Côte d’Ivoire: Jeu démocratique ou manœuvres suspectes ?

Mercredi 18 Septembre 2013 - 07:17


Côte d’Ivoire: Jeu démocratique ou manœuvres suspectes ?
Ce temps devait arriver. Forcément. Pour Alassane Ouattara et son camp : se résoudre à lâcher du lest ou s’établir définitivement dans ce qui apparait  - jusqu’ici - comme une dictature sauvage et sanglante ; une chasse systématique et aveugle à tout ce qui représente à leurs yeux, une opposition, une menace : les pro-Gbagbo. Et ce, avec tous les risques qu’encoure un régime auréolé du soutien de la communauté dite internatio - nale,  mais aussi et surtout, de ce qui n’est plus à présenter: les bombes françaises. On peut l’affirmer. Sans risque de se tromper. L’opposition ivoirienne, représentée par le Fpi (Front populaire ivoirien), le parti de Laurent Gbagbo, revient de loin. Mieux, elle reprend des couleurs, après les heures chaudes de l’ire vengeresse de ses adversaires politiques. C’est en tout cas, ce que nous permet d’entrevoirces derniers temps - une lecture assi - due et objective de l’évolution du paysage politique ivoirien. Malgré les grincements de dents entendus ça et là dans son propre camp, Alassane Ouattara semble avoir donné son quitus pour une opposition de plus en plus manifeste en Côte d’Ivoire. Quelques indices: Plusieurs vagues de pro- Gbagbo libérés. Au dire de Koné Bruno, porte-parole du gouvernement, même si jugement, il y a lieu, il n’est pas à exclure que : «(…) après ce jugement qui est rendu, le chef de l'Etat puisse, le cas échéant, prendre une décision autre que celle de maintenir ces person - nes (prisonniers politiques, ndlr) dans les liens carcéraux» . Laissant ainsi deviner qu’Alassane Ouattara n’est pas fermé à l'idée de faire un geste en faveur de la réconciliation nationale. Sur le retour des exilés, le porte-parole du gouvernement insiste : «Nous sommes très heureux que ces demandes (retour des exilés, et libération des prisonniers politiques, ndlr) viennent de M. Affi N'guessan, qui s'exprime comme il veut dans la presse, dans les médias d'Etat, sans être inquiété. Tout cela se fait dans ce que le chef de l'Etat souhaite, c'est-à-dire une Côte d'Ivoire qui est un Etat de droit. (…) Affi N'guessan circule aujourd'hui librement en Côte d'Ivoire. Qui d'autre au Fpi ne pourrait pas le faire ? Donc que tous ceux qui veulent participer à la vie publique en Côte d'Ivoire, reviennent» . Concernant l’accès aux médias d’Etat, même si cela peut paraitre insignifiant, il faut néanmoins le noter que la cérémonie de passation des charges organisée par le Fpi, a eu droit à un passage de 90 secondes à la télévision natio - nale. Fraternité matin, quotidien pro-gouvernemental, y a même consacré deux pages. Choses impensables, il y a quelque temps. A noter aussi, qu’Affi N’guessan, président dudit parti entame actuellement une vaste tournée dans plusieurs villes de l’intérieur du pays, sans qu’il n’y ait – pour le moment –aucun incident. Certaines langues vont jusqu’à prédire qu’Alassane Ouattara envisagerait de mettre en place un gouvernement d’union ou d’ouverture, qui enregistrerait l’entrée de l’opposition, notamment du Fpi. La cerise sur le gâteau pourrait être le financement des partis politiques, dont le projet de loi vient d’être adopté en conseil des ministres. Récemment, devant le corps préfectoral, Alassane Ouattara, martelait : «Je suis un démocrate» . Certes, comme le disait l’écrivain Wolé Soyinka, «le tigre ne proclame pas sa tigritude, il bondit sur sa proie et la dévore» . A moins que lui-même n’ait de sérieux doutes sur sa «tigritude» , pourrions-nous ajouter. Or, Alassane Ouattara, n’a eu de cesse de prouver depuis son irruption sur la scène politique ivoirienne, qu’il est loin d’être un démocrate. Lui, le père-fondateur du concept du «pays ingouvernable» ; bénéficiaire - à titre exclusif – de la rébellion qui endeuilla la Côte d’Ivoire dès 2002 ; principal instigateur de la division entre Ivoiriens du Nord et Ivoiriens des autres régions du pays… Alassane Ouattara, n’est donc ni un démocrate à l’origine, ni un démocrate en devenir. Il est simplement responsable d’une situation socio-politique catastrophique,  occasionnée par ses soins et dont il peine à présent, à maitriser les effets, en tentant de dissimuler son incapacité sous un semblant jeu démocratique. Au moment où les Ivoiriens et même ses parrains étrangers attendent de lui des résultats probants, des solutions à même sortir le pays de la léthargie et d’impulser le développement tant souhaité, Alassane Ouattara continue de tâtonner. Quelle posture lui reste t-il à adopter face à la pression grandissante, sinon donner les gages d’un semblant de démocratie, tout en manœuvrant pour rester au pouvoir. Assurément, tel est le plan secret d’Alassane Ouattara. Connaissant l’homme, le reste n’est que perte de temps et pures suppositions. Il ne s’agit point de démocratie, mais de manœuvres suspectes, pour détourner l’attention. Il importe donc aux Ivoiriens, notamment à l’opposition, de rester vigilante, face à ces manœuvres suspectes. Faut-il le rappeler ? Le vrai enjeu de la bataille politique ivoirienne est et reste 2015. La question pour les vrais démocrates de tous bords sera alors : allons- nous continuer à subir les affres d’un régime foncièrement allergique au respect des droits de l’homme ; visiblement opposé au vrai jeu démocratique, à l’Etat de droit ; continuer à cautionner un régime qui nous conduit irréversiblement vers la division, la pauvreté et la misère ou, allons-nous y mettre, tout simplement, un terme ?

Marc Micael, Chroniqueur politique
marcmicael@yahoo.fr
Source: LG Infos N ° 5 3 9 du lundi 16 septembre 2013




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