Comprendre toute l'histoire et les raisons de la démission de Françis Wodié

Jeudi 26 Février 2015 - 09:17


Francis Wodié
Francis Wodié
Si on disait à Pascal Affi N’guessan, président statutaire mais contesté du FPI en raison de sa « guérilla » contre le fondateur de ce parti, que ses propos tenus en janvier 2014 sont en quelque sorte le fumier sur lequel a germé l’idée de la démission de Francis Wodié, ancien président du Conseil Constitutionnel, il n’en reviendrait pas. Et pourtant ! « L’Eléphant » qui, depuis cette démission, continue à investiguer sur l’environnement qui la provoqué malgré la version officielle dont chacun sait à présent qu’elle ne pèse pas plus lourd qu’un bulletin de vote pour référendum, a pu reconstituer l’ensemble des éléments qui ont concouru à la démission de Francis Wodié. L’affaire, comme chacun le sait, a quelque peu été banalisée et un peu noyée par la victoire surprise des Eléphants à la dernière CAN 2015 en Guinée Equatoriale. Pourtant, pour un pays qui se veut émergent dans quelques cinq années, il eut fallu que de vrais débats soient menés sur la question pour déterminer dans quel genre de société nous comptons vivre en réalité après les années de crise que les Ivoiriens viennent de vivre. Une société où les arrangements politiques faits uniquement dans l’intérêt des protagonistes politiques prennent continuellement le dessus sur les lois de la République ou si, à un moment donné, l’on décidera que cela suffit à présent, et qu’il faut, courageusement et sans calculs politiciens, ramener la règle de droit au cœur du règlement de tous les problèmes. «L’Eléphant Déchaîné» qui se veut un journal citoyen au service de la bonne gouvernance, de la transparence et de la démocratie, ne peut faire l’économie de la vérité sur la démission du président du Conseil Constitutionnel d’un pays plongé il y a à peine quatre ans dans une affreuse guerre du fait des compromissions de sa classe politique et des errements politico-juridiques d’un autre président de Conseil Constitutionnel nommé à titre «amical» par l’ex-président, l’intrépide Laurent Gbagbo. Pour le plus grand malheur du peuple.  

LES PROPOS D’AFFI N’GUESSAN QUI ONT  EFFRAYE LE RDR


Affi N’Guessan a désormais abandonné ce débat, on ne sait trop pourquoi et ne s’est guère publiquement ému de la démission de Francis Wodié de son poste. Il veut juste être candidat… Et pourtant, c’est lui qui, le 7 janvier 2014, à la cérémonie de présentation de vœux organisée par les militants de son parti pour le célébrer, a sorti la «bombe», la question de l’éligibilité de notre président à la prochaine élection présidentielle. Se fondant sur la décision exceptionnelle prise par Laurent Gbagbo sur la base de l’article 48 de la Constitution ivoirienne et après l’accord de Prétorial - décision qui avait fait de tous les signataires de l’évangile selon Marcoussis des candidats à l’élection présidentielle de 2010 - Affi N’guessan a déclaré que pour la future élection, l’actuel président, au regard de l’article 35 de la Constitution ivoirienne, n’est pas éligible. Il avait, pour régler cette question, réitéré son idée chère mais désormais abandonnée, « d’états généraux de la République », une sorte de forum au cours de laquelle, les questions qui fâchent dans cette République devraient être posées et résolues pour ne pas que la Côte d’Ivoire replonge (encore !) dans le chaos. Dans toutes ses tournées organisées dans le cadre de la remobilisation des bases de son parti, Affi N’guessan, chaque fois, était revenu sur ce concept «d’états généraux de la République».


