Contrôle de la commission électorale indépendante: Le silence troublant des Américains

La commission électorale indépendante a réélu, vendredi dernier, Youssouf Bakayoko, nouveau président de la CEI pour un nouveau mandat de six ans. L’opposition ivoirienne soutenue par la société civile conteste cette réélec- tion. Mais, pas plus. Alors qu’ils ne voulaient pas de Youssouf Bakayoko, les Etats-Unis d’Amérique n’ont toujours pas esquissé le moindre commentaire.

Mardi 9 Septembre 2014 - 05:29


Youssouf Bakayoko, président de la CEI
Youssouf Bakayoko, président de la CEI
Petit coup de force vendredi dernier à la CEI, au nez et à la barbe des américains qui avaient ba- taillé pour ne pas que Youssouf Balayoko, son ancien président, l’homme qui est surtout allé proclamer Alassane Ouattara à son propre QG comme étant le président de la République élu en 2010, soit maintenu à la tête de l’institution. Et pourtant, c’est ce qui s’est passé ce jour- là. Reconduit parmi les 17 membres de la CEI consensuelle, selon les propres termes du FPI, l’ancien président a été à nouveau désigné pour organiser les prochaines élections de 2015 dont la présidentielle qui fait déjà craindre les mêmes risques qu’en 2010. Juste après son élection qui a été émaillée par la défection de cinq des dix- sept commissaires, dont ceux de la société civile et de l’Eglise Catholique, l’ancien ministre des affaires étrangères a promis de tout mettre en œuvre pour organiser des élections crédi- bles. Pour cela, il s’est engagé à réconcilier les différents commissaires et à s’atteler à mettre en place une nouvelle liste électorale consensuelle.
Mais peu après son élection obtenue, tard dans la nuit du vendredi, les commissaires de la CEI ont également élu les différents vice-présidents, y compris les deux secrétaires généraux. A l’arrivée, c’est  le rassemblement des houphouëtistes pour la recherche de la paix (RHDP) coalition qui a porté Ouattara au pouvoir, hormis le MFA qui fait partie des frondeurs, qui se taille la part du lion comme cela était prévisible. Le représentant d’Alassane Ouattara devient ainsi le premier vice-président tandis que l’UDPCI, un autre parti membre de la galaxie houphouëtiste, s’empare de la deuxième vice-présidence. La troisième et dernière vice-présidence échoit donc à Gervais Coulibaly, membre d’une coalition de petits partis en rupture de ban avec le Front populaire ivoirien et qui généralement s’aligne sur les thèses du pouvoir. Alors qu’un long débat sur le déséquilibre de la  nouvelle CEI avait tenu en laisse les cadors de la politique ivoirienne pendant plusieurs semaines, la mouture définitive de l’appareil qui doit organiser les élections ne laisse plus de place au doute. Plus que jamais entièrement dépendante du RHDP, cette CEI a été rejetée par la société civile et les religieux. Le représentant de l’Eglise catholique l’abbé Martial Boni Boni n’a pas pris part au vote pour les mêmes raisons ce vendredi, même si jusqu’au moment où nous mettions sous presse, les frondeurs ne parlaient que d’une suspension de leur participation. Ce qui rend clairement possibles les revirements. Mais depuis ce jour, aucune voix n’a encore commenté cette actualité. La communauté internationale est restée muette, comme lorsque les violations sont généralement au passif d’Alassane Ouattara. Pareil pour les Etats-Unis d’Amérique qui avaient fait du départ de Youssouf Bakayoko leur crédo. Dans leur leur sillage l’ONG américaine, NDI,  avait rencontré toutes les parties intéressées par la question de la commis- sion électorale indépendante. Mais sa menace avait surtout mis l’entourage de Youssouf Bakayoko sous pression et encouragé l’ancien ministre des affaires étrangères de Gbagbo à faire une tournée chez les chefs d’Etat de la sous-région capable d’influencer les événements en Côte d’Ivoire. Or visiblement à ce jeu d’influence, les américains semblent avoir reconnu la prééminence française. Paris n’a en effet jamais caché sa pré- férence pour Youssouf Bakayoko, cet homme qui a pris fait et cause pour l’actuel chef de l’Etat lors de la présidentielle de 2010, au point de lui porter à son QG de campagne le résultat du scrutin. Avant cela, le président de CEI avait été en- levé par les soldats français de l’opération Licorne à la demande de Nicolas Sarkozy et mis en sécurité en France avec sa famille. Sur ce coup, c’est surtout la direction du FPI qui perd ses dernières illusions. Son président Pascal Affi N’guessan avait, contre la volonté de ses camarades, nommé Alain Dogou, dernier ministre de la défense de Laurent Gbagbo, dans cette institution parce qu’il la croyait consensuelle à ses yeux. Mais il avait aussi dit à certains de ses proches que ses interlocuteurs du gouvernement avaient accepté de concéder le poste de président de la CEI à son parti. Ce dont on et visiblement loin désormais. Mais en suspendant sa participation à la CEI en même temps que les quatre autres personnalités, Pascal Affi N’guessan espère avant tout  reprendre la main. Selon l’un de ses proches, qui affirme qu’il n’est pas déçu, le combat ne fait que commencer. « Aujourd’hui, nous ne sommes plus seuls. Il y a désormais la société civile et l’Eglise catholique avec nous », assure- t-il. Cela dit, au vu des enjeux internes, la consolation malgré tout reste faible. A moins que les américains, de but en blanc, haussent le ton et obligent leurs homologues français à faire re- venir Ouattara sur cette décision prise par la CEI. Mais un tel scénario, est visiblement plus proche de l’illusion que de la réalité.

Sévérine Blé

Source: Aujourd'hui N°720 du 08 septembre 2014




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !