Contribution / Après les législatives: Mon parti, le PDCI – RDA est-il véritablement sorti de l’esprit du parti unique ?

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Mercredi 4 Janvier 2017 - 13:12


Houphouetiste jusqu’aux bouts des ongles, je suis de ceux qui ont toujours pensé que le PDCI-RDA, parti politique toujours en mouvement, est la seule formation Politique qui a la capacité de se remettre en cause aux grandes occasions. Les compétitions électorales ont toujours été la forme achevée de la démocratie d’expression, pour la régulation de la vie politique. Communiquer devient alors, une exigence des temps modernes, dans notre société politique aujourd’hui, complexe et ouverte. Les Hauts responsables du parti que dirigent aujourd’hui le Président Henri Konan Bédié et « ses ministres » du Secrétariat Exécutif, ont –ils joué franchement leur rôle dans le choix de nos candidats aux législatives du 18 décembre dernier ? Les résultats obtenus suscitent de sérieuses et légitimes interrogations pour l’enjeu et l’équilibre global du parti au sein du RHDP. Formation politique de premier plan, le PDCI-RDA regorge de compétences avérées. Aussi, il est devenu délicat et périlleux le choix des « cheveux gagnants », pour toutes nos élections (députation, Mairie et Conseil Régional). Depuis l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir, Les trois compétitions électorales qui se sont déroulées, ont démontré les insuffisances de notre système de cooptation des candidats, pour aller à la conquête des postes électifs. La compétition électorale constitue normalement un cadre d’appréciation des projets de société des responsables politiques pour la vie nationale. De fait, toute société entre dans un cycle de violence, de vengeance et de décimation de l’ordre politique ou social; en un mot d’instabilité, s’il n’y a pas d’organisation politique. Depuis 2013, notre parti s’est doté d’un comité électoral. Ce comité a-t-il réellement joué son rôle ? Ce comité a-t-il eu les ressources humaines, les coudées franches et la légitimité réelle pour réussir sa mission ? Choisir des candidats parmi la multitude, n’est pas chose aisée. Le système de cooptation a-t-il répondu aux attentes des candidats, des responsables de base et des militants du parti? Un haut responsable du parti qui n’a jamais participé à une élection locale (en tant que candidat), peut-il objectivement présider ou contribuer à choisir des candidats gagneurs ? Lorsqu’on jette un coup d’œil sur la liste des membres du comité électoral, on se rend compte que ce sont toujours les mêmes qui apparaissent sur les listes du PDCI. Trop de copinage et de favoritisme lors de la constitution des comités ad ‘hoc et structures ou instances, ont fini par décourager bien de hauts cadres et militants aptes aux fonctions. Faut-il rappeler à ceux qui nous conduisent de reculade en reculade, que c’est par le biais des institutions du parti que les cadres et les militants pensent disposer d’une sorte de justice et de protection. Pour les cadres honnêtes et les militants de base, la politique « construit une maison commune » pour des individus et des communautés, par nature différents. Dans cette maison, ils doivent non seulement promouvoir un sentiment d’appartenance et se sentir en sécurité, mais surtout ils doivent pouvoir se réaliser en fonction de leurs talents, leurs efforts et leurs mérites. Tous ceux qui ont une parcelle de pouvoir doivent savoir que tout citoyen à vocation au pouvoir, bien sûr à condition de respecter certaines règles. Le pouvoir ne doit être accaparé par un individu ou un groupe, pour se l’approprier. Faut –il rappeler que c’est la volonté d’appropriation du pouvoir qui constitue la principale source de conflits dans nos pays, dans nos partis politiques et dans nos régions. Le pouvoir en réalité, est un bien commun. La longévité gouvernementale finit toujours par irriter ; surtout quand celle-ci n’est par fructueuse pour le peuple. En régime démocratique, le pouvoir est la résultante de la lutte entre les idées, les idéologies, les représentations sociales, les valeurs, à travers l’élaboration et la promotion des projets de société. Les échecs et les demi-victoires de certains ministres, présidents d’institution, et autres hauts dirigeants du RHDP sont révélateurs d’une lassitude