Côte d'Ivoire - Gildas Le Lidec : "Soro est un arriviste qui a mangé à tous les râteliers"

Dans son livre "De Phnom Penh à Abidjan, fragments de vie d’un diplomate", Gildas Le Lidec, livre ses "souvenirs" d'ancien ambassadeur de France en Côte d'Ivoire entre 2002 et 2005. Des "souvenirs" qui offrent une lecture peu commune de la crise ivoirienne de 2011. En rupture en tout cas avec cette fiction à laquelle une partie de la presse et de la classe politique française ont adhéré... Entretien.

Vendredi 27 Juin 2014 - 05:45


Gildas Le Lidec, ex- Ambassadeur de France en Côte d'Ivoire
Gildas Le Lidec, ex- Ambassadeur de France en Côte d'Ivoire
C’est un livre de « souvenirs, de simples souvenirs » ne visant pas à l’objectivité et à la vérité historique. Les précautions que prend l’ancien diplomate aujourd’hui à la retraite Gildas Le Lidec pour présenter son ouvrage De Phnom Penh à Abidjan, fragments de vie d’un diplomate* ne sont pas de pure forme. Quoi qu’il en dise, les « anecdotes » tirées de ses années passées en Côte d’Ivoire (entre 2002 et 2005), au titre d’ambassadeur de France, ressemblent fort à un pavé dans la mare des certitudes confortables sur la crise ivoirienne de 2011. Gbagbo dans le rôle du « méchant », du tricheur, du tyran prêt à toutes les bassesses et tous les crimes de guerre pour garder le pouvoir ? Alassane Ouattara dans le costume immaculé du président démocratiquement élu, mettant ses belles compétences d’ancien technocrate du FMI au service de son pays ?

Voilà déjà quelque temps que cette fiction à laquelle une partie de la presse et de la classe politique française ont adhéré (par commodité, paresse ou intérêt ?) commence à se fissurer. L’ouvrage de Gildas Le Lidec n’aidera guère à colmater la brèche, tout au contraire. A quelques semaines de sa première visite officielle à Abidjan, François Hollande pourra ainsi utilement y prendre connaissance du portrait peu flatteur que l’ancien ambassadeur dresse de Guillaume Soro, l’actuel président de l’Assemblée nationale ivoirienne et ancien chef des rebelles du Nord, alliés militaires de Ouattara. Plus largement, sans exonérer le moins du monde les dérives du régime de Laurent Gbagbo, le livre permet de mieux comprendre les origines contemporaines de la terrible guerre civile qui fit près de 3 000 morts en quelques mois. La politique africaine de la France au pays des Eléphants n’y a pas forcément le beau rôle.

Marianne : Guillaume Soro, tour à tour chef des Forces nouvelles rebelles, Premier ministre de Gbagbo puis de Ouattara, et actuel président de l’Assemblée nationale, a tenté de vous égorger…

Gildas Le Lidec : Je tiens d’abord à préciser qu’à mes yeux cette anecdote n’a aucune signification politique particulière. Elle figure dans le livre pour son côté « vivant », illustrant la réalité concrète du travail d’un diplomate sur le terrain. Je sais que la presse d’Abidjan s’en est emparée pour ses gros titres. Ce n’était pas mon intention. Ceci étant, l’anecdote est parfaitement authentique. Elle s’est déroulée à la basilique de Yamoussoukro en 2003, lors d’une réunion de routine sur le suivi des accords de paix de Marcoussis (signés en janvier 2003 entre les rebelles et le régime de Gbagbo), en présence du Premier ministre de l’époque, Seydou Diarra, et de deux généraux de Licorne (la force française d’interposition). Comme à son habitude, Soro faisait son cinéma, éructait contre la France. J’ai dû le rembarrer et probablement l’ai-je agacé alors il a tenté de m’étrangler. Un simple coup de chaud certes, mais il a fallu l’intervention des ambassadeurs d’Espagne et d’Italie pour le ramener à la raison…

Vous racontez aussi qu’il vous avait auparavant proposé un attentat contre Gbagbo ?

Peut-on vraiment parler sérieusement d’attentat quand on connaît le personnage ? Alors que je venais depuis peu de prendre mes fonctions, je me suis rendu à Bouaké pour rencontrer divers chefs rebelles, les fameux « com’zones ». Et j’avais en permanence dans les pattes ce petit bonhomme, ce civil auquel je ne prêtais guère attention. Avant de prendre mon hélicoptère pour rentrer à Abidjan, il m’a proposé de placer une voiture quelque part dans la ville, bourrée d’armes et d’explosifs et de lui en donner l’adresse. Il se chargerait ensuite, affirmait-il, d’éliminer Gbagbo par ses propres moyens….

Au-delà de l’anecdote, et à l’aune de votre expérience, quel jugement portez-vous sur celui qui est désormais protocolairement le deuxième personnage le plus important de Côte d’Ivoire ?

C’est un arriviste, très intelligent et très bien formé, avec une exceptionnelle force de conviction. Il a mangé à tous les râteliers, chef des rebelles un jour, avec Gbagbo un autre, puis le trahissant pour Ouattara…. Mais étonnamment il avait des soutiens en France. Je me souviens d’un déjeuner avec lui auquel participaient aussi Seydou Diarra et Pierre Mazeaud (à l’époque président de la table ronde de Marcoussis). Ce dernier m’a pris à parti, m’accusant de ne pas aider le processus de paix et d’être un traître et un suppôt de Gbagbo. Je voulais présenter ma démission à Raffarin (alors Premier ministre) lequel à son habitude a mis les formes pour étouffer le conflit. Lire la suite...




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