Conditions de vie et d’études sur les universités Le SYNARES interpelle le gouvernement

Vendredi 29 Novembre 2013 - 18:59


Ibrahim Cissé Bacongo, ministre de l`Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique
Ibrahim Cissé Bacongo, ministre de l`Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique
Depuis le 03 septembre 2012, les Universités et Instituts de recherche de Côte d’Ivoire ont officiellement rouvert leurs portes, faisant par là même appel à une reprise de service de toute la communauté universitaire. Cependant, cette réouverture s’est faite dans un environnement social profondément dégradé où, malgré la réhabilitation, on constate la persistance des atteintes aux droits et libertés des enseignants et chercheurs, de l’insuffisance des infrastructures, dégradant davantage les conditions de vie et de travail ; ce qui hypothèque gravement la qualité de l’enseignement et l’avenir de nos étudiants.


I – Les faits

1.1 - Atteinte aux droits et libertés des enseignants et chercheurs

* La violation du droit de vivre en Côte d’Ivoire

Nombreux sont, à ce jour, les enseignants et chercheurs, filles et fils de la Côte d’Ivoire qui, malgré la réouverture officielle des universités et des instituts de recherche, demeurent toujours contraints par le pouvoir politique ivoirien à un exil forcé, et ce, en violation de l’article 12 de la Constitution de la République de Côte d’Ivoire qui dispose : « aucun ivoirien ne peut être contraint à l’exil ». Certains, parmi eux, à l’instar des camarades Nyamien Messou N’guessan, Koudou Kessié Raymond et  Ahoua Don Melo, demeurent frappés par un mandat d’arrêt international qui court toujours.

* L’atteinte à la propriété des ressources financières

 Poussé dans le dos par l’Union européenne (voir décision de la Cour Européenne de Justice (CEJ) du jeudi 15 novembre 2012, diffusée par l’AFP et reprise par le journal ‘‘L’Inter’’ du vendredi 16 novembre 2012 p.8), l’Etat de Côte d’Ivoire a décidé, au lendemain du 11avril 2011, de ‘’geler’’ les avoirs financiers d’honnêtes citoyens ivoiriens parmi lesquels figurent de nombreux enseignants et chercheurs, militants du SYNARES. Cette mesure injuste a eu pour conséquence de priver de tous revenus des enseignants et chercheurs tels que Les Professeurs René Degny Ségui de l’UFR des Sciences juridique, administrative et politique, et N’Gbo Aké Gilbert-Marie de l’UFR des Sciences Economiques et de Gestion de l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody, pour ne citer que ceux-là ; le gouvernement étant, jusqu’à ce jour, incapable de leur notifier formellement la décision judiciaire motivée, source du blocage de leurs comptes bancaires.

1.2 - L’insuffisance des infrastructures malgré la réhabilitation

Dans une note de service n° 05/VPP/LAK/cm/2013, du 12 janvier 2013, adressée aux Doyens des UFR, Directeurs d’instituts, Centres de recherche et Ecole, Madame le Président de l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody écrit : «Pour mettre fin aux incompréhensions dans l’occupation des bureaux, je viens par la présente, rappeler que l’Université n’a été que réhabilitée ; aucune nouvelle construction de salles et bureaux n’a été faite…»  Tel se trouve résumé l’état des lieux, quelques mois seulement après la campagne de communication bruyante du gouvernement, dont a été enveloppée la réouverture des universités. On ne saurait trouver meilleure voix pour avouer l’insuffisance de locaux dans nos universités. En réalité, nul n’ignore qu’abstraction faite de la peinture et des nouvelles baies vitrées venues remplacer les anciennes emportées par la folie destructrice des ennemis de la Côte d’Ivoire, aucune nouvelle construction notable n’est venue enrichir les anciens bâtiments des universités publiques. Ainsi, outre le déficit en personnel enseignant, l’inexistence de bibliothèques, le manque de bureaux pour les enseignants et les chercheurs, les salles de laboratoires dépouillées d’équipements, le bâtiment de recherche de l’ancienne FAST menacé de disparition…etc, les amphithéâtres d’avant le 11 avril 2011 qui, aujourd’hui, sont contraints d’accueillir plusieurs générations de bacheliers, débordent dramatiquement d’étudiants, dont certains assistent aux cours en se tenant debout, pendant que d’autres les suivent en se position - nant à même le sol dehors. Ce manque d’équipements et autres matériels de laboratoire a d’ailleurs conduit les administrations des Universités à demander aux enseignants d’effectuer des ‘’ travaux pratiques théoriques’’. Malgré la grave pénurie des locaux à l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody, Monsieur le Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique n’a pas hésité à s’arroger le droit de s’accaparer de l’un des deux nouveaux amphithéâtres offerts à cette université par le District d’Abidjan ; cet amphithéâtre est curieusement affecté par Monsieur le Ministre à des activités étrangères à la mission de ladite université.