« PAS DE TEMPS POUR LES BAVARDAGES»


En réaction à cette exigence «d’états généraux de la République », le chef de l’Etat avait déclaré qu’il n’avait pas de temps pour les «bavardages » :« Je ne vois donc pas à quoi serviraient ces états généraux qu’on nous propose. Je suis très ouvert dans ma manière de faire mais, sur ces questions, j’ai ma propre idée. J’ai demandé aux ministres concernés de faire des rapports et ensemble, au gouvernement, nous saurons quelle est la conduite à tenir. Si le gouvernement estime que c’est quelque chose d’utile, on verra. Sinon… moi je pense que c’est quelque chose tout simplement pour perdre du temps. Moi je les invite à préparer les élections de 2015 qui se tiendront dans moins de deux ans. Je suis préoccupé par comment à rattraper le temps que nous avons perdu à cause de la crise post-électorale. Je leur dis que les élections auront bien lieu en octobre 2015 et il serait bon qu’ils se mettent au travail pour les préparer. Ce serait plus utile que de vouloir faire des états généraux… » Avait dit le président de la République à la fin de sa tournée dans la région du Gbêkê en fin d’année 2013. Le 7 janvier 2014, devant les militants de son parti, répondant au chef de l’Etat, Affi N’Guessan avait mis les pieds dans le plat et sorti l’un des sujets que le FPI entendait évoquer au cours de ces «états généraux de la République»qu’ils appelaient de tous leurs vœux : « Il faut que Alassane Ouattara se détermine, parce qu’il ne peut pas faire ce qu’il veut. Il parle de bavardage, mais il était chaud pour faire ces bavardages quand il voulait être candidat. Alassane Ouattara n’est pas éligible, il y a bavardage devant. Laurent Gbagbo n’est plus là et c’est la Constitution qui va s’appliquer. Comment il va faire pour être candidat? Il peut le proclamer, mais il n’est pas éligible». Avait tonné Affi N’guessan, dans un tonnerre d’applaudissements.

