Commission nationale d’enquête: Les Wê de l’ARDEF-E crient leur indignation, dénoncent une enquête bâclée et réclament justice.

Vendredi 17 Août 2012 - 08:25


Commission nationale d’enquête: Les Wê de l’ARDEF-E crient leur indignation, dénoncent une enquête bâclée et réclament justice.
L’œil d’Abel interpelle le Président
 
La « commission d’enquête sur les tueries en Côte d’Ivoire mise sur pied par le chef de l’Etat ivoirien vient de livrer ses résultats. Il est clairement établi que les Ivoiriens sont continuellement tués, massacrés même, ce, pendant la crise post-électorale et après la fin de cette crise marquée par l’avènement d’un pouvoir qui gouverne officiellement depuis le 11 Avril 2011.Qui sont tués exactement, où sont-ils tués, comment, par qui et pourquoi ? C’est au niveau des réponses que ce document gouvernemental apporte aux multiples inquiétudes des justiciables et autres victimes ou représentants des victimes que se joue la crédibilité du rapport d’enquête national. Les faits, tous les faits ont-ils été établis, pris en compte ? Le Président Ivoirien qui, en visite en France, avait proclamé son intention de mettre fin à l’impunité dans son pays et avait aussi fait d’autres promesses qui, tenues, donneraient une certaine crédibilité à son gouvernement, peut-il aujourd’hui, à la lueur des résultats de l’enquête maison, avoir fière allure ? Pour sûr, les nombreux morts Wè de l’Ouest du pays, l’observent, le regardent et l’interpellent comme l’œil d’Abel interpelle celui qui a versé son sang.
Dans son rapport du 23 février 2012, Human Rigths Watch s’inquiétait des méthodes expéditives de la Commission nationale d`enquête sur les violences post-électorales de 2010-2011 en Côte d’Ivoire. Car bien que créée en juillet 2011, la commission n'a commencé ses investigations qu'à la mi-janvier 2012 et s’apprêtait déjà de conclure son rapport pour février 2012 et qu’il semblerait peu probable qu'après un seul mois
d'enquête, cette Commission soit en mesure de documenter de manière adéquate les graves crimes commis pendant le conflit, et d'identifier leurs auteurs dans les deux camps.
Aussi, a-t-il signalé l'existence de sérieux problèmes concernant cette commission et évoqué notamment le fait qu'elle ne comprend aucun représentant des groupes pro-Gbagbo et qu'elle n'a pas suffisamment consulté la société civile.
Le président Ouattara a évoqué à plusieurs reprises la Commission nationale d’enquête comme étant la pierre angulaire des efforts du gouvernement ivoirien pour parvenir à rendre une justice impartiale concernant les crimes horribles qui ont été commis et que pour mieux remplir son mandat, la commission doit aller à la rencontre de tous ceux qui ont souffert et ont été témoins de violations des droits humains, quel qu'en soit le camp responsable.
Le président Ouattara a établi la commission par décret le 20 juillet. Le 10 août, Alassane Ouattara a nommé la magistrate Matto Loma Cissé à la tête de la commission. Celle-ci a été créée après qu'une commission internationale d'enquête établie par l'ONU et des groupes internationaux de défense des droits humains eurent constaté que les deux camps avaient commis des crimes de guerre et selon toute probabilité des crimes contre l'humanité. Suite à un remaniement ministériel, Matto Loma Cissé est devenue Ministre Délégué à la Justice, puis remplacée par Mme Paulette Badjo et ce, au mépris des différentes recommandations des observateurs pour le bon déroulement des opérations.
À ce jour, les procureurs militaire et civil ont inculpé au moins 120 personnes du camp Gbagbo pour des crimes post-électoraux, mais aucun membre des FRCI.