1.3 – La transformation de certains parkings en espaces verts

 Le réaménagement de l’espace à l’Université Félix Houphouet-Boigny a eu pour conséquence l’érection du parking des UFR SSMT et MI en espace vert ; ce qui est générateur de véritables désagréments ; car à cet endroit précis, les enseignants et chercheurs ainsi que le personnel administratif et technique ont beaucoup plus besoin d’espace pour le stationnement de leurs véhicules que de pelouse et de fleurs. Vivement que ce parking soit restauré et qu’un autre soit aménagé au nord de ces UFR, en  face de l’UFR des Sciences Pharmaceutiques et Biologiques.

1.4 – La confiscation du siège du SYNARES par certains présidents d’université

Certains présidents d’université, à l’exemple de celui de l’Université Nangui-Abrogoua d’Abobo-Adjamé,  refusent de restituer aux sections du SYNARES le local qui leur tient lieu de siège. Le SYNARES note avec satisfaction qu’après la réouverture, Madame le Président de l’Université Félix Houphouët- Boigny n’a fait aucune difficulté pour remettre au Bureau Exécutif National les clés du local tenant lieu de siège au syndicat, permettant ainsi au BEN d’y reprendre ses activités.
Similairement, le BEN du SYNARES invite instamment les présidents des autres universi- tés à permettre aux différents bureaux de nos sections, l’accès à leur siège ; et ce, sans qu’il soit besoin d’indiquer à leur intention qu’il s’agit là d’une obligation mise à leur charge par la convention n° 151 de  l’Organisation Internationale du Travail (OIT), ratifiée par la Côte d’Ivoire, sur les relations de travail dans la fonction publique.

