Côte d'Ivoire- Guillaume SORO et la Réconciliation: Le point de vue de Bertin Koffi à Tiburce Koffi.

CIVOX.NET
Mardi 20 Juin 2017 - 20:32


Mon cher Tiburce, je me sens l’obligation morale de t’assurer que ta décision de rallier Guillaume SORO, ton héros légendaire  et du héros historique est loin de constituer un écueil pour quelqu’un. Ce d’autant que cette décision, tu l’as suffisamment justifiée et motivée, est la résultante de ta réflexion intérieure profonde qui ne saurait trahir ta raison et ce qu’éveille la raison d’Etat en toi. Cette raison d’Etat qui urge pour moi et, tu en conviens, c’est « La Paix et la Réconciliation par le Pardon ».

Editorialiste, Ecrivain, Journaliste et Professeur, homme de culture avéré, Tiburce KOFFI, tu es une bonne graine de l’intelligentsia ivoirienne, pour être modeste, sinon universelle. C’est si juste qu’au temps de la rébellion et des ravages que cette nébuleuse causait sur les populations, tu ne manquas point au devoir qui est le tien. Celui de prendre ta plume défensive, de l’affuter et de décrier à travers coulées d’encre cet état de fait dans les colonnes des journaux les plus lus. Tu rappelles si bien, d’ailleurs, ce moment et ton état d’esprit dans ton éditorial : « Je compte au nombre des ‘‘voix écrites’’ qui furent les plus acerbes contre la rébellion, me refusant même à les appeler « Forces nouvelles » — l’appellation officielle pour désigner ces troupes que tout en moi refusait d’appeler autrement que par le substantif (peu valorisant) de rebelles. Et mon point de vue sur la question n’a pas changé ».

A cet effet, nulle ne peut et ne doit croire, loin s’en faut, que tu t’engages dans une entreprise suspecte ou que, décidant de rallier Guillaume SORO dans son nouveau pari, tu as une inclination opportuniste ou une propension au nomadisme politico intellectuel. Cependant, il se pose, à moi, un problème que soulèvent les notions d’éthique, de morale, de conscience, de démocratie, d’histoire, de légalité et de légitimité. N’en déplaise à toi Tiburce, ces notions posent la question de la rébellion, des raisons de Guillaume SORO pour la réconciliation par le pardon, et du profil idéal de l’homme qui réussira cette réconciliation.

Pour justifier la rébellion, Guillaume SORO a dit avoir pris très mal, le fait que des Agents de sécurité l’aient contrôlé pour lui exiger de produire une pièce d’identité qu’il n’avait pas sur lui à ce moment. Raison émotionnelle et affective, mais essayons d’y comprendre quelque chose. Au nom des règles qui régissent la vie des citoyens libres en société, les Agents de sécurité étaient-ils fondés à contrôler Guillaume SORO ou non, dans le cadre de leur mission de routine ? Guillaume SORO avait-il conscience que l’acte posé par ces Agents était-il légal et participait-il de sa sécurité et de sa protection ? Mieux, Etudiant qu’il était, fraichement sorti de l’adolescence, que cet acte participait à son éducation civique et peut-être même morale en tant que citoyen d’un pays moderne ? Quelque soit la grosseur de la colère qui aurait animé Guillaume SORO par le fait de ces Agents,  ou bien, quelque soit l’humiliation subséquente que monsieur SORO a pu subir ce jour-là, la rébellion était-elle la panacée ? En droit, on nous répondrait que la défense a été disproportionnelle à l’offense ! Car, il est impossible aujourd’hui de dénombrer les morts et les blessés, d’évaluer le retard que la Côte d’Ivoire a accusé, de mesurer l’ampleur des meurtrissures et des aigrissures, d’estimer les dégâts causés au pays et à son peuple, de racheter les vies perdues et de réparer les torts causés. Concédons à Guillaume SORO le stigmate d’un ordre inégalitaire qu’il aurait perçu dans le contrôle policier qu’il a subit. Mais, durant ce temps de rébellion et après que l’ordre nouveau (égalitaire) est installé, Guillaume SORO a suffisamment progressé dans sa vie et son pouvoir d’achat s’est dopé, tout comme sa situation sociale s’est bonifiée du fait de son ascension professionnelle, et des avantages et bénéfices y liés. S’était-il rendu compte, un seul instant, de la dégradation sociale des plus nombreuses autres populations ? S’était-il rendu compte, entre temps, de la misère des plus nombreux citoyens du fait de cette rébellion ? Une fois que la bourrasque est passée, alors que c’était l’objectif prioritaire de la rébellion, qu’est-ce que Guillaume SORO a pu faire pour l’égalité des chances de tous les citoyens, chacun selon ses mérites, aux postes de nomination dans les fonctions administratives, civiles et militaires ? Qu’a-t-il pu faire pour favoriser l’équité au niveau des sanctions judiciaires et pénales entre tous les citoyens de ce pays ?... Alors que Guillaume SORO a occupé et occupe encore des postes de haut rang qui lui conféraient une force de propositions, d’influence et un pouvoir de décisions.