certaine du peuple vis-à-vis de ces « potentats » régionaux ou nationaux qui ont surement oublié que la Côte d’Ivoire a véritablement changé. Oui, la Côte d’Ivoire a bien changé. Ceux qui ont frôlé la catastrophe doivent comprendre que désormais rien ne sera plus comme avant. Tout Politique, qui n’est pas sorti de l’esprit du parti unique et qui perdure encore dans la confusion entre le militantisme politico-ethnique et la citoyenneté, verra sa carrière contrariée ou estompée. Nous constatons malheureusement que la culture démocratique manque chez beaucoup d’entre ceux qui veulent faire de la politique. Dans bien de nos régions, les politiques ont manqué à leur devoir, celui de contribuer à l’élévation de la conscience nationale ou régionale, par l’exemplarité dans la gestion de la chose publique. Quant au Président Henri Konan Bédié, le Mandela ivoirien, il a suffisamment donné à son pays et à son parti. Sa présence tutélaire auprès du chef de l’Etat a permis au pays de renouer avec la confiance et la stabilité. En six ans de présence et de complicité avec le Président Alassane Ouattara, ‘’le sphinx de Daoukro’’a démontré sa capacité à surmonter les contradictions au sein du PDCI et du RHDP. Ses très proches collaborateurs (vice-président, membre du secrétariat exécutif…) devraient se surpasser, s’impliquer davantage dans la gestion du personnel politique de leur zone. La carence ou l’incapacité de certains à s’élever au-dessus des contingences pour mieux jouer leur partition. Même si au commencement jusqu’à la fin des efforts de nos gouvernants, tant au niveau de nos partis qu’à celui de la nation, il y a toujours une idée de discipline, il faut accepter que la démocratie d’expression exige la promotion de la neutralité et de l’impartialité. Les gouvernants doivent agir avec plus de justice et d’équité. Etre en phase avec sa base et sa classe politique, c’est aussi et surtout être à l’écoute de cette base et cette classe. L’écoute et l’échange sont les vertus que doivent cultiver tout homme politique. Comme le disait si bien le philosophe : « le voyageur qui n’écoute pas perd toujours son chemin en cours de route. ». Les résultats obtenus lors des législatives du 18 décembre dernier nous interpellent tous, président du parti, vice-présidents, secrétaire exécutif, inspecteurs du parti, membres du bureau politique…; nos responsabilités à tous doivent être situées. Des sanctions devront être prises, un remaniement du secrétariat exécutif envisagé, du sang nouveau devra permettre la modernisation et le repositionnement du parti. En le disant, nous n’avons qu’un seul objectif : la bonne santé et la vitalité de notre parti. Indépendant d’esprit et dégagé de toute préoccupation alimentaire, nous le faisons par amour et par devoir envers notre Président et le PDCI-RDA que nous servons depuis 36 ans. Nous avons toujours eu l’ambition d’éclairer l’opinion, d’éveiller les consciences et les conduire au discernement. Les gloires, quel que soit le temps, s’estompent les partis et la mission demeurent et savent toujours se souvenir. Les gouvernants doivent faire nécessaires pour nous faire entrer dans la modernité socio- politique. Donnons-nous dès maintenant le courage et les moyens d’organiser des primaires dans toutes nos élections, chaque fois que le consensus n’a pas prévalu. Ce sont les frustrations qui révoltent et conduisent à l’aventure indépendantiste. Après avoir accordé le pardon à nos indépendants, récupérons tous ceux qui se sont écartés, un tant soit peu, de la route tracée par le Père-fondateur de la Côte d’Ivoire moderne. Faut-il rappeler que la politique, c’est la capacité à gérer les différences par l’expérience de l’altérité (le rapport à l’autre) et non de l’altercation(le conflit, l’affrontement avec l’autre). La société politique en construction avec l’avènement de la troisième république, a une finalité générale et elle doit permettre aux uns et aux autres de vivre ensemble, dans le respect des différences. Enfin la reconnaissance mutuelle dans une société de débats, de concertations et de consultation est une des conditions de la paix et de la stabilité.

Une contribution du professeur

GBANE ABDOULAYE, membre du Bureau Politique et Président-fondateur du CAP/2015-2020 pour ADO





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