Côte d’Ivoire: La peur a-t-elle changé de camp?

Mardi 7 Août 2012 - 07:27


Côte d’Ivoire: La peur a-t-elle changé de camp?
Depuis quelques jours des inconnus armés attaquent les positions des FRCI à Abidjan et d’autres villes du pays. Ces attaques surprises ne manquent pas de faire des victimes chez les FRCI. Tout porte à croire que le pays est entrée dans une nouvelle spirale de la violence. Et le régime d’Abidjan, malgré la sérénité qu’il tente d’afficher se trouve déconcerté et impuissant face à la situation. En réalité, l’équation est difficile en matière de sécurité, quand on affaire à ce types d’attaques, comme ce fut le cas à Abobo en 2011 avec le commando invisible. Cette pratique aux allures de guérilla finira sans doute par saper le moral des troupes chargées de protéger l’actuel régime ivoirien. Surtout que ceux qui s’illustrent comme des guérilleros semblent être bien entraînés par leur mode opératoire et l’efficacité de leurs actions. Si ces attaques se poursuivent il y a de fort risques que cette insécurité généralisée sape l’économie du pays déjà souffrante, comme en témoigne l‘élection au PPTE.
La question qu’il faut se poser est de savoir si le pays aurait pu éviter se qui passe actuellement. Le régime d’Alassane Ouattara a évidemment manqué de sagesse en s’inscrivant dans une logique de guerre permanente et de violation des droits de l’homme aux lendemains du 11 avril 2011. Cette pitoyable politique de liquidation de la Nation, de la République, des droits de l’homme et des libertés, pourrait bien engendrer ce qui se passe actuellement dans le pays. Car ce qui se passe ne ressemble pas à une mutinerie, contrairement à ce qui se dit ici et là. Mais ressemble bien à un avertissement au pouvoir en place, si ce n’est une véritable entreprise de déstabilisation. La sûreté d’un régime ne repose pas sur des soldats en grand nombre, bien formés et bien équipés. Elle repose avant tout sur la prospérité du peuple. Un peuple qui jouit de ses libertés, qui n’est pas opprimé, réconcilié avec lui-même, qui ne croupit pas sous le poids du chômage, de la pauvreté, de la cherté de la vie, dont une partie n’est pas de facto considérée comme l’ennemi des tenants du pouvoir, un tel peuple constitue en lui-même un gage de sûreté pour tout pouvoir, même illégitimement constitué. Le peuple ne veut que quatre choses: du pain, de l’eau, du travail et la liberté. Or à quoi avons-nous assisté aux lendemains du coup d’État du 11 avril 2011? Le démocrate installé par les bombes de « la communauté internationale » n’a pas eu de mal à s’illustrer en despote invétéré. Il a mis en œuvre une politique de répression sauvage qui a réussi à plonger l’opposition dans l’immobilisme et la passivité chronique. Des assassinats et emprisonnements politiques ont été commis dans le but de casser l’opposition et de la ramollir à souhait. Des licenciements abusifs ont été opérés pour allonger la très longue liste des nécessiteux et des désoeuvrés, et pour davantage affamer des familles. Des milliers de petits commerces ont été détruits, sous prétexte d’exigences esthétiques et cosmétiques de la ville d’Abidjan, sans solution de rechange. La terreur a été installée à l’ouest du pays, particulièrement dans la région de Duékoué où les Wê sont réfugiés sur la terre de leurs ancêtres. Comme si ce scandale ne suffisait pas, ils sont massacrés et victimes d’un plan génocidaire visant à les exproprier et à les rendre étranger chez eux, s‘ils ne sont pas contraints à l‘exil. Contraindre des millions d’ivoiriens à l’exil, y compris des milliers de militaires, policiers et gendarmes, et les y maintenir sans créer les conditions de leur retour par une saine et sincère politique de réconciliation. Déporter Laurent Gbagbo à CPI, dans une prison de La Haye, alors qu’il a avait opéré le mouvement dans le sens inverse en 2001 quand Ouattara et Bédié étaient contraints à l’exil. Quand on a réussi à réunir tous ces ingrédients pour en faire une très bonne sauce qu’on prend plaisir à manger sans modération, il faut s’attendre à une diarrhée chronique qui donne l’insomnie et qui finit par affaiblir au point où un petit vent finit par entraîner la chute.
Face à l’arbitraire, à l’injustice et à l’oppression quelle alternative laisse t-on au peuple ou à une partie du peuple, qui accorde du prix à sa liberté et à la justice? On ne lui laisse pas l’alternative d’applaudir le despote mais de se dresser contre lui. C’est peut-être ce qui se passe actuellement en Côte d’Ivoire. Et si tel est le cas, il n’y a pas de doute qu’ils (les révolutionnaires) s’approprieront ces mots: « on ira jusqu’au bout!»
 
Jean Ives Gougnon




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