Mon cher Tiburce, tu ne contrediras pas mon raisonnement eu égard à la description élogieuse que tu fais de monsieur SORO dans ta démonstration définitionnelle du héros que je cite : « J’ai dis héros. Et, de mon point de vue, Guillaume Soro, à l’instar des grandes figures qui sillonnent les pages (écrites ou non) de la vie des sociétés qui les ont produites, est un héros au sens plein du terme ; c’est-à-dire, celui-là qui a livré bataille avec rage et courage, vaincu avec l’art et la raison du fort, et obtenu l’auréole du brave. En tant que tel, au-delà des passions qu’il suscite par la simple évocation de son nom, Guillaume Soro porte en lui les contradictions et énigmes que charrie le personnage peu banal du héros — un homme historique » ; et qui éclaire si bien les lanternes.

Cela fait exactement sept ans que le calme est revenu au pays. Qu’en est-il des exilés souffrant les affres de l’éloignement, des prisonniers politiques qui croupissent sous le poids du désespoir et de leur privation de liberté, des cadres de tous rangs (tu en fais partie) qui ont été priés de céder leurs postes et qui sont jusque-là restés à la maison ou contraints à un exil implacable, broyant du noir ? Qu’en est-il des foyers brisés ; des filles et mères devenues des prostituées pour gagner leur pitance ; qu’en est-ils des filles et garçons mineurs que leurs parents pauvres et invalides ont jetés en pâture aux hommes de proie pour des miettes d’argent ; qu’en est-il des fils et pères devenus des gangsters s’offrant en pâture à une mort tragique ; qu’en est-il des candidats ivoiriens au suicide collectif à la traversée de la Mer Méditerranée pour en finir avec la vie misérable que leur offre une mère patrie devenue trop hostile, et des morts du désespoir, de ce fait ?

Le tribut est lourd et le passif amer. Mon cher Tiburce, la rébellion a permis d’installer un ordre nouveau, ce n’est un secret pour personne. L’une des conséquences de cet ordre nouveau que Guillaume SORO a appelé de tous ses vœux, c’est la croissance économique qui impulse la valorisation de l’existence de tous et le développement du pays. Mais, que constate-t-on dans la réalité ? Que cette croissance est centrée sur l’égoïsme et les profits des plus forts. De ce fait, des hommes ont créé la fatalité de la misère pour des hommes et contre des hommes. Je confesse que la pauvreté est pire que la prison, elle tue l’homme parce qu’elle assujettit son âme et son esprit. Les témoignages de vie misérable des souscripteurs dans les Sociétés d’Agrobusiness, à qui l’Etat a laissé faire (en y jetant toute leur fortune) et qui ont été court circuités par le même Etat, rendent à mon affirmation toute sa clarté.

 

Guillaume SORO, en voulant se rebeller contre un ordre inégalitaire pour instaurer un eldorado où tous, nous nous sentirons bien ; a malheureusement favorisé l’instauration d’un ordre où,  plus que jamais, l’injustice, l’iniquité,  l’impunité des favorisés, les persécutions, l’intolérance, les frustrations, la haine, le mépris, l’arrogance, la discrimination, l’étouffement des libertés d’expression plurielle ( la télévision n’est pas libéralisée), l’égoïsme, les pillages de biens sociaux, l’enrichissement rapide et illicite, la raison des plus forts ont la peau dure. Guillaume SORO n’a donc pas pu épargner la pauvreté à la majorité malgré le mot croissance qui essaime tous les discours officiels.

Ce fut donc une rébellion pour rien ! Guillaume SORO aurait dû en faire l’économie ! Or, après cette terrible rébellion, je croyais fermement que la sérénité, la paix et la prospérité soient les meilleures denrées à partager entre frères et sœurs Ivoiriens. Mon cher  Tiburce, je sais que toi et moi voulons que nos vœux, que sont le refus d’accepter les choses telles qu’elles ne vont pas, rejoignent tous et chacun des Ivoiriens. Je pense à tous ceux que monsieur SORO a oubliés dans la distribution du bonheur, une fois que les armes de la rébellion se sont tues. Je me pose donc en sentinelle de la conscience collective face à la précarité de certaines situations et à l’acharnement douloureux de certains destins dus à la rébellion. Or, il n’y a que les valeurs de partage et d’amour qui sont proches d’une société réconciliée qui exalte la paix.