Quand il a été interrogé sur la justice à sens unique qui a jusqu'à présent marqué la Côte d’Ivoire, le président Ouattara a cité la commission nationale d'enquête comme preuve de son engagement en faveur de l'impartialité et a promis de faire en sorte que les personnes qui seront désignées dans le rapport de la commission comme responsables de crimes soient traduites en justice. La magistrate Cissé a déclaré qu'en termes de justice, « c’est la Commission qui coiffe tout. Elle prend en compte les faits qui sont examinés par la CPI, ceux qui sont ou vont être examinés par la justice…. En fait, c’est pour ouvrir des recours en justice pour les personnes qui se sentent lésées. »
La Commission se compose de 17 membres, dont la plupart ont été nommés par les ministères et par des groupes parlementaires – se trouvant tous sous le contrôle de la coalition politique soutenant M. Ouattara. De hauts fonctionnaires de l'ONU en Côte d’Ivoire et des représentants de la société civile ivoirienne ont unanimement déclaré à Human Rights Watch que la Commission était considérée comme un organe politisé et non indépendant.
La plupart des responsables de l’opposition significative, le Front populaire Ivoirien(Fpi) et des partisans ou sympathisants de l’ancien chef de l’Etat(les Pro-Gbagbo) sont détenus sans jugement par le pouvoir Ivoirien. M. Gbagbo,l’ex Président de la République de Côte d’Ivoire a été déféré devant la Cour pénale internationale à La Haye le 29 novembre, sous l'accusation de crimes contre l'humanité. D'autres personnes actuellement en détention auraient été impliquées de manière crédible dans de graves crimes selon Human Rights Watch, l'ONU et d'autres Organisations.
Il résulte de tout ceci, selon des responsables de l'ONU et des activistes ivoiriens, que la grande majorité des victimes de violations de leurs droits par des Forces républicaines (FRCI) ne se sentent pas en sécurité et par conséquent, n’envisagent pas témoigner (de peur de représailles) devant la commission. Ceci soulève de sérieuses préoccupations sur le risque d'un rapport biaisé, et exige de plus grands efforts de la part de la commission pour solliciter les témoignages de victimes de violations commises par les forces pro-Ouattara
A l’époque, les Organisations ivoiriennes de défense des droits humains et des associations de victimes, tout comme certains représentants de ces groupes ont déploré le manque d'initiative de la commission en vue de collaborer avec eux. Une collaboration dont l’objectif était d’apaiser toutes réticences de part et d’autre, notamment chez des victimes et des témoins
Des responsables de l'ONU et des activistes ivoiriens ont également critiqué le caractère expéditif des enquêtes, voire même l’absence totale des enquêteurs, dans certaines zones particulièrement touchées par les violations des droits humains, et où il reste d'importantes concentrations de victimes. Un responsable de l'ONU a qualifié les enquêtes de la commission de "cinéma,” précisant que les membres de la commission arrivent et font un rapide décompte des violations commises dans certaines localités ou villages, sans organiser d'entretiens en profondeur
Après avoir décrit les difficultés rencontrées pour faire démarrer le travail de la commission, qui a débuté le 18 janvier, Mme Cissé a répondu à la question de savoir si, une prolongation de six mois des travaux de la Commission ne risquait pas d'être insuffisante. Elle a déclaré: « Pour des personnes qui ne se sont pas encore déployées sur le terrain, jugez-en vous-mêmes. Cependant, je ne dirai pas que cela ne suffit pas. Mais que ceux qui savent lire en tirent les conclusions. »
« La commission a été investie de la lourde tâche d'enquêter sur les graves crimes qui ont marqué la période post-électorale en Côte d’Ivoire »,” a conclu Corinne Dufka. “Un rapport incomplet ou biaisé compromettrait les efforts pour rendre justice aux victimes et combler le fossé intercommunautaire qui a été à l'origine d'une décennie de graves violations des droits humains. »
En effet, l’Ardefe, en sa qualité de victime de la barbarie de la rébellion de Guillaume Soro et de leurs supplétifs Dozos, baptisés Forces Républicaines de Côte d’Ivoire par Alsassane Ouattara, se sent indignée et profondément humiliée après avoir pris connaissance du rapport de la Commission à plusieurs titres.
