Compte-rendu de la « Journée de réflexions de la Diaspora ivoirienne » à Genève (Suisse) du 18 juin 2016

CIVOX.NET
Mardi 21 Juin 2016 - 23:08


Comité de réflexions sur la Côte d'Ivoire à Génève
Comité de réflexions sur la Côte d'Ivoire à Génève

A l’initiative de membres de la société civile appuyés par des intellectuels et des leaders politiques de sensibilités différentes, une journée de réflexions s’est tenue le samedi 18 juin2016 à Genève (Suisse), à l’Hôtel Warwick. Le thème des réflexions était : « « Crise socio-politique en Côte d’Ivoire, quelles pistes pour sortir de l’impasse ? ».

Pour apporter des tentatives de réponses aux questionnements que soulève le thème, ont été invités à décliner des réflexions : Maître Yao N’guessan ; Professeur Balou Bi TotoJérôme ; Adams Touré ; Nestor Koffi ; Maître Sèèd Zéhé et Dr Claude Koudou.

Commencés à 16h20, les communications et les échanges avec la salle se sont terminés parune photo de famille à 18h25. Les discussions se sont ensuite poursuivies autour d’un repasdans une autre salle aménagée à cet effet. Cette dernière partie a pris fin à minuit.

 La quasitotalité des invités étaient présents. D’autres Ivoiriens quientendaient faire des contributions à cette journée, sont venus de la France-voisine pour participer aux réflexions, en disant leurs expériences.

Que retenir de la partie principale de la journée (la conférence-débat) ?

C’est le professeur Balou Bi, universitaire, qui a des connaissances syndicales, qui sait aussi approcher les questions de façon pragmatique d’une part, et parce qu’il a vécu des moments tragiques des évènements récents dans notre pays d’autre part, a été le premier àintervenir, comme conférencier principal. Tour à tour, se sont ensuite succédés Nestor Koffi, Adams Touré, Mè Sèèd Zéhé et Dr Claude Koudou. Mè Yao n’a pas pu effectuer le déplacement pour raison de santé.

Dans son approche, Balou Bi a estimé que pendant une lutte, il faut des étapes. En effet,après avoir mené un certain nombre d’actions, il est important de faire une évaluation pourvoir ce qui a marché et ce qui ne l’a pas été. Il a déploré l’attitude intempestive de certains acteurs notamment le fait que certains, lorsqu’ils ne sont pas initiateurs des actions, les sabotent. Le conférencier a aussi fait remarquer que tout le monde veut être leader. Cela crée des interférences dommageables. Il a également pointé le problème des égos surdimensionnés d’acteurs qui affectent l’avancement de la lutte. 

« Beaucoup de choses ont été faites ; on a tout essayé. » a-t-il ajouté. Pour le conférencier, on est en guerre. Il estimeque la guerre, ce n’est pas seulement quand les armes crépitent. Estimant que ce qui se passe n’est pas de l’amusement, dans son exposé à fond pédagogique, le conférencier a passé en revue les points forts de « l’art de la guerre ». « L'idée principale de » l’« œuvre » de Su Tzu « est que l’objectif de la guerre est de contraindre l’ennemi à abandonner la lutte, y compris sans combat, grâce à la ruse, l'espionnage et une grande mobilité : il s’agit donc de s’adapter à la stratégie de l’adversaire pour s'assurer la victoire à moindre coût. »

 Le conférencier a parlé d’une doctrine à identifier qui doit être le point focal de la lutte. « La Côte d’Ivoire doit être notre doctrine » recommande-t-il ! Ensuite il a évoqué la nécessité d’une organisation à la hauteur des enjeux. Le mot discipline est revenu plusieurs fois dans ses propos. Le conférencier a dit placer un grand espoir dans l’initiative et souhaite que ce qui va en sortir ne se résume pas à une association de plus. Les stigmates de la guerre révoltent le conférencier quand il voit que certains se comportent comme si ce qui s’est passé et dont la suite fait souffrir les Ivoiriens, est de l’amusement. « Des gens qui disent mener une lutte se combattent entre eux ; sont axés sur des questions de personnes ; sont dans des luttes de positionnement pendant que les populations attendent qu’ils les libèrent.

Le Président Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont en prison ; Gbagbo est en prison !

… C’est par nos actions que le Président Laurent Gbagbo sera libéré. Et qu’aller à La Haye, c’est bien. Mais le souhait principal du Président Gbagbo, ce n’est pas qu’on aille le voir toujours à La Haye. L’essentiel est de travailler à le libérer. Quand il va sortir, que trouvera-til qui a été mis en place ? ». Ce furent là des mots forts de la contribution du conférencier.

Les interventions qui ont suivi sont allées dans le même sens, de faire le point et de réagir en intégrant les réalités. Toutes les communications ont ressorti que les Ivoiriens souffrent ; mais ils doivent aussi comprendre qu’il y a des sacrifices à faire. Et qu’il appartient aux Ivoiriens eux-mêmes de se libérer de cette politique dont ils ne veulent pas. Les souffrances des Ivoiriens sont illustrées par la privation des libertés, de l’emprisonnement gratuit de personnes qui expriment une opinion contraire à la pensée unique que le pouvoir veut imposer ; de l’accaparement et de l’occupation des terres et des maisons ; des hôpitaux qui sont des mouroirs ; des problèmes de l’école ivoirienne qui fabrique des citoyens que des frustrations peuvent convertir en « bombes humaines » ; de la famine qui guette les populations ; de l’insécurité galopante notamment les « microbes » qui sévissent impunément ; de la corruption et du détournement des deniers publiques ; des  nominations à caractère tribal qui profitent à un clan. Ce sont autant de problèmes et de scandales qui remuent le pays.