LES REACTIONS DU GOUVERNEMENT ET DU RDR


Le gouvernement et le RDR, le parti de notre président,  n’ont pas attendu longtemps pour réagir aux propos d’Affi N’guessan. D’abord ce fut le porte-parole du gouvernement, l’heureux Koné Bruno qui, au sortir du conseil des ministres qui a suivi, a déclaré : «Monsieur Affi est responsable de ce qu’il dit. Nous lui laissons la responsabilité de ce qu’il a dit. Cela dit, les Ivoiriens savent d’où toutes les crises que notre pays a vécues sont venues. Et les Ivoiriens sauront le moment venu faire le tri entre ceux qui veulent réellement un avenir radieux, positif pour ce pays et ceux qui ont d’autres desseins.» Ensuite, ce fut le RDR qui, dans un communiqué signé par son porte-voix principal, Joël N’Guessan, a mis Affi N’guessan en garde sur cette question: « Affi N’guessan veut faire ressurgir un vieux débat qui est clos aujourd’hui et qui a empoisonné la vie politique ivoirienne de 1994 à 2010 (…) Affi N’Guessan est un prisonnier de guerre en liberté provisoire ». A-t-il menacé ! Mais ces réactions n’ont pas étouffé le débat lancé par Affi N’Guessan qui, comme chacun s’en était aperçu, avait subitement crispé l’atmosphère politique dans le pays. Les vieux démons qui dormaient, commençaient à se remuer dans les journaux proches du FPI et dans ceux qui soignent les intérêts de notre président. «Notre Voie», le porte-voix officiel du FPI, avait titré quelques jours plus tard: « Ouattara n’est pas éligible en 2015. Voici ce que Gbagbo a fait pour lui. Amadou Soumahoro d’accord avec Affi N’Guessan. » C’est que quelques jours avant  la parution de ce numéro 4614 du 11 janvier 2014 de «Notre Voie», le secrétaire général par intérim du RDR, l’inénarrable Amadou Soumahoro, était sorti de son silence pour répondre aussi à Affi N’Guessan, sur les antennes de RFI : «Ouattara sera bel et bien candidat à l’élection présidentielle de 2015 puisqu’il va modifier la Constitution» Ce qui laissait clairement sous-entendre que si la Constitution n’était pas modifiée, notre président ne pouvait se présenter à cette élection présidentielle comme Affi N’Guessan l’avait affirmé. Mais par quelle voie cette modification de cette Constitution, notamment son article 35, allait se faire pour permettre à notre président de se présenter ? «La déclaration d’Affi N’Guessan n’a aucun intérêt puisque le président avait promis de modifier tous les articles confligènes de la Constitution, dont l’article 35.» Avaient précisé les responsables du RDR. Dans l’esprit du Secrétaire général par intérim de ce parti, la modification du fameux article 35 n’allait être qu’une formalité puisque son parti disposait de la majorité au parlement. Majorité à laquelle il faut ajouter les avantages de l’alliance avec le PDCI et l’UDPCI dans le cadre du RHDP. Eh hop ! C’est fait ! Mais, «Notre Voie», comme pour doucher l’enthousiasme du Secrétaire général du RDR, avait écrit : « Sauf que la constitution ne laisse place à aucune ambiguïté sur la question de la révision. « Est obligatoirement soumis au référendum le projet ou la proposition de révision ayant pour objet l’élection du Président de la République, l’exercice du mandat présidentiel, la