Eu égard à ces maux, je trouve que monsieur SORO n’a pas le profil de la mission ; parce que la réconciliation que nous voulons pour aboutir à la paix durable ne doit pas être celle de la prédominance militaire ou économique ni l’absence de guerre ou le simple fruit de ruses mensongères ou d’habiles manipulations. Elle doit être le résultat d’un processus d’élévation de conscience, de purification morale de chacun dans lequel, personne ne doit être exclue et où la dignité de l’homme est respectée. Autrement, comme tu le souhaites, tout droit et latitude sont laissés à Guillaume SORO d’essayer la réconciliation des Ivoiriens. Mais avant, faut-il que les Ivoiriens de toutes les parties qui ont, chacune, payé un lourd tribut à cette tragédie lui accordent leur consentement. Une fois ce pas franchi, Guillaume SORO se sentira revêtu d’une légitimité pour conduire cette action réconciliatrice. Toutefois, la difficulté, ici, c’est que monsieur SORO a été partie, donneur d’ordres et un acteur qui veut réconcilier. Or, un homme qui a vociféré sème l’effroi chez les autres, et celui qui s’est servi de l’épée est fui par les autres. Comment s’y prendra-t-il ?

Ne devant jeter l’enfant, l’eau et le bassin qui ont servi à son bain, je voudrais y aider et mes propositions, à moi, seraient que Guillaume SORO use de ses entregents et de son influence pour faire activer les conclusions de la CDVR afin qu’elles connaissent un début d’application sincère et non sélective. Qu’il reconnaisse publiquement ses torts dans la tragédie que la rébellion a provoquée. Même si la tragédie n’avait pas été prévue dans son plan. Qu’il œuvre à une répartition équilibrée du bonheur entre tous, surtout que ce bonheur est le fruit des efforts de tous. Qu’il s’attache à faire appliquer l’équité dans la promotion et la valorisation des ressources humaines à toutes les fonctions, aussi bien, ascendantes, horizontales que subalternes. Et ce, selon chacun les forces de ses muscles, son niveau de qualification, ses mérites, son expertise et son expérience. Trouver un mot de compassion, poser des actions de solidarité en direction de tous les Ivoiriens et, en particulier, en direction de ceux qui ont été les plus grosses victimes ; régions et personnes physiques comprises. Voilà le préalable dont monsieur SORO pourrait se servir comme armure attractive pour conquérir les cœurs les plus meurtris.

 

Ensuite, il pourrait réunir des personnalités honnêtes, dignes, crédibles, influentes, respectables, modérées, amoureuses de paix et de la Côte d’Ivoire, qui ont encore le sens des valeurs et la crainte de Dieu. Ces personnalités devront être choisies dans toutes les structures socio politiques. Monsieur SORO partagera ses ambitions avec elles et les amenera à se les approprier. Je veux parler de la société civile, des partis politiques sérieux, des syndicats, des confessions religieuses, des rois et chefs traditionnels, des intellectuels, des opérateurs économiques, dans les unités des forces de défense et de sécurités. On me dira que tout cela est galvaudé parce que la société ivoirienne est pourrie de sa lâcheté, de son hypocrisie, de sa corruption, de ses mensonges et de son amour exagéré pour l’argent. C’est vrai, mais toutes ces structures comptent en leur sein des personnes (pas forcément leurs dirigeants) qui ont encore de la valeur et qui peuvent servir une cause noble telle que celle-là.

Enfin en compagnie de ces personnes ressources, pas dans une catharsis assise mais sous la forme d’une caravane à travers le pays, Guillaume SORO pourrait livrer son message de réconciliation. Il doit se convaincre de ce que, la réconciliation appelle l’abolition des brouilles, des injures, des disputes et des meurtres entre des groupes. Guillaume SORO devra donc avoir la capacité de se percevoir, de s’identifier, de penser et de se comporter de manière adaptée par rapport à ses responsabilités dans ce qui appelle à se réconcilier. Un tel exercice favorise ce que l’on sent et sait de soi, d’autrui et de la société où l’on vit. En ce sens, il aura la perception objective de la réalité pour réussir l’impossible.  

Mon cher Tiburce, la clairvoyance et la sagesse du Père de la Nation, le Président Félix Houphouët-Boigny nous ont valu, hier, de vivre sur des principes d’égalité et de solidarité. Cela requiert qu’il faille donner à notre existence, d’autres armes que celles destinées à tuer et à exterminer nos semblables au nom d’intérêts vains. Il faut, surtout, des armes morales qui donnent force et prestige à la personne humaine, à commencer par le respect des bonnes mœurs, principes élémentaires de la vie en société. J’imagine que Guillaume SORO l’a bien compris, d’où son besoin de réconcilier les populations ivoiriennes ; il faut lui accorder ses chances.

Mon cher Tiburce, telles sont mes assurances que je voudrais partager avec toi pour ton engagement.

 

                                                                                                                        KOFFI  Bertin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 





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