Côte d’Ivoire : L e nouveau directeur de la poste veut s’offrir une banque.

CIVOX.NET
Jeudi 22 Septembre 2016 - 12:38


 

Lors d’une réunion à l’intérieur du pays après sa récente nomination le DG de la poste a déclaré qu’Alassane Ouattara aurait donné son accord pour la création d’une banque de la poste. L’argument principal évoqué par le DG étant de permettre un accès aux services bancaires aux populations des zones reculées qui n’y ont pas accès actuellement.

Une telle décision est surprenante lorsqu’on sait qu’il existe une banque nationale (la CNCE) issue de la défunte banque de la poste qui assume déjà cette fonction. Est-ce de l’ignorance ou une volonté consciente d’attirer des fonds qui vont être détournés par la suite ?

Quelle est la logique de créer une banque qui existe déjà ?

La Poste de Côte d’Ivoire est issue de la réforme du défunt Office National des Poste et Télécommunications (ONPT). Celui-ci a été scindé en 1984, donnant naissance à l'Office National des Postes(ONP)et à l'Office National des Télécommunications(ONT). L'ONP sera muée le 15 mai 1991 et devient la Société Ivoirienne de la Poste et de l’Épargne (SIPE), une entreprise privée au capital de 3 milliards deF.cfa, détenu à 98 % par l’État et 2 % par le personnel.La SIPE est dissoute et remplacée le 30 juin 1998 par 2 sociétés, La Poste de Côte d'Ivoire pour les opérations postales-notamment la messagerie, les mandats, etc., d’une part et la Caisse d’Epargne et des Chèques Postaux (CECP), pour les opérations financière et d’épargne, d’autre part.

Cette réforme, fortement recommandée par les bailleurs de fonds, qui visait à séparer clairement les opérations de poste des activités financières et d’épargne, a donné lieu à de douloureuses opérations de retraitement des actifs et passifs des 2 institutions, notamment la répartition du patrimoine immobilier et foncier (les locaux des centaines de bureaux de poste), la répartition du personnel et la ventilation des charges consolidées. La CECP,muée enCNCE (Caisse Nationale des Caisses d’Epargne), pris,plusieurs années pour régler ces problèmes.

Endécembre 2009,la CNCE est devenue la quatrième banque nationale après la Banque Nationale d’Investissement, (BNI), VERSUS Bank, et la Banque pour le Financement de l’Agriculture (BFA). Le capital de la CNCE qui devait être essentiellement une banque de détail, a été porté pour cela à 25 milliards de F CFA. Présente dans tout le pays, la CNCE est l’une des institutions financières les mieux implantées en Côte d’Ivoire avec ses 160 agences et bureaux.

En proie à des difficultés de trésorerie en 2015 consécutives à des problèmes de gouvernance, la Caisse Nationale des Caisses d’Epargne (CNCE) va être renflouée par l’État ivoirien qui a décidé d’y injecter 35 milliards de F CFA — l’équivalent de son capital social, porté à ce niveau entre temps. L’objectif affiché de cette intervention massive, à l’opposé de la litanie néo-libéralede ADO, est le sauvetage de la banque qui possède le plus grand réseau d’agences en Côte d’Ivoire, bien qu’en diminution par rapport aux débuts de la banque (133 agences-en baisse de près de 17%) et a plus de 700 000 clients.

N’est-ce pas ce même Gouvernement qui a décidé dès l’entame du pouvoir d’Alassane Ouattara de privatiser ou liquider les banques publiques et de se retirer de toutes les banques privées de la place au motif que l’Etat n’avait rien à y faire ou que les banques publiques étaient déficitaires. N’a –t-il pas sur cette base procédéà son jeu favori (Alassane vend et rachète) en cédant les dernières parts de l’Etatdans la BIAO et la SIB, à la vente de la Versus Bank et à la liquidation de la BFA ? Pourquoi lui viendra-t-il cette idée saugrenue de créer une banque de La Poste, qui sera l’exacte réplique de la CNCE qu’elle vient tout juste de décider de renflouer ? Quelle peut être la logique derrière cette brusque volonté de trouver des justifications à l’existence de banques publiques ? L’objectif d’une plus grande bancarisation des zones rurales éloignées ne peut-elle pas être valablement rempli par la CNCE, déjà largement implantée sur l’ensemble du territoire? La Banque du Trésor, qui est une belle originalité de la Côte d’Ivoire, ne pourrait-elle pas compléter le dispositif ?
 

Beaucoup de questions qui restent sans réponse. A moins que le Gouvernement trouve un intérêt dans la création et la vente/liquidation des banques ? Ces opérations on le sait requièrent beaucoup d’argent, qui alors « travaille intensément sans circuler » selon la célèbre logique économique du Dr ADO. Est-ce là la vraie raison de cette frénésie pour ces opérations. N’est-on pas ici en présence de cette logique de ping pong évoquée récemment par le Dr. Ahoua Don Mello, avec l’argent qui vole entre des mains familières sans jamais circuler au vue de tout le monde.Après avoir vendu tout ce qui est vendable, ADO devient adepte de la création de sociétés d’Etat qui lui seront certainement revendues pour réaliser l’exploit du célèbre rugbyman français Serges Blanco, qui a été capable au cours d’une rencontre de se faire une passe à lui-même, en lançant la balle au-dessus de la ligne de défense adverse qu’il contournâtensuite pour se saisir du ballon à l’arrière de cette dernière et marquer un essai.On se fait peut être la passe dans ces opérations de création/vente qui n’obéissent à aucune logique.

Messieurs les membres du Gouvernement d’Alassane Ouattara,à défaut d’avoir pitié du contribuable ivoirien et des populations qui souffrent, aillez la crainte de leur colère lorsqu’ils prendront conscience de votre jeu. Ils vous regardent et quand le jour de rendre compte, qui approche à grands pas, arrivera ne soyez pas étonnés de la virulence du peuple qui se sera senti floué de mille manières.
 

                        Jean Charles TIEMELE,

Expert Economiste Financier



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