Côte d’Ivoire/ Le désespoir s’installe… Et la justice fait de plus en plus peur…

Vendredi 8 Mars 2013 - 07:51


Côte d’Ivoire/ Le désespoir s’installe… Et la justice fait de plus en plus peur…
Le décor ressemble de plus en plus à celui d’un film sur la fin du monde. Un milliard de Francs CFA donné à Ernest Adjovi et ses « Koras » pour un résultat désastreux. Dans un pays où trouver désormais 150 FCFA pour s’offrir une banane braisée plus un petit sachet d’arachides grillées relève du miracle. Plusieurs centaines de millions engloutis dans une opération « ville lumière » avec à la clé, des dizaines de morts dont les parents-à qui le gouvernement n’a remis que la somme d’un million pour essuyer leurs larmes-ne savent plus à quels saints hurler leur douleur. Pas seulement pour la perte de leurs enfants, mais surtout parce qu’il n‘y a eu aucune sanction. Personne n’a été puni et la vie continue. En attendant le prochain drame et les visites aux victimes internées dans les hôpitaux. Suivi de déclarations convenues et d’émotions feintes sous les flashes des photographes et des objectifs des caméras de la RTI. 110 milliards engloutis dans la réhabilitation des universités dont 10 milliards pour seulement la peinture. Et pourtant ces universités manquent de tout. Pas de bibliothèques, pas de nouvelles salles, pas de nouveaux bureaux, pas de micros. Et les murs qui perdent déjà, à l’Université Félix Houphouët-Boigny, leur peinture. Achetée à dix milliards. Un pan entier de plafond qui s’écroule sur des étudiants en plein cours à l’Université Nangui Abrogoua. Pourtant réhabilitée… La multiplication de la pose de premières pierres pour de grands ouvrages avec à la clé, l’annonce de la création de plusieurs milliers d’emplois. Ainsi, la construction du barrage de Soubré va, dit-on, offrir du travail, selon certains journaux qui cirent les pompes à notre président, à huit mille Ivoiriens, quand d’autres parlent de cinq mille seulement. Sauf que les vérifications de « L’Eléphant » lui ont permis de découvrir que seules 175 personnes au maximum, trouveront un emploi temporaire, avec la construction de ce barrage. Du moins, si les travaux commencent avant la fin du mandat de notre président. Mais l’essentiel est d’annoncer les chiffres et de ne plus y penser dès la fin de la cérémonie. Bref, deux ans après l’arrivée des nouvelles autorités (et c’est sans doute la faute à Gbagbo), les conditions de vie des Ivoiriens, à l’exclusion des nouveaux dirigeants et de leurs courtisans, n’ont cessé de se détériorer. Les pauvres ne se font plus d’illusions et les chômeurs n’ont plus de voix. Toutes les pratiques dénoncées sous l’ancien régime avec des mots colorés se sont aggravés sous le nouveau régime. La corruption contre laquelle l’on avait annoncé l’utilisation d’armes lourdes, ne s’est jamais aussi bien portée que maintenant. A la justice, les escrocs, les corrupteurs, les brouteurs sont à la fête. Et utilisent maintenant cet appareil pour exproprier des honnêtes citoyens de leurs biens. Le procédé est d’une simplicité diabolique... Un matin, généralement en votre absence, des huissiers munis d’une décision de justice, débarquent chez vous et vident votre famille de votre appartement. Vous allez vous en plaindre ? Eh bien, c’est en ce moment que vous découvrirez que selon un acte de vente portant votre signature et adossé à des décisions de justice rendues par défaut, vous avez cédé votre bien immo- bilier à un heureux acquéreur. A un prix d’ami. Bien sûr, les documents brandis et portant votre signature sont faux. Mais ils ont l’avantage d’être adossés à de vraies décisions de justice contre les- quelles vous êtes censés avoir fait appel. A plusieurs reprises. Jusqu’à la Cour Suprême. Et, évidemment, vous avez perdu tous les procès. Résultat ? Tout est accompli ! Et il ne vous reste plus qu’à passer pour un fou aux yeux de votre entou- rage et de vos enfants. Pour avoir vendu votre maison et permis au nouvel acquéreur de vider votre famille… C’est le drame que vit en ce moment un professeur d’université qui se retrouve aujourd’hui dans un petit appartement à Yopougon. Après avoir été vidé de sa maison à la Riviera Golf par un douanier à qui il jure n’avoir jamais vendu son bien. Mais la justice jure que si… « L’Eléphant » reviendra sur cette histoire de fous. Une variante de cette pratique qui se fait toujours avec l’appui de quelques magistrats, consiste pour de petits malins, à vous servir un matin, un com- mandement de payer une dette que vous n’avez jamais contractée. Puis, dans les minutes qui suivent, avant même que vous compreniez ce qui se passe, vos biens, répertoriés au préalable, sont saisis et rapidement mis à la vente. Suivant exécution d’une décision de justice rendue au préalable. Et comme toujours, en votre absence. Une affaire semblable oppose en ce moment, un riche commerçant de la commune d’Anyama, à un trio infernal composé de l’un des avocats du Rdr, une haute autorité du Port d’Abidjan et un autre expert en imitation de signatures. « L’Eléphant » s’est fait raconter les exploits des trois hommes…au tribunal d’Abidjan. Bref, les escrocs sont partout, à la fête dans ce pays. Avec le soutien de la jus- tice. La plus grande preuve est la condamnation, le 24 avril dernier, du plus grand escroc de Côte d’Ivoire. A une peine d’emprisonnement ferme de 10 ans. Par le tribunal correctionnel d’Abidjan-Plateau. Mais l’escroc, qui a soutiré la somme de près d’un milliard de FCFA à un Franco-ivoirien, continue de jouir des fruits de son « travail » en toute liberté. Sous le regard admirateur des magistrats du Tribunal du Plateau. Dont aucun n’a suffisamment de courage pour ordonner le placement sous mandat de dépôt, de l’escroc. Lequel a réussi, l’argent escroqué au bout des doigts, à s’offrir quelques amis haut placés dans l’appareil judiciaire et qui lui permettent de dormir tranquille… Pendant ce temps, sa victime qui vit à l’extérieur et qui est fatigué de faire la navette entre la Côte d’Ivoire et la France, a été expulsée de sa maison par ses créanciers qui ont d’ailleurs saisi tous ses biens. Le malheureux, qui a échappé de justesse à la prison, vit désormais sous le toit de sa pauvre mère. En attendant que la Cour d’appel d’Abidjan, qui a été saisie par l’escroc et qui se presse lentement pour rejuger l’affaire (dix mois se sont déjà écoulés depuis la condamnation de l’escroc), lui dise, par quel miracle le chef de l’Etat de ce pays entend en faire un pays émergent à l’horizon 2020, avec une justice pareille ? « L’Eléphant » contera cette histoire incroyable dans l’une de ses prochaines éditions…en attendant le réveil de la Cour d’Appel…

Alex Kassy

L’éléphant déchaîné N°134 du mardi 04 au jeudi 07 mars 2013 / 2ème année




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