1.4 – La question de la gouvernance des universités

 L’immixtion de Monsieur le Ministre dans la gestion des universités Depuis la rentrée 2012-2013, un véritable désordre  sécuritaire s’est installé  aux entrées et sorties de l’Université Félix Houphouet-Boigny de Cocody ; à telle enseigne que la question se pose de savoir qui– entre la présidence de l’université et le ministère de l’enseignement supérieur - a compétence pour exercer le pouvoir de police sur le territoire de l’université Félix Houphouet-Boigny. La réponse à cette question a été donnée au cours d’un séminaire qui  s’est tenu à Grand- Bassam du 8 au 12 juillet 2013, sur le projet d’établissement des institutions d’enseignement supérieur ; pendant les travaux de ce séminaire, l’expert chargé de faire un exposé sur le thème de la gouvernance à l’Université Félix Félix Houphouet-Boigny a dénoncé la « trop forte influence du ministère sur la présidence de l’Université. Il faut, a-t-il poursuivi, demander au ministre de libérer la présidente ; qu’elle ait les mains libres pour gérer l’université.» A ce sujet, toute la communauté universitaire est unanime pour soutenir que Madame Le président de l’Université Félix Houphouet- Boigny se trouve, en pratique, dépouillée du pouvoir de police à elle confié par l’article 12 du décret n° 2012-982 du 10 octobre 2012 portant organisation et fonctionnement de l’Université Félix Houphouet-Boigny de Cocody; ce texte non respecté par le gouvernement énonce : «Le Président d’université dirige l’université au plan administratif, financier, académique et culturel. Sur le plan administratif et financier, le président est chargé…de veiller à la sécurité et au maintien de l’ordre ; à ce titre, il peut faire appel à la force publique dans les conditions fixées par voie réglementaire … » Pourtant, il ressort des informations recueillies auprès des autorités universitaires que «… Le Ministre a dit que c’est l’Etat de Côte d’Ivoire qui, en son conseil des ministres du 6 mars 2013, a choisi la SIMDCI », société chargée de la sécurité, l’entretien et la maintenance au sein des universités. Aussi, observe-t-on, dans une atmosphère de désordre sécuritaire, des soi-disant agents de sécurité commis par la SIMDCI, postés aux entrées, avec des vêtements estampillés ‘’police universitaire’’ qui s’autorisent à déverser propos désobligeants et commettre autres maladresses à l’endroit de la communauté universitaire. Partant, outre les fouilles difficilement supportables dont sont victimes les enseignants, les chercheurs et les  membres du personnel administratif et technique dans leurs véhicules, ces individus se permettent d’interdire l’accès à l’université à des étudiantes qui y allaient pour subir des épreuves d’examen, sous le prétexte jusqu’ici jamais entendu que celles-ci étaient mal habillées. Par ailleurs, les taxis y étant interdits d’accès, un enseignant ou un chercheur, tout membre du personnel administratif et technique ou étudiant - ou n’importe quel visiteur- privé de véhicule personnel qui se rend en taxi à l’Université Félix Houphouet-Boigny de Cocody est contraint d’en descendre devant le CHU de Cocody ou l’Ecole nationale de police pour parcourir à pied, sous le soleil ou sous la pluie, la distance qui le sépare de son lieu de destination. Il en va de même de l’Université Nangui-Abrogoua d’Abobo-Adjamé où les enseignants et les étudiants sont obligés de parcourir à pied trois (3) kilomètres à partir de l’hôpital militaire d’Abidjan (HMA). Cette mesure, selon ces ‘‘agents de sécurité’’ postés, armes aux poings,  aux différentes entrées de ces universités, est une trouvaille de Monsieur le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique qui, en fait, dirige les Universités, Instituts de recherche et Grandes Ecoles de Côte d’Ivoire ; les présidents et directeurs de ces établissements publics d’enseignement supérieur et de recherche n’étant donc nommés par le gou - vernement à ces postes  que pour faire de la figuration.

1.6 – L’occupation irrégulière de bâtiments publics par des personnes privées

 Des bâtiments se trouvant sur le territoire de l’Université Félix Houphouet-Boigny de Cocody sont occupés par des personnes inconnues de Madame le Président de cette université ; ces personnes exercent  dans ces locaux relevant du domaine public, des activités commerciales de restauration. Il est, en effet, inconcevable que des bâtiments publics soient occupés par des particuliers sans que l’autorité administrative qui en a la gestion ne sache leur nom ou leur dénomination sociale. Une enquête doit être conduite, à la diligence de madame le Président, pour identifier le ou les propriétaires de ces différents commerces, et savoir la convention sur la base de laquelle ils hébergent leurs activités commerciales dans ces locaux ; faute de quoi, il faudra en demander la fermeture pure et simple.

1.7 – L’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants et des chercheurs

Un arrêté n° 188 du 18 juillet 2012 du Premier ministre avait annoncé un forum social dont les résultats sont toujours attendus du monde du travail. Le SYNARES tient à rappeler au gouvernement qu’un précédent forum social a été organisé du 27 février au 2 mars 2007; lequel a fait plusieurs recommandations au sujet des salaires des enseignants et des chercheurs de l’enseignement supérieur, notamment l’adoption à leur profit d’un statut particulier. Le SYNARES en attend aujourd’hui encore l’application  des conclusions; ainsi nous estimons que la convocation d’un nou - veau forum relève de la pure diversion. A cela nous ajoutons que le SYNARES a plusieurs fois dénoncé le taux dérisoire des heures complémentaires en vigueur depuis plus de vingt ans. De nouveaux taux doivent être établis. En effet, il serait surprenant de savoir que les honoraires en vigueur dans les autres corps de métiers  sont restés inchangés depuis plus de vingt ans. La revalorisation de la fonction enseignante impose au gouvernement d’envisager dans les meilleurs délais un relèvement substantiel du tarif des heures complémentaires.