vacance de la Présidence de la République et la procédure de révision de la présente Constitution », indique l’article 126. » Le débat était donc lancé et prenait de l’ampleur au fil du temps. Au point d’inquiéter le Palais présidentiel qui n’y avait manifestement pas pensé pendant près de quatre ans alors qu’en août 2011, lors de la prestation de serment de Francis Wodié, nommé quelques jours plus tôt président du Conseil Constitutionnel, le chef de l’Etat avait publiquement pris l’engament de modifier les articles confligènes de cette Constitution. « (…) Notre constitution actuelle, par certaines de ses dispositions, ne peut remplir complètement cette mission. C’est  pourquoi j’entends lui apporter des modifications en vue de nous rassembler, de renforcer notre cohésion et de nous conduire sur le chemin d’un Etat démocratique, moderne et respectueux des droits de l’homme...» Avait promis le chef de l’Etat.  En réponse, le nouveau président du Conseil Constitutionnel, comme «L’Eléphant» l’a écrit dans son édition du vendredi 6 février 2015, avait, entre autres choses, déclaré : «Monsieur le Président, je vous remercie d’avoir porté votre choix sur ma personne, mais en tant que président du Conseil Constitutionnel, j’ai un devoir d’ingratitude à votre égard. Car, je ne dois obéir qu’aux textes, à la loi. Mais lorsqu’il est demandé à un homme de loi, un constitutionnaliste, de violer le droit, la loi, ou de ne pas s’en conformer, il doit alors démissionner pour être en paix avec sa conscience… » Quel veinard ce Wodié, il doit dormir en ce moment comme un gosse, en parfaite harmonie avec sa conscience.

VOIE REFERENDAIRE OU PARLEMENTAIRE ?


Le Président de la République avait pris l’engagement de modifier la Constitution, du moins, certains de ses articles, dont celui sur lequel Tia Koné, ancien président du Conseil Constitutionnel s’était appuyé pour déclarer Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara et autres candidats, «inéligibles à l’élection présidentielle de 2000». L’article 35. Mais par quel processus fallait-il passer pour arriver à modifier ce fameux article qui continue de donner l’autorité de la chose jugée à l’arrêt de Tia Koné dont le fameux décret de Laurent Gbagbo n’a fait que mettre les effets entre parenthèses le temps de l’élection présidentielle et seulement l’élection présidentielle de 2010 ?  Par voie référendaire ou par voie parlementaire comme on le souhaite au RDR ? Pour régler la question, après le pavé jeté dans la marre par Affi N’Guessan, le chef de l’Etat, via le Ministre de la Justice, avait, le 7 février 2014, soit le jour-même où Affi N’Guessan avait déclaré qu’il n’était pas éligible pour 2015 - étrange coïncidence - adressé un courrier à l’ex-président du Conseil Constitutionnel, Francis Wodié. Objet : solliciter l’avis du Conseil sur la procédure à adopter pour modifier l’article 35 de la Constitution. Voie parlementaire ou voie référendaire ? Eh bien «L’Eléphant Déchaîné» vient de se procurer une copie de la réponse adressée par Francis Wodié au chef de l’Etat au sujet de la procédure de modification de l’article 35 de la Constitution.  Et cette réponse est sans appel…  