- Le travail de la commission n'a pas inclus de visite au Libéria, où quelque 70.000 réfugiés ivoiriens se trouvent toujours – et dont beaucoup ont été soit victimes, soit témoins de graves crimes,
- Selon une enquête du journal Nouvel Observateur, on se perd en conjecture sur le nombre des victimes : 1.ooo, 2.ooo morts ? On ne sait pas. Mais la grande tuerie de Duékoué a duré toute une semaine, dans la ville, les villages, la brousse. Accusées : les Forces du Nord du président Ouattara qui ont lancé leurs supplétifs à l’assaut. Jean-Paul Mari a reconstitué sur place la mécanique d’une bataille qui a tourné à l’épuration ethnique.
« - Duékoué est une ville infecte. L’endroit pue la crasse, la sueur, la peur, la haine, la mort. Dans l’église incendiée du quartier Carrefour, il faut marcher entre les cadavres encore frais d’hommes abattus à bout portant, découpés à la machette ou la gorge tranchée, à même le sol, mains liées dans le dos, comme des animaux de ferme.
- Carrefour est le premier quartier sur leur chemin. Ils encerclent les maisons. Les hommes sont triés, leur carte d’identité examinée. Un nom malinké : la vie sauve. Une carte d’identité ivoirienne, un nom guéré : une balle dans la tête. Dehors, les femmes sont à genoux. « Ils nous forçaient à chanter leur gloire, à répéter : «Guerriers ! Guerriers !», dit Julie, une habitante. Les assaillants se divisent en trois groupes : «Les tueurs, les pilleurs et les gâteurs… Les gâteurs, c’est ceux qui arrosaient nos maisons d’essence avant de mettre le feu.» Un curé et ses enfants de chœur sont surpris devant l’église : «Quel est ton parti ? – Le parti de Jésus-Christ. – Jésus-Christ ? C’est pas un parti !» Ils sont abattus.
- Au milieu des cris et des explosions, les assaillants insultent leurs victimes : «Vous avez voté Gbagbo ! Traîtres !» Et les anciens métayers exultent : «Vous nous avez pris pour des domestiques. Nous sommes revenus en maîtres. Nous prendrons vos femmes, vos terres, vos champs. Et vous mangerez de la boue !» Et ils tuent.En fin de matinée, Carrefour est en feu. Et les supplétifs commencent à envahir les villages alentour.
- Depuis, Clémentine parcourt Duékoué et la campagne environnante, le souvenir des cris des suppliciés et des violeurs dans la tête, avec un carnet à la main où elle note tout, les morts, les viols, les campements dévastés. Parfois, elle vient à pied jusqu’au camp de réfugiés de la mission catholique du père Cyprien. Ils sont 30 000, venus de Carrefour ou des villages environnants, serrés jusqu’à étouffer dans une enceinte faite pour une paroisse de campagne. 30 000 personnes, dans l’odeur des feux de bois vert, des excréments et du désinfectant, de la misère, de la promiscuité, de la maladie. «La semaine dernière, nous avons perdu 14 enfants à cause des diarrhées, dit le père Cyprien, et 15 de plus ces trois derniers jours.»
- Dans la nuit africaine, quand l’orage finit par éclater, c’est toute l’eau d’un ciel peu miséricordieux qui s’abat d’un coup, comme un rideau de plomb glacé, sur des femmes et des enfants debout, tendant une bâche de plastique à bout de bras. Le camp est protégé par une unité de Marocains de l’Onuci, mais il manque de place, de vivres, de médicaments, d’eau potable, de tout. 30 000 réfugiés dans un jardin ! Parfois, même le père Cyprien sent le courage lui manquer. Surtout dans la nuit noire, quand il entend les rôdeurs assassins continuer à hurler des menaces sous le nez des survivants : «On vous tuera tous, jusqu’au dernier !» Oui, le père Cyprien tremble lui aussi. Le grand massacre, qui a duré plus d’une semaine, a sans doute fait bien plus de mille morts. »
Il sait que Duékoué, la maudite, est un point rouge sur la carte du pays, une ligne de front des ethnies, un laboratoire du Mal, un lieu emblématique de ce que la Côte d’Ivoire pourrait devenir si elle ne trouvait pas, vite, très vite, le chemin de la réconciliation.