1.8 – La fermeture prolongée des résidences universitaires

 Les résidences universitaires, lieux d’hébergement des étudiants, ont été pillées, décoif - fées, détruites, à la suite du départ forcé des étudiants, sommés par Le Gouvernement le lendemain du 11 avril 2011 d’évacuer immédiatement les lieux. Même des murs des résidences universitaires situées dans la commune de Port-Bouet ont été volés aux fins d’être vendus. Certaines résidences universitaires telles que celles d’Abobo et de Port-Bouet demeurent occupées par des éléments des forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Malgré les annonces successives du gouvernement, les résidences universitaires demeurent aujourd’hui toujours fermées ; il serait souhaitable que celles qui sont remises en état accueillent des étudiants pour les rapprocher des lieux d’enseignement.

II – Analyse et position

 Le SYNARES voudrait d’emblée formuler un déclinatoire de compétence, relativement à la gestion des universités, à l’endroit de Monsieur le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. En effet si Monsieur le Ministre a pris soin de porter son choix sur des personnalités de haut rang pour les nommer en qualité de Présidents des universités ivoiriennes, on ne peut penser un seul instant qu’il puisse douter de leur compétence en la matière ; au point même d’en limoger certains  par voie de presse quelques mois seulement après leur nomination; ce qui non seulement induit un déficit de confiance à leur égard mais également et surtout les couvre d’humiliation. Notre syndicat se trouve donc surpris des empiètements de la tutelle sur les compétences des présidents des universités publiques de Côte d’ivoire, et conseille vive ment  à  Monsieur le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique de laisser les mains libres aux différents présidents des universités nommés par lui, afin de leur permettre d’accomplir en toute tranquillité la mission que la Nation, par le gouvernement interposé, leur a confiée. A ce propos, le SYNARES tient à faire observer que le mode de désignation des présidents des universités se traduisant par des élections libres et transparentes, pour lequel il a lutté et obtenu gain de cause concourt à cette quête permanente de liberté, de responsabilité et de confiance mutuelle pour la gestion de nos universités. Par ailleurs, le maintien en exil forcé de nom - breux intellectuels de haut niveau, ainsi que le gel des avoirs infligé aux uns et aux autres sans justification valable est nuisible à l’image de la Côte d’Ivoire. En effet, si la Côte d’Ivoire peut se permettre de ‘’coller’’ à ses intellectuels de haut niveau les crimes qui leur sont officiellement reprochés, il y a lieu de  désespérer et surtout craindre de conti- nuer à envoyer nos enfants à l’école de peur de leur faire apprendre, communiquées par leurs enseignants, et ce par contagion, les méthodes du crime ; autrement dit, envoyer les enfants à l’école serait désormais prendre la résolution de leur inculquer les méthodes du crime, puisque leurs enseignants sont présumés être des criminels. Dans le même ordre d’idées, l’Histoire retiendra que l’Etat de Côte d’Ivoire aura réussi le pari, jusqu’ici inégalé, de sevrer de toute rémunération, donc de nourriture, certains de ses filles et fils classés parmi les plus méritants, les plus dignes d’admiration et de respect. Il est pour le moins regrettable de favoriser implicitement, par le biais de ces mesures, une ‘’ fuite des cerveaux’’. Le gouvernement gagnerait donc à prendre des dispositions utiles pour faire cesser ces mesures iniques qui sont de nature à souiller la réputation du pays face à l’opinion nationale et internationale. Face à ce qui précède, le Bureau Exécutif National (BEN) du SYNARES invite le gouvernement :
1 - à faire cesser les désagréments causés par la gestion approximative du problème de la sécurité au sein de l’espace universitaire
2 - à se pencher sur l’insuffisance des locaux et le déficit de matériel didactique et de recherche reconnus par les autorités universitaires elles-mêmes.
3 - à prendre des dispositions de nature à améliorer les conditions de vie et de travail des enseignants et chercheurs, en engageant immédiatement des discussions sur le statut particulier des enseignants et des chercheurs tel que prévu par le forum social de Grand- Bassam. Le SYNARES déclare demeurer attentif quant au règlement par le gouvernement, dans un délai raisonnable, des questions faisant l’objet de ses préoccupations.

Fait à Abidjan, le 20 novembre 2013
 Pour le Ben du SYNARES Le premier Secrétaire général adjoint
Yapo Yapi André


Source: Le Nouveau Courrier N° 937 Du Jeudi 28 Novembre 2013




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