«OBLIGATOIREMENT PAR VOIE REFERENDAIRE»


Dans sa réponse, Francis Wodié a été particulièrement clair. Jugez-en vousmême : « Avis relatif à la procédure de révision de la Constitution :
1/ Par courrier en date du 7 février 2014 (pourquoi avoir attendu tout ce temps alors qu’on s’est empressé pour faire voter des lois sur l’apatridie et la simplification de l’acquisition de la nationalité ivoirienne par une certaine catégorie d’étranger ? ndlr), le ministre de la Justice, des droits de l’homme et des libertés publiques, s’appuyant sur les stipulations de l’accord de Linas-Marcoussis, qui prévoient, entre autres, la révision de l’article 35 de la Constitution dans des termes convenus par les signataires, a saisi le Président du Conseil Constitutionnel pour recueillir l’avis de la haute juridiction sur la procédure à suivre pour y parvenir. Le ministre a justifié sa requête par la nécessité d’avoir « l’avis éclairé » du Conseil Constitutionnel sur une question à propos de laquelle, affirmet-il, les avis sont « partagés », les uns soutenant que le parlement est compétent, en la matière, les autres soulignant la nécessité de recourir au référendum.
2/ Après avoir souligné l’intérêt et l’actualité de la question touchant à la révision de la Constitution, le Conseil Constitutionnel s’est prononcé sur deux questions préalables : la compétence et la recevabilité.
a) Sur la compétence, le Conseil Constitutionnel a observé qu’il ne rentre pas dans ses attributions, expressément prévues par la constitution en matière consultative, de se prononcer sur la procédure de révision de l’article 35 de la Constitution. Mais, le Conseil Constitutionnel ne s’est pas arrêté à la lettre de la Constitution ; s’appuyant sur l’idée que l’avis, au contraire de la décision, est, simplement, destiné à éclairer les pouvoirs publics, le Conseil Constitutionnel a cru devoir en assouplir le régime juridique en se reconnaissant compétent pour donner l’avis sollicité.
b) Relativement à la recevabilité, la question était de savoir si le ministre de la Justice avait qualité pour agir. Au regard de la Constitution, le ministre de la Justice n’a pas qualité pour saisir le Conseil Constitutionnel. Mais, s’est demandé la haute juridiction, « comment, dans le cadre du régime politique, qui est le nôtre, un ministre, quel qu’il soit, pourrait-il, de son propre chef, entreprendre une telle action à l’insu ou contre la volonté du Président de la République, détenteur exclusif du pouvoir exécutif » ? Aussi, le Conseil Constitutionnel s’est-il cru fondé à « affirmer que la demande d’avis émane du Président de la République » et que, par suite, elle « doit être reçue et traitée comme telle ». c) En ce qui concerne l’avis proprement parler, le Conseil Constitutionnel ne l’a donné qu’en ayant rappelé l’obligation qu’il a, en sa qualité d’«organe régulateur du fonctionnement des pouvoirs publics », « de fournir du texte de la Constitution l’interprétation, authentique, en cas de difficulté ou lorsque des interprétations divergentes de la part des pouvoirs publics sont susceptibles de se produire, comme le laisse entendre le courrier du ministre. » Ainsi, en tant qu’« interprète désigné de la Constitution », le Conseil Constitutionnel a restitué, à travers l’avis donné, les trois temps que prévoit la Constitution relativement à la procédure de révision.
c-1- En tout premier lieu, il y a l’initiative ; celle-ci peut être prise par le Président de la République ou les membres de l’Assemblée nationale, agissant, non pas conjointement, mais concurremment sous la forme d’un projet ou d’une proposition de révision ; elle est assortie de limites : d’une part, elle ne peut avoir pour objet ni la forme républicaine du gouvernement ni la laïcité de l’Etat ; d’autre part, l’initiative ne peut intervenir ni être poursuivie lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité du territoire national.
c-2- En deuxième lieu, la prise en compte de l’initiative : celle-ci doit intervenir à la majorité des 2/3 des membres de l’Assemblée nationale effectivement en fonction. c-3- Enfin, il y a l’adoption, qui relève du peuple, aux termes de l’article 126, alinéa 1er, de la Constitution, qui dispose : « La révision de la Constitution n’est définitive qu’après avoir été approuvée par référendum à la majorité absolue des suffrages exprimés ». Ce principe vaut en toutes circonstances, c’est-à-dire quel que soit l’objet du projet ou de la proposition de révision. Toutefois l’article 126 de la Constitution apporte un assouplissement en distinguant entre les projets et propositions de révision qui doivent être obligatoirement soumis au peuple et ceux pour lesquels le Président de la République peut soumettre l’adoption du texte à l’Assemblée nationale, décidant à la « majorité des 4/5 des membres de l’Assemblée nationale effectivement en fonction ». Rentrent dans la première catégorie les projets ou propositions de révision « ayant pour objet l’élection du Président de la République, l’exercice du mandat présidentiel, la vacance de la présidence de la République et la procédure de révision de la présente Constitution » (article 126, alinéa 2, de la Constitution). Bien évidemment, les projets ou propositions de révision intervenant dans les autres matières sont, eux, susceptibles d’être adoptés par l’Assemblée nationale, sur décision du Président de la République (article 126, alinéa 3, de la Constitution). Il y a ainsi les dispositions qui peuvent faire l’objet d’une révision soit par la voie référendaire soit par la voie parlementaire ; il y a les dispositions, telles que celles de l’article 35 de la Constitution, qui ne peuvent faire l’objet d’une révision que par la voie référendaire. Il suit de ce qui précède que la révision de l’article 35 de la Constitution, relatif à l’élection du président de la République, doit, obligatoirement, être soumise au peuple par la voie du référendum, selon l’esprit et la lettre de la Constitution ».

