Côte d'Ivoire : Hypocrisie et inquiétudes à l'horizon 2015

Mardi 28 Janvier 2014 - 05:00


Les gens du peuple - comme certains le pensent - ne sont pas tous, des fieffés « titrologues ». « Titrologue », une expression bien de chez, pour désigner ces personnes qui aiment à s’agglutiner devant les kiosques à journaux pour lire uniquement les titres à la une. Il arrive aussi et bien souvent – aux gens du peuple - d’acheter les journaux. Même si, ces derniers temps, le vent de corruption qui entache gravement la « galaxie » des journalistes ivoiriens et les sanctions draconiennes du CNP (conseil national de la presse), donnent à désespérer de notre presse nationale. Il faut néanmoins féliciter cette presse. Car c’est elle qui, inlassablement nous informe. Ce sont tous ces journalistes qui, chaque jour donnent aux gens du peuple, les nouvelles du pays. Et, apparemment, les nouvelles semblent bonnes.
Le FPI, principal parti d’opposition et le gouvernement se sont rencontrés ; des personnalités de l’opposition qui étaient en exil sont rentrées. Fait exceptionnel, l’un d’entre eux, Marcel Gossio, a même eu droit à un accueil « chaleureux » de la part des tenants actuels du pouvoir et surtout d’un hourra appuyé dans les médias pro-gouvernementaux ; des militaires qui étaient en exil et, abusivement présentés comme des « soldats pro-Gbagbo », sont aussi rentrés ; certains comptes ont été dégelés, nous rapporte-t-on. Nous avons entendu ça et là, des déclarations tapageuses de certains caciques du régime mettant le tout au compte de « la main tendue d’Alassane Ouattara à l’opposition au nom de la réconciliation ». Notamment de la part d’Hamed Bakoyoko, ministre de l’intérieur, on n’a pu entendre: « Tous ceux qui ont fauté, tous ceux qui avaient des choses à se reprocher, doivent saisir cette opportunité pour revenir au pays. (…) Dans la vison du président (Alassane Ouattara, ndlr), la réconciliation ne peut se faire que si nous sommes ensemble ici ». Dès lors, les officines de propagandes du régime en place, comme à leur habitude, se sont mises en branle pour parler de « processus de réconciliation en marche » et dont, bien entendu, Alassane Ouattara leur mentor adoré, serait l’artisan.
Mais personne n’est dupe. Alassane Ouattara s’est déjà déclaré candidat à la prochaine élection présidentielle, bien qu’étant encore en exercice et à mi-mandat. Dès lors, on devine aisément que son parti et lui, ne lésineront sur aucun moyen pour réaliser ce vœux si cher à leurs yeux, c'est-à-dire, briguer un second mandat. Amadou Soumahoro, secrétaire général par intérim du RDR, s’est voulu clair sur le sujet, lors de la traditionnelle cérémonie de présentation des vœux au siège de son parti. Aux militants présents, il a dévoilé: « (…) l’ambition est unique et l’objectif précis. Celui de faire réélire au premier tour de l’élection présidentielle de 2015, le président Alassane Ouattara ». Mais avant, c’est Alassane Ouattara lui-même qui instamment déclarait : « Je les (partis politiques d’opposition, ndlr) invite à préparer les élections de 2015 qui se tiendront dans moins de deux ans. Je suis préoccupé par comment rattraper le temps que nous avons perdu à cause de la crise postélectorale. Je leur dis que les élections auront bel et bien lieu en octobre 2015 et il serait bon qu’ils se mettent au travail pour préparer ces élections-là… ».
Cela nous rappelle un peu l’histoire récente de quelqu’un qui acceptait tous les compromis et faisait toutes sortes de concessions à ses adversaires pour avoir, ne serait-ce que la paix pour pouvoir gouverner son pays. Mais cyniques, ces adversaires avaient d’autres ambitions : le renverser. Aujourd’hui, ils ont réussi leur coup. Ces mêmes personnes, passés maîtres dans l’art de l’hypocrisie, sont actuellement au pouvoir. Certes l’objectif est différent, mais la stratégie demeure la même : adopter l’apparence de ceux qui recherchent la paix et la réconciliation, mais au fond et au bout du compte,  répondre aux besoins d’une soif inextinguible de pouvoir. Aujourd’hui, il s’agit pour eux, de conserver le pouvoir à tout prix, voire, de le confisquer. « Chassez le naturel, il reviendra au galop », dit l’adage.
Sinon, comment comprendre, ce coup de foudre soudain du régime Ouattara pour le parti de Laurent Gbagbo ? Un parti politique que ce régime donnait pour mort au sortir de la guerre post-électorale ? Certains diront, peut-être, qu’il s’agit du résultat de diverses pressions exercées sur le régime. Ils peuvent avoir raison. Mais pour les gens du peuple, confrontés aux réalités du quotidien, la médiatisation à outrance, orchestrée par le régime en place, et les quelques simulacres observés, ces derniers temps, ne peuvent suffire pour affirmer que la crise ivoirienne est finie ou du moins, que la réconciliation avance à grands pas.
La Côte d’Ivoire s’achemine inéluctablement vers 2015, sans que les causes profondes qui ont entrainé le pays vers les profondeurs abyssales, n’aient été franchement abordées ; sans que l’on sache comment ne plus retomber dans la spirale des crises. Ceux qui nous gouvernent parlent d’élection, alors qu’ils se refusent à aborder les problèmes de fond: la nationalité, le foncier, l’éligibilité…, la corruption, le tribalisme, et l’impunité qui gangrènent notre société et qui ont pris des proportions inquiétantes ces trois dernières années. Ils préfèrent faire du surplace, donner une impression de mouvement, en espérant tromper l’opinion publique. Mais les gens du peuple, savent rester vigilants. Certes, une vigilance mêlée d’inquiétudes, face à l’ambition farouche des gouvernants actuels qui voudraient confisquer – à tout prix - le pouvoir.
Cette inquiétude est d’ailleurs partagée par les Eta ts-Unis, dont l’ambassadeur en Côte d’ivoire, affirme par ces quelques mots : « Nous ne sommes qu'à 20 mois de l'élection présidentielle, on ne peut s'empêcher de nourrir quelques inquiétudes quant à l'avenir (…)».
Assurément, les gens du peuple, ont des raisons de s’inquiéter des gros nuages qui se profilent à l’horizon 2015. Car comme toujours, ce sont eux et eux seuls, qui malheureusement paient le lourd tribut de l’hypocrisie et de l’ambition démesurée des aventuriers politiques.
 
Marc Micael
Chroniqueur politique
marcmicael@yahoo.fr






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