Côte d’Ivoire:30.000 ex-combattants menacent les élections de 2015

Vendredi 7 Novembre 2014 - 05:29


Contexte
 A la faveur d’un séminaire-bilan tenu en début de semaine, à Abidjan, l’Autorité pour le désarmement et la démobilisation (ADDR) a montré le long chemin qui lui reste à parcourir sur la question.

Enjeu
Les difficultés de l’ADDR à conduire le désarmement à moins d’un an de l’élection présidentielle ivoirienne confortent dans leur position, ceux qui pensent que les conditions ne sont pas encore réunies pour aller à pareilles consultations, sur- tout après les graves évènements posté- lectoraux de la fin 2010.

A un an de la tenue de la prochaine élection présidentielle en Côte d’Ivoire, le gouvernement s’attèle chaque jour à convaincre les populations ivoiriennes que tout sera mis en œuvre pour obtenir des élections justes, transparentes et démocratiques. Dans ce registre, la commission électorale indépendante (CEI), a été reconstituée il y a quelques semaines avec à la clé, la reconduction de son président Youssouf Bakayoko, malgré les cris de désapprobation de l’opposition significative et de nombreux mouvements de la société civile. Pour répondre aux critiques sur l’environnement sécuritaire des élections, le régime ne manque aucune occasion de brandir l’indice de sécurité, qui selon la communication du pouvoir, est passé de 3,2 en 2012 à 1,16 en 2014. Et mardi dernier, à l’espace Latrille Events de Cocody-les-2 plateaux, Paul Koffi Koffi, le ministre auprès du Président de la République en charge de la Défense, a encore poussé la même chansonnette. C’était à l’occasion d’un séminaire organisé par l’Autorité pour le désarmement, la démobilisation et la réintégration des ex-combattants (ADDR), pour dresser le bilan de deux années d’activités opérationnelles. A cette tribune, si M. Fidèle Sarassoro, le Directeur général de la structure s’est satisfait que sur un effectif de plus de 74.000 ex- combattants identifiés, près de 44500 ont été réinsérés, soit en- viron 60% des concernés. Sont donc encore en armes, quelques 30.000, soit 40% des ex-combattants régulièrement identifiés. Des statistiques pour le moins ef- frayantes quand on sait que nous sommes à moins d’un an des prochaines élections générales en Côte d’Ivoire. Dans l’intervalle, comment l’ADDR, qui se plaint ré- gulièrement  de ne pas disposer à temps, des fonds nécessaires s’y prendra-t-elle pour finir le boulot  sur un chantier aussi vaste ? D’ailleurs, pour ne rien ar- ranger, dans les affaires gouvernementales,  certains ex-combattants déjà  réinsérés, se plaignent régulièrement des promesses non tenues à leur endroit par l’ADDR. Et cela, sans compter tous ceux en armes, inconnus des fichiers  officiels et convertis au grand banditisme, qui constituent une menace permanente dans la cité et sur les routes ivoiriennes. En somme, un cocktail sécuritaire explosif que les détracteurs du régime interprètent  plutôt comme une manœuvre savamment mise en place pour terroriser tous ceux qui voudraient contrarier les am- bitions d’un second mandat d’Alassane Ouattara. Une thèse créditée par les propos tenus ces derniers temps, par certains défenseurs de l’appel de Daoukro, qui, pour venir à  bout de la résis- tance des « irréductibles » du PDCI,-selon la belle expression du président Henri Konan Bédié-, ont expliqué entre autres, que le « sphinx » de Daoukro a été obligé de s’aligner sur la candidature d’Alassane Ouattara pour la course présidentielle de 2015 en raison du péril sécuritaire évoqué plus haut. Et que pour lui, seul l’actuel chef de l’Etat peut résou- dre la question du désarmement qui concerne avant tout, les bandes armées qui ont accompagné sa prise de pouvoir dans les conditions que tous savons. Et donc au final, l’appel de Daoukro reste, de ce point de vue, un gage de paix et de stabilité pour la Côte d’Ivoire. Faux rétorque le régime, qui dit être de bonne foi sur la question du désarmement. Seulement, il se défend que l’on ne sort pas de dix ans d‘une grave crise politico-militaire comme on sort d’un diner-gala et que malgré tous les efforts du gouvernement, la normalisation en terme de sécurité, prendra encore du temps. Un argumentaire certes séduisant mais peu convaincant car en la matière, la volonté politique va au rythme de la marche de la tortue. Sinon pourquoi, le gouvernement tolère-t-il que des supplétifs FRCI continuent de tenir des barrages et rackettent les populations dans certaines villes, villages et hameaux du pays ? Pourquoi les ex-chefs de guerre continuent-ils de s’entourer de gardes prétoriennes au vu et au su de tous ? Au nom de quoi, les chasseurs traditionnels, appelés communément « dozos » font-ils encore la sécurité à Duékoué alors que les forces régulières y sont en nombre suffisant ? Autant d’interro- gations qui fragilisent la posture des communicants du régime et donnent du grain à moudre à ceux qui jurent que l’ambiance autour des consultations électorales de 2015 sera toute aussi électrique si Alassane Ouattara a en face, un candidat qui pourrait bien lui faire de l’ombre. Au total, avec un processus de réconciliation nationale piégé par la haine des dirigeants actuels et la justice des vainqueurs, et un désarmement bâclé, on se retrouve aujourd’hui, pratiquement à la case-départ. Exactement, comme lors de la crise postélectorale avec deux camps  qui se regardent toujours en chiens de faïence, attendant l’un l’autre, la moindre occasion pour porter le coup fatal à l’adversaire. Visible- ment, la Côte d’Ivoire n’est pas encore sortie de l’ornière.

Géraldine Diomandé

Source: Aujourd’hui / N°763 du 06 novembre 2011




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