LA GRAVE ERREUR POLITIQUE DE OUATTARA


Voilà donc l’avis sans appel que Francis Wodié et ses conseillers avaient donné au chef de l’Etat, via le ministre de la Justice, sur la question du processus de révision de l’article 35 de la Constitution ivoirienne. Article sur lequel, le même Conseil Constitutionnel, alors présidé par Tia Koné, s’était fondé pour le déclarer inéligible pour «s’être - paraît-il - prévalu d’une autre nationalité». A l’époque, après l’accord de LinasMarcoussis » qui avait expressément recommandé la révision de cet article 35 bourré d’aspects confligènes, était né le débat de savoir quelle formule adopter pour cette révision. Le RDR et les ex-forces nouvelles qui n’étaient pas au parlement avaient exigé de Gbagbo qu’il soumette cette révision telle qu’écrite par les rédacteurs (voir notre encadré 1), au parlement pour son adoption afin de régler définitivement la question. Mais Gbagbo et le FPI s’y étaient farouchement opposés, exigeant eux, que le texte soit soumis à référendum. Or, le pays étant divisé, il était bien évidemment impossible d’organiser ce référendum. Finalement  la question n’a pas été tranchée et il a fallu laisser de côté l’article 35 et prendre un décret exceptionnel sur la base du dictatorial article 48 de la Constitution pour faire de tous les signataires de l’Accord de Linas-Marcoussis, des candidats à l’élection présidentielle. Bédié, frappé par la limite d’âge et Ouattara, exclu par l’arrêt de Tia Koné ont ainsi pu se présenter à titre « exceptionnel » selon les termes du fameux décret de Gbagbo. En attendant, après les élections, la modification de cet article 35 reconnu par tous y compris Gbagbo lui-même, comme posant des problèmes.  Mais une fois élu et installé dans le fauteuil présidentiel, le pays réunifié, on ne sait trop pourquoi, malgré un contexte particulièrement favorable, le RDR, ébloui par les plaisirs du pouvoir et engagé dans la course à l’occupation des postes les plus « viandés » - pour utiliser l’expression de «Notre Voie» après la formation du gouvernement de l’ex-putschiste Guéi Robert en 2000 ne s’est plus préoccupé de cette promesse du président de faire modifier la Constitution, même par voie référendaire. Toutes les élections (députations, municipales, conseils régionaux) n’ont-elles pas été organisées? Pourquoi n’avoir pas profité pour faire ce référendum et solder définitivement cette question qui divise les Ivoiriens jusque parfois au délire? Pourquoi avoir fait comme si le problème avait été résolu alors que chacun sait qu’il demeure entier ? Francis Wodié qui avait prévenu qu’il démissionnerait si l’on lui demandait de violer le droit, pouvait-il, sans la modification de l’article 35, valider la candidature d’Alassane Ouattara à la prochaine élection présidentielle ? Pouvait-il également accepter que ledit article soit révisé par les députés sans qu’il ne soit soumis pour adoption au peuple ? Assurément non ! «J’ai échoué en tant que politicien. Mais je n’accepterai jamais d’échouer en tant qu’intellectuel ». A-t-il dit quelques jours avant sa démission comme «L’Eléphant » l’a rapporté. Le chef de l’Etat qui avait pris l’engagement de faire en sorte que la Constitution soit un instrument de rassemblement des Ivoiriens, assurément, a commis une grave faute politique en négligeant la question de la révision de cette Constitution pendant quatre ans, malgré un environnement favorable. Comme Laurent Gbagbo, il vient de nommer un cadre du RDR à la tête du Conseil Constitutionnel. Nous voilà, quatre ans après la guerre, revenus à la case « PROBLEMES ». Car, la question de fond demeure. Et il ne s’agit pas d’épiloguer sur l’inéligibilité ou pas du chef de l’Etat, il est déjà président et la Côte d’Ivoire n’a pas disparu. Chacun s’en est aperçu y compris les «aveugles», comme on le dit au RDR. Il s’agit surtout de se demander pendant combien de temps encore devrions-nous attendre que  les dirigeants politiques réalisent que ce qui fait la grandeur d’un pays, ce sont ses institutions et les textes qui régissent le fonctionnement de ces institutions ? Combien de temps encore fautil à cette classe politique infernale pour qu’elle comprenne qu’on ne peut pas continuer avec des arrangements politiques médiocres à l’infini, qu’on ne peut pas continuellement jouer avec la vie de plus de 22 millions d’habitants et que tout ça pourrait finir un matin par une révolte qui balayera tout sur son passage ? Ils crient «démocratie» en public et agissent en petit comité comme à l’époque de la pierre taillée. Quand le président américain a dit que « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions fortes », il s’en est trouvé des gens comme Blaise Compaoré, pour lui répondre sur le sol américain, que « l’Afrique a besoin d’hommes forts ». On espère qu’avec le congé forcé qu’il vient de prendre en Côte d’Ivoire, il a le temps de méditer mieux le sens profond des propos de Barack Obama.  