Condamnés pour leur patriotisme

Jeudi 5 Juillet 2012 - 07:04


Mahan Gahé, Secrétaire Général de la centrale syndicale DIGNITE
Mahan Gahé, Secrétaire Général de la centrale syndicale DIGNITE
Un ami a voulu que je partage avec ceux qui nous lisent le drame moral d’un célèbre prisonnier d’Alassane Ouattara et à travers lui, celui de tous les autres dans les goulags du nord pour avoir trop aimé la Côte d’Ivoire. Il s’agit du leader syndicaliste Mahan Gahé. Il sortait d’une audience avec le juge en charge de son dossier, quand il a passé un coup de fil à un ami commun. Celui-ci a aussitôt compris que le prisonnier voulait que le contenu de cette conversation se sache. J’ai donc été mis dans ce qui n’est plus une confidence. L’intérêt, c’est qu’à la suite de cette histoire, on se rend compte à quel point les geôliers, dans des prisons morales, sont plus à plaindre que ceux qui sont enfermés. Le juge du syndicaliste s’était tissé ses propres fers à partir d’une certaine idée de la justice née de la dramanie. Mahan Gahe s’est senti certainement soulagé après cette rencontre. Il doit s’être dit que le temps s’est en fait arrêté pour tout le monde en Côte d’Ivoire, parce qu’il n’est pas plus prisonnier que ses geôliers qui ne doivent pas être heureux de faire ce que leur conscience leur refuse de faire. En effet le juge qui prend la parole le premier dit à Mahan Gahé : « Monsieur Mahan vous êtes accusé d’avoir lancé un contre-appel aux travailleurs pour leur demander de désobéir à l’ordre du président qui appelait à cesser de travailler… » Voilà ce que répond le prisonnier politique. « Monsieur le juge, vous me faites peur ! Vous me faites peur, parce que vous êtes censé appliquer la loi. Mais il me semble que vous ne la connaissez. J’ai donc peur que vous appliquiez autre chose que la loi dans cette affaire qui me concerne. D’abord de quel président parlez-vous ? Si c’est du président Alassane Ouattara que vous parlez, ce que je devine aisément, il n’était pas encore président quand j’ai lancé mon appel. Je ne pouvais donc pas lui avoir désobéit avant qu’il n’ait été reconnu comme tel par le Conseil Constitutionnel qui avait déjà investi son adversaire. » Il a été reconnu par la communauté internationale a relancé le juge. « Vous me faites encore plus peur. Mais soit, supposons que ce sont les Ivoiriens qui votent et c’est la communauté internationale qui proclame les résultats, le président élu n’est pas comme moi un leader syndical pour lancer des grèves et appeler à saboter l’économie du pays qu’il est appeler à diriger. Je comprends que mon crime est d’avoir souhaité que les Ivoiriens travaillent pour sortir leur pays du sous développement… j’étais loin de penser qu’un chef d’Etat aurait pu prendre cela pour un crime gravissime.» Invariablement, le juge reprendra son refrain de la toute puissance de la communauté internationale devant un Mahan Gahé, serein savourant ce moment où il se rend compte de la vacuité des accusations du régime Ouattara contre tous ses prisonniers politiques !

Joseph Marat





Tags : Gahé, Mahan

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