Dans son rapport, la commission indique 727 personnes, victimes des forces pro-Outtara. Les Organisations de défense des droits humains quant à elles, font état de graves crimes commis sur des milliers de personnes pour leur appartenance ethnique, religieuse ou politique. Sans oublier bien sûr, les arrestations, les exécutions sommaires, les violations, les viols, les massacres de civils dans l’ouest depuis l’accession de Ouattara au pouvoir.
Lors du dernier voyage du Président Alassane Ouattara en France, il était sur le plateau de TV5 où il avait été invité à se prononcer sur les derniers massacres du camp de Nahibly (Ouest de la Côte d’Ivoire) qui ont fait plus de 213 morts et des milliers de disparus. Même les blessés qui ont été emmenés par des représentants du gouvernement pour suivre des soins dans une clinique, sont restés sans nouvelles depuis. Face au journaliste de TV5, Mr Ouattara a répondu que ces évènements seraient pris en compte par l’enquête nationale en cours et que les coupables seraient punis.
A la surprise générale, tous les chefs de guerre, même épinglés par les différents rapports des Organisations internationales viennent d’être élevés au rang supérieur. Il n’a été fait aucune allusion aux graves violations commises notamment à l’Ouest de la Côte d’Ivoire, en pays Wê.
Autrement dit, toutes les craintes exprimées aussi bien par l’international ou au niveau national sur la non crédibilité de la Commission nationale sont aujourd’hui confirmées. Le gouvernement ivoirien donne l’impression de se construire en dehors des voies classiques de la démocratie. La justice des vainqueurs qui lui colle à la peau et à l’âme semble l’aveugler au point où les supposés auteurs de toutes les violations des droits de l’homme décriées par tous sont uniquement pour le pouvoir, les « pro-Gbagbo ».Quant aux chasseurs traditionnels, Dozos, aux supplétifs des Frci et aux Frci elles-mêmes, le pouvoir a peur de retourner son propre couteau contre lui. Car, sanctionner ces ex-seigneurs de guerre, les mercenaires, les bras armés du pouvoir qui à l’Ouest notamment, exproprient terres, habitations et exterminent les Wè au profit d’étrangers venus d’ailleurs, conduirait le régime d’Abidjan à un suicide. C’est du moins la lecture qu’il semble faire de la situation et  qui transpire de l’enquête nationale bâclée et puant le parti pris, la censure. Pour vivre donc, le Pouvoir a choisi contre le bon sens, de favoriser l’impunité. Tel est le tableau. Telle est la vérité qui endurcit le cœur des centaines de Wè assassinés, jetés comme des animaux dans des fosses. Des victimes qui, de là où elles se trouvent, rappelle à la France des droits de l’homme et de la démocratie de ne pas se faire complice de crimes commis impunément en Côte d’Ivoire.
La voix des victimes s’élève depuis les sous-sols de la République de Côte d’Ivoire pour réclamer justice. Une justice fille des droits de l’homme et de la démocratie que la France enseigne à tous. Cette justice-là, qui irrigue le sang de l’exécutif Français avec lui le ministre des Affaires Etrangères, est ignorée en Côte d’Ivoire. Le Parlement Français au vu du « cinéma »que constitue le rapport d’enquête de la Commission nationale, doit mettre sur le tapis, l’idée d’une enquête internationale plus crédible. Quant aux Organisations internationales des droits de l’homme, à qui le chef de l’Etat ivoirien a fait lors de sa visite en Europe, des promesses qui en définitive ne semblent pas avoir été tenues, elles doivent se convaincre que c’est maintenant que commence leur travail. Faire éclater la vérité et donner droit à la justice réparatrice. Rien d’autre. Monsieur le Président, l’œil d’Abel vous interpelle.
 
Pour le Bureau exécutif de l’ARDEF-E
(Association des ressortissant de Duékoué en France et en Europe)
La Présidente
Martine KEI VAO




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