Cela doit interpeller les élites et les leaders politiques. Surtout que la réconciliation nationale n’est pas la préoccupation du pouvoir. En réalité, le pouvoir a peur que les Ivoiriens se réconcilient. Il y a donc réellement une impasse. Il faut que la base se réveille. Il faut que le peuple mette la pression sur les différents acteurs politiques qui fuient leurs responsabilités.

Dans ce pays, il y a des gens sincères et sérieux qui sont prêts à faire bouger les choses. Il y a à les identifier et à créer des passerelles pour que la mise en jonction de leurs possibilités
conduise à sauver ce pays.

La CNC, était née d’un jeu d’alliances qui avaient donné de l’espoir aux Ivoiriens. Mais créée dans un contexte particulier, des limites ont vite refait surface. Des aventuriers politiques,par leurs comportements, ont déçu les Ivoiriens. Même si l’on s’était permis de rêver,l’attitude intempestive d’acteurs politiques n’a pas surpris. Le constat reste cependant le même. C’est que tout le monde est d’accord qu’aucune force politique seule dans son coin, ne peut sortir le pays de cette impasse. Pour en sortir, les réflexions  menées ce 18 juin 2016 demandent un minimum de réalisme aux uns et aux autres. Les réflexions demandent aussi un minimum d’humilité et un sursaut d’orgueil qui doivent favoriser la sortie de l’impasse constatée par tout le monde.

 Il faut innover en méthodologie et avoir une approche responsable. Les réflexions de Genève notent que des suspicions nées de trahisons, des prétentions, de l’opportunisme de certains, de la légèreté de certains acteurs et des fuites en avant ne doivent pas empêcher de construire un nouveau pacte qui sorte le pays de cette situation invivable pour le peuple. La question des échéances électorales (législatives, municipales) et le référendum prévu par le pouvoir sur la Constitution a été abordée. Il a été également déploré que les composantes de l’opposition, n’ont pas été assez réactives pour endiguer la stratégie du pouvoir à les diviser. Ainsi, quand ils n’ont pas réussi à anticiper pour mettre en échec l’entreprise du pouvoir à les diviser, et ce, par manque de perspicacité, ils ont simplement rué dans les intrigues pour faire peut-être involontairement le jeu du pouvoir.

Les intervenants ont rappelé que les diasporas ont souvent été à la pointe des révolutions et/ou sont les points d’appuis dans les processus d’épanouissement des peuples. Puisque ceux qui sont au pays sont persécutés, c’est à la diaspora de porter la lutte au niveau qui convient, pour qu’elle porte. Le réflexe le plus judicieux doit être que les cadres, les élites, les leaders politiques et tous ceux qui sont hostiles à la gouvernance d’Alassane Dramane

Ouattara se mettent ensemble sans état d’âme ni de calculs politiques pour libérer le pays des griffes de ceux qui oppriment le peuple. Le peuple de Côte d’Ivoire doit à son tour être conséquent avec lui-même. Les peurs ont été créées à dessein. On ne doit donc pas s’interdire de se battre parce qu’on a peur. Il faut savoir ce que l’on veut.

Les intervenants ont estimé que le mouvement qui doit être impulsé, doit avoir l’adhésion de tous ceux qui sont contre la gouvernance actuelle. Il faudrait par ailleurs questionner les comportements sectaires qui bloquent inutilement des élans de volonté qui veulent faire bouger les lignes. Que ce soient ceux qui sont hostiles depuis le début de l’avènement du pouvoir de Ouattara ou ceux qui, désillusionnés, en déchantent aujourd’hui, il faut construire impérativement une unité de lutte. Il s’agit de réunir les Ivoiriens autour de la doctrine « Côte d’Ivoire ». Les participants placent un grand espoir dans cette initiative.

Des témoignages poignants dont celui d’un doyen de 82 ans, venu de France parce que porté par le sujet, ont été édifiants. A côté de cela, d’autres témoignages ont fait état de la barbarie du pouvoir. Des soldats du pouvoir entre autres actes ignobles, ont tué des hommes pour occuper leurs maisons avec les femmes de ces victimes. Toutes ces cruautés doivent être assez éloquentes pour amener tous ceux qui se plaisent à disperser leurs énergies sur des questions de personnes, à comprendre la gravité de la crise que vit le pays.

En clair, il faut apprendre à s’assagir individuellement. Sinon, on périra collectivement sous le poids d’une politique qui tend à déposséder les Ivoiriens de leur pays.
Alors, il a été dit que tout le monde est utile mais personne n’est indispensable. Les réflexions de Genève appellent à ce que tous ceux qui veulent voir les pratiques démocratiques prendre le dessus, revisitent leurs comportements. Il est urgent que les combattants de la liberté aillent à l’unité en taisant momentanément tout ce qui divise et ne fait que contribuer à ce que l’adversaire gagne du temps. Aussi, l’esprit que les réflexions de Genève ont recommandé, est-il de s’appuyer sur l’expertise de gens compétents qui vont travailler avec des cercles internes et externes en vue d’accompagner les Ivoiriens à l’accession de leur souveraineté. Les résolutions et les films de cette journée suivront sous peu.
Le Président du Comité d’organisation,
Hyacinthe Memel




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