire avéré et plume de service de Soro Guillaume, qualifient en des termes forts grandiloquents, l’acte de communication de la présidence de la république ivoirienne, la décrivant comme: « une force morale de l’esthétique de la transparence politique inaugurée par le président Alassane Ouattara »…., même si Pierre Accoce, Essayiste français, martèle sans convaincre que : «Cette opération est sans dommage sur l’exercice du pouvoir »…, plus que jamais, les gens du peuple ne sauraient se contenter de si futiles informations sur l’état de santé d’un chef d’Etat, ou se laisser prendre au piège des mots flatteurs. Oublient-ils, ces manipulateurs, que les temps ont changés ?
Alassane Ouattara a des soucis de santé. Ce qui le contraint à garder le lit, donc à délaisser les commandes du pouvoir, jusqu’à une date indéterminée. Cela est un fait indéniable. D’ailleurs, monsieur Ouattara, contrairement à ce que ses proches ont toujours voulu faire croire, est un être humain, un être mortel, soumis aux aléas de vie, comme tout autre. Là n’est pas la préoccupation des gens du peuple, eux qui ont vécu et qui côtoient chaque jour, les pires réalités de vie. Il n’y a donc rien d’extraordinaire pour eux, qu’un homme, fut-il un chef d’Etat, tombe malade et même, succombe des suites de sa maladie.
En effet, les inquiétudes des gens du peuple se trouvent ailleurs. Bien ailleurs. Ces inquiétudes tirent leurs sources à partir de plusieurs indices irréfutables:
D’abord, il s’agit, apparemment des confusions et ou contradictions constatées sur la nature du mal réel dont souffre Alassane Ouattara. Alors que la présidence de la république annonce une «intervention chirurgicale liée à une sciatique», Pierre Accoce, Essayiste français, annonce, pour sa part, qu’ « il (Alassane Ouattara, ndlr) n’a pas été opéré d’une sciatique, mais sans doute d’une hernie discale ». La très « sérieuse » LC (Lettre du Continent) quant à elle annonce : « une opération du canal rachidien ».
Ensuite, il y a l’annulation sine die de la prochaine visite en Côte d’Ivoire de François Hollande, président de la république de France. Cette France qui, curieusement et, dans le même temps, « renforce son dispositif militaire à Abidjan », avec l’envoi d’«un escadron de 120 hommes qui partiront de Poitiers pour la Côte d’Ivoire, dans le cadre du soutien des forces de l’ONU et de la protection des ressortissants français et étrangers », rapporte la presse.
Ajouté à cela, les manœuvres souterraines au sein de l’entourage même d’Alassane Ouattara dont s’est fait écho la presse locale. Il s’agit notamment des tentatives visant à empêcher Soro Guillaume, dauphin constitutionnel, de rendre naturellement visite au malade Alassane Ouattara. Alors que plusieurs autres proches de ce dernier, tels que Hamed Bakayoko, ont pu le faire sans anicroche. Comment et pourquoi Hamed Bakayoko aurait-il plus de privilège à rendre visite à un Ouattara convalescent que ne ferait Soro Guillaume, se demande-t-on ? Même si le concerné (Soro Guillaume) tente, tant bien que mal, de prendre son mal en patience ?
Enfin, le plus inquiétant pour les gens du peuple, c’est le flou délibérément entretenu autour du retour d’Alassane Ouattara ; c’est le fait de ne pas savoir jusqu’à quand prendra fin cette « période de repos » dont il est fait mention dans le communiqué de la présidence, mais aussi et surtout, de savoir quand est-ce qu’il reprendra ses activités de chef de l’Etat. Question : quand est-ce qu’Alassane Ouattara viendra mettre fin au vide qu’il laisse derrière lui ? Or la nature a horreur du vide, selon l’adage populaire.
En Afrique, le pouvoir a toujours été perçu – à tort - comme une royauté où l’on doit se succéder, le plus souvent en père et fils, sinon entre personnes du même clan, de la même ethnie, de la même tribu, ou de la même religion. Les exemples sont légions en Afrique. Il suffit que le « chef » soit absent ou dans une certaine « indisponibilité » pour que les appétits de sa succession se fassent jour. C’est qu’en Afrique le fauteuil présidentiel a souvent été une affaire de famille ou de proches. En Afrique, lorsqu’il s’agit de succession au sommet du pouvoir, à bas la démocratie ! À bas les lois ! À bas la Constitution… ! N’est-ce pas cette logique qui explique aujourd’hui et en grande partie la tragédie que vit le continent noir ?
Dès lors, il est aisé de comprendre l’inquiétude des gens du peuple de Côte d’Ivoire, face à l’état de santé d’Alassane Ouattara. Ils ont des raisons de s’inquiéter, non pas simplement pour l’état de santé d’Alassane Ouattara, mais parce que comme toujours, ce sont eux qui paient le plus lourd tribut des guerres de succession.
En effet, l’opération d’Alassane Ouattara fera, à n’en point douter, tâche d’huile. Car, sachons dire les choses comme elles le sont : à 72 ans, après avoir subi plusieurs interventions chirurgicales, même si la dernière a été qualifiée de « bénigne » ou d’avoir été « un succès », on n’en ressort pas comme un jeune de 17 ans. On en ressort forcément et considérablement diminué. La question est : aura-t-il encore l’énergie nécessaire pour conduire la lourde tâche qu’est la fonction de chef de l’Etat, lui qui s’est déjà déclaré « vraisemblablement candidat » pour 2015 ?
Cette énième opération subie par Alassane Ouattara aura eu l’effet d’attiser d’avantage les appétits voraces de ceux qui caressaient le secret espoir de s’asseoir un jour, à leur tour, dans le fauteuil présidentiel, cela, par tous les moyens, y compris par un heureux ou malheureux hasard. Comme toujours, ce sont ces personnes qui défilent au chevet de leur mentor, lui jurant une fidélité infini, qui crient : « vive le roi » !  Mais, ce sont les mêmes dont le cœur chante en secret : « à bas le roi » ! Ce sont ceux au sujet duquel il a été dit : « nageurs les gens du peuple voient votre dos ».
Bien entendu, les gens de ce peuple ne seraient pas aujourd’hui si inquiet, si monsieur Ouattara ne s’était pas, dès son arrivée, assis dans la logique du « après moi, c’est moi » ; s’il s’était attelé à poser les jalons d’une succession pacifique et démocratique au pouvoir, s’il avait œuvré, sans relâche, à asseoir les bases d’une véritable démocratie et d’un Etat de Droit, de sorte à sortir ce pays, la Côte d’ivoire, de la spirale de violences, des guerres de succession pour le pouvoir, dans laquelle elle est plongée depuis plus de 20 ans. Hélas, 2015, c’est pour très bientôt. Alassane Ouattara gite sur son lit d’hôpital. Les conditions d’une élection crédible ne sont pas encore réunies. Le peuple s’inquiète. A quand la paix dans ce pays ?
 
Marc Micael
Chroniqueur politique
marcmicael@yahoo.fr




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