Construire la guerre pour construire l'économie mondiale ?

Samedi 20 Avril 2013 - 14:13


Construire la guerre pour construire l'économie mondiale ?
Violences et guerres comme instruments des systèmes de gouvernance

Si l'on se réfère à l'histoire contemporaine des Etats-Unis d'Amérique, on peut faire le constat de la relation dialectique entre le niveau de perception de la puissance militaire et de la prééminence diplomatique de l'union, avec le niveau de popularité et de solidité institutionnelle du chef de l'exécutif. C'est la débandade des troupes marines au Vietnam qui sonna le glas du pouvoir de Richard Nixon.
En effet au fur et à mesure que les troupes américaines perdaient du terrain devant l'avancée des armées communistes, la confiance des citoyens et des citoyennes vis-à-vis de leur président s'érodait comme une glace qui fond au soleil. Certes, le scandale du Watergate constitua l'arme fatale, mais en réalité, ce n'était qu'une occasion de trop et de trop belle pour conclure une perdition déjà annoncée voire précipitée par la défaite au Vietnam.
Un autre président, le démocrate Jimmy carter connu un sort presque identique, bien que ne prenant ni les mêmes contours ni même la densité dramatique. Nixon fut traité de tricheur, de menteur, de mauvais joueur dans la course pour le pouvoir, parce qu'il avait ordonné ou cautionné des pratiques illégales, honteuses et absolument choquantes pour la morale dans une société au puritanisme ostentatoire.

Ce qui entraîna la perte de Carter, battu à plate couture par un ancien acteur hollywoodien du nom de Ronald Reagan en 1980, c'était d'abord la perception négative que l'opinion avait de lui après quatre années d'exercice du pouvoir, relativement à la capacité de maintenir la prééminence multidimensionnelle et d'abord militaire des Etats Unis dans le monde. Le président avait bien marqué quelques points importants tant sur le plan interne que sur le plan international. On lui devait la paix signée à Camp David entre l'Egyptien Anouar El Sadate et l'israélien Menahem Begin. On lui devait également une plus grande ouverture sur l'Afrique et un retour dans le monde d'une Amérique plutôt pieuse et soucieuse du rapprochement des peuples. Pourtant, tout cela allait bientôt signifier défaite, humiliation, et soumission aux forces extérieures moins puissantes ou moins disant. L'exil forcée du Chah d'Iran, Mohamed Reza Pavheli, le retour d'exil de l'ayatollah Khomeiny, l'installation d'un régime islamique dans le pays et la prise en otage des diplomates américains maintenus durant 444 jours prisonniers, ajoutèrent à l'inacceptable et à l'injure.
Le pire arriva avec l'échec retentissant de l'opération héliportée menée par un commando des forces spéciales pour libérer les otages. Ce fut une véritable catastrophe. Cela, les Américains le mettaient non sur le sort ni sur le hasard de forces incontrôlables, mais sur le compte de l'incompétence du président. Pour le commun des citoyens, Jimmy Carter avait montré qu'il ne pouvait pas protéger les intérêts des Etats-Unis. Il avait perdu l'Iran, et perdu le sens de la grandeur du pays. Toute la campagne présidentielle qui porta Ronald Reagan à la maison blanche, s'articula autour de ce constat.

A l'autre bout du monde, l'assassinat du président égyptien Anouar El Sadate, reflète exactement la même sanction réservée à un président qui a perdu la guerre. Replacé pourtant dans une analyse évolutive et positive de l'histoire diplomatique, Sadate fut une espèce de prophète, de visionnaire extraordinaire, et de dirigeant effectivement soucieux du destin de son peuple à long terme. On peut affirmer aujourd'hui, et on le fera demain encore mieux, que l'homme d'Etat, le général d'armée, et le nationaliste arabe ne s'était pas trompé. Mais qu'importe, pour les frères musulmans attachés à un nationalisme arabe fanatisé et messianique, Sadate avait trahit en signant les accords de paix avec l'ennemi sioniste. Les relations entre Arabes et Israël étant gouvernés à l'époque par une haine sans limites prescrivant l'absence de tout contact même indirect, serrer la main comme le fit Sadate avec Begin, équivalait à une résignation, une défaite avant l'heure.

Et pourtant, c'est à Sadate que l'on doit que l'humiliation soit lavée. Minutieusement préparée et bien coordonnée, la guerre déclenchée en 1973 contre Israël par l'Egypte et la Syrie, permit aux armées arabes de surprendre l'ennemi dans une impréparation totale. En quelques jours, et pour la première fois, l'armée égyptienne réussit à franchir le canal de Suez et à mettre la puissante et jusque-là invincible armée israélienne. Les frères musulmans infiltrés dans l'armée furent sans concession ni pitié. Il fallait en finir par tous les moyens et à n'importe quel prix avec un chef qui avait baissé le sabre. On peut toujours faire observer que ses assassins ne s'installèrent pas au pouvoir, puisqu'il fut remplacé par son vice-président, un autre militaire et un fidèle du nom de Moubarak qui maintenu la politique de fin de l'état de belligérance avec le voisin israélien.

Autre pays, autre guerre perdue, autre humiliation et autre alternance forcée. Nous sommes en Argentine, dans l'un des régimes militaires les plus durs et les plus dictatoriaux des temps modernes avec son cortège de violations des droits humains et de prétentions farfelues. La guerre qui éclate avec le Royaume uni, est une belle occasion pour susciter le ralliement des populations autour du régime. Le sentiment nationaliste est donc exacerbé à dessein, et le bénéficiaire ne peut être que ce régime de généraux cupides et illégitimes. On connaît comment les choses se passèrent et il n'est plus besoin de conter les faits. Les troupes de la reine mirent en œuvre des moyens militaires conséquents, surtout navals et aéroportés, pour écraser la modeste machine de guerre des généraux argentins et reprendre l'île.

La défaite cuisante des généraux argentins, constitua le point départ d'une nouvelle ère politique d'alternance dans le pays marqué notamment par la restauration des institutions démocratiques. Il est d'ailleurs vraisemblable que ce qui se passa en Argentine, influença durablement et profondément, l'évolution politique de toute l'Amérique Latine et centrale dans les années qui suivirent.
A suivre
Shanda Tonme in Le Messager      


Source:
http://www.cameroonvoice.com/news/news.rcv?id=10538
 




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