L’impression qu’on a est que les dirigeants de ce pays ne tirent jamais les  leçons de l’histoire. Au PDCI, le président Bédié a organisé un Congrès qui a adopté des résolutions claires et luimême, sur la base de ces résolutions, a déclaré qu’« en tant que parti politique, il est impossible que le PDCI n’ait pas de candidat à l’élection présidentielle de 2015». Une affirmation qui a déclenché au Palais des Sports de Treichville, un tonnerre furieux d’applaudissements et une grande joie dans le cœur des militants de son parti.  Moins d’un an plus tard, voilà le même Bédié en train de préparer un Congrès extraordinaire pour faire annuler les résolutions concernant le candidat du PDCI à cette élection. Quelques mois plus tôt, frappé par la limite d’âge sur la base de textes qu’il avait lui-même fait adopter, il s’est arrangé pour faire sauter tous les verrous liés à la limite d’âge pour se maintenir à la tête du vieux parti devenu aujourd’hui la monture du RDR pourtant sorti de ses entrailles. Alors que si Bédié avait respecté cette clause de limitationd’âge, il aurait, définitivement, fait des statuts du PDCI, un document sacré que jamais, plus personne au PDCI, n’oserait manipuler pour ses intérêts personnels. Mais il a préféré être l’homme fort, au lieu de faire du PDCI, un parti fort. C’est le même jeu que le chef de l’Etat joue avec la Constitution qu’il avait la latitude de faire modifier aisément pour que plus jamais, personne n’attaque cette  Constitution parce qu’elle divise les Ivoiriens. Il ne l’a pas fait, sans doute par calculs ou par peur, tout simplement, du «qu’en dira-t-on»  sur sa nationalité, une question qui n’intéresse plus personne? Le chef de l’Etat sera sans doute déclaré éligible, modification de la Constitution ou pas (Wodié l’aurait déclaré inéligible, cela ne fait l’ombre d’aucun doute), on attend Koné Mamadou et son futur arrêt. Mais Venance Konan, patron du journal gouvernemental, dans son éditorial du mercredi  18 février, a sans doute trouvé la solution à laquelle aucun juriste n’avait pensé depuis 15 ans (lire encadré 2). Ouattara aura construit des routes, des ponts, mais il n’aura construit aucune institution forte. Aucune. La Justice ivoirienne demeure dans un «état lamentable tant dans ses infrastructures que dans ses ressources humaines». Il n’a pas osé mettre en place la Haute Cour de Justice et les Ivoiriens demeurent sur un même territoire, inégaux devant les lois faites pour tous. Les médias d’Etat demeurent des médias d’Etat et n’ont connu aucune espèce d’évolution vers un statut de médias publics appartenant à tous les Ivoiriens.  Et la démission de Francis Wodié restera comme un furoncle sur le visage de son régime. Le chef de l’Etat a pris l’engagement de rassembler les Ivoiriens autour de leur constitution ; c’était sans doute son plus bel engagement. Il ne le tiendra sans doute pas. Et la démission de Francis Wodié dont on sait à présent que l’argument officiel avancé pour l’expliquer est de la pure fiction, fragilise en quelque sorte l’Institution qu’il dirigeait et entache la confiance des citoyens dans les décisions qui y seront rendues dans le cadre des futures élections. Le souvenir des exploits de Paul Yao N’dré étant encore vivace dans les esprits des Ivoiriens.  Quant à l’encore président du FPI Affi N’Guessan qui, le premier, a soulevé la question de l’inéligibilité de notre président pour la prochaine élection, il ne peut plus en parler, par simple calculs politiciens voire par compromissions... Ensemble avec le RHDP, ils vont continuer à laisser aux Ivoiriens, une constitution contenant des textes malicieusement introduits pour éliminer, à une époque,  un candidat mais qui ne préoccupent plus personne parce que chacun y tire à présent son compte. Sur le dos du peuple. Le peuple, la seule victime de toutes les errances de cette classe politique infernale qui a beaucoup changé, il est vrai. Mais en pire. Mais heureusement, Venance Konan vient de nous indiquer la voie pour nous en sortir - ignorer simplement l’article 35 - sans nous dire sur la base de quel autre article les candidatures à l’élection présidentielle prochaine devront être analysées et validées. Surtout que selon lui, notre Constitution actuelle n’a « aucune valeur ». Bravo! Et c’est pourtant cette Constitution «sans aucune valeur»qui maintient au pouvoir tous ces gens qui nous gouvernent depuis quatre ans. Pauvres Ivoiriens ! Et dire qu’ils ont été 86,97% à dire «oui» à cette Constitution, y compris notre actuel président. Voilà qui pousse à la réflexion…surtout que c’est écrit dans le journal gouvernemental… Alors c’est pour quand cette déclaration «d’illégalité » de l’article 35 telle que décrétée par le patron du journal gouvernemental? Le suspense est inhumain !

ASSALE TIEMOKO

Source: L’Eléphant déchaîné N°326 du vendredi 20 au lundi 23 février 2015 / 4ème année
 





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