Convulsions d’une dictature

Mardi 26 Novembre 2013 - 14:59


Arrêté par les agents de la DST. Conduit à la DST. Torturé à la DST. Torturé dans les goulags de la république. Voici des phrases qui ne font plus trembler. Les ivoiriens sont habitués à les entendre. Au début de la dictature, ils fondaient en larmes lorsque, repus de tyrannie, les agents du pouvoir venaient à la télévision, parodier «  Le malade imaginaire  » de Molière. Ces derniers affirmaient que l’opposant X avait tenté de renverser le dictateur d’Abidjan. Ou que l’opposant Y avait refusé de faire allégeance à celui que la toute puissante «  communauté internationale  » met sur le même pied que Dieu. Les ivoiriens pleuraient parce qu’ils se sentaient doublement abusés. Abusés par la France et l’Onu qui ont imposé un régime liberticide. Abusés par des dirigeants qui claironnaient autrefois qu’ils avaient noué un pacte avec la démocratie.
Au fil des ans, les ivoiriens ont noté que ce régime était condamné à harceler et arbitrairement arrêter ses opposants. Car, à la vérité, il est ennemi de la démocratie, ami des pratiques infra-démocratiques. Le régime est donc dans son rôle. Et il le joue parfaitement. Jamais l’on n’a vu une bonne dictature faire la promotion des droits et libertés des individus. Une fois la nature du régime connue, les ivoiriens ont décidé de faire l’économie de leurs larmes. Ils justifient cela par le fait que l’injustice faisant désormais partie de leur quotidien, ils useraient leur santé à pleurer pour chaque cas d’injustice. C’est pourquoi, lorsque le Samedi 23 Novembre 2013, le Secrétaire Général du FPI fut interpellé, conduit à la DST puis interdit de voyage, nul ne pleura.
Les ivoiriens ont plutôt été rassurés sur le fait que l’acte des dictateurs d’Abidjan traduit les convulsions d’une dictature en perte de vitesse. Cette assurance a été raffermie après avoir entendu le pouvoir soutenir que Laurent Akoun devait se conformer à une décision de justice qui lui interdisait de circuler, pendant un an, sur le territoire national en dehors de sa localité d’origine. La décision, selon le pouvoir, est toujours en vigueur (sic). L’étonnante information a suscité de nombreuses interrogations à savoir  : Le régime se serait-il subitement souvenu que Laurent Akoun ne résidait pas dans sa localité d’origine  depuis des mois? Les services de renseignement avaient-ils failli  ? Le ministère de la justice, le ministère de l’intérieur, la police, la gendarmerie, les Frci, les dozos avaient-ils été corrompus par le Secrétaire Général du FPI afin que ces derniers l’autorisent à mener clandestinement (!) ses activités politiques en dehors de sa localité d’origine  ? Après son interpellation, Laurent Akoun a-t-il été conduit, sous escorte, dans sa localité d’origine  pour attendre que la dictature soit visitée par la sagesse?
Dans l’attente de réponses convaincantes, les ivoiriens ont conclu que si cette dictature n’était pas traversée par des convulsions, elle n’aurait pas agi comme elle l’a fait. N’est-elle pas au crépuscule de son existence  ? Elle est en effet fortement fragilisée par le remarquable travail des partisans de Laurent Gbagbo. Un travail d’éveil des consciences longtemps matraquées par le mensonge international. Les ivoiriens, les «  amis internationaux  » assistent à l’effritement du voile qui cachait le visage hideux de ce régime. Lentement, l’imposture se laisse découvrir contre son gré. Les mille promesses lancées comme les cauris d’un prestidigitateur du dimanche tardent à fournir les résultats miraculeux espérés. Face à cette raclée inattendue, les dictateurs mettent sur la table ce qu’ils maitrisent le mieux  : arrestations arbitraires, interdiction de voyager etc.
En procédant ainsi, ils pensent pouvoir faire peur, museler les forces démocratiques. Bien au contraire, ils donnent la preuve que leur dictature est malade. Elle convulse. Il lui faut donc s’accrocher au dernier filet de souffle qui lui reste. Si le régime garde le silence face à la montée de ceux qu’elle a juré conduire «  au cimetière  », elle risque de périr sous la huée populaire. «  Persévérons, un peu plus de terreur, de maltraitance, d’injustice, de méchanceté et nous reprendrons la main  » tel est le mot d’ordre que la dictature veut cacher derrière des pirouettes juridiques infâmes.
Alain Bouikalo,Juriste
 




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