Commission électorale indépendante : Pourquoi l’opposition doit claquer la porte

En décidant lundi de suspendre sa participation aux travaux de la Commission électorale indépendante (CEI), l’opposition incarnée par l’Alliance des forces démocratiques n’est manifestement pas allée au bout d’une logique qui s’impose : quitter cette institution totalement déséquilibrée et inféodée au régime Ouattara qui se bat bec et ongles pour contrôler de bout en bout les élections à venir.

Jeudi 11 Septembre 2014 - 06:03


Des leaders de l'opposition ivoirienne.
Des leaders de l'opposition ivoirienne.
Le Front populaire ivoirien (Fpi) et ses alliés devraient s’armer de courage et tirer les conséquences de la logique sectaire et jusqu’auboutiste que le pouvoir actuel vient de présenter : quitter cette Commission électorale indépendante (CEI) aux ordres. En prenant la décision de suspendre seulement sa participation aux travaux de l’institution électorale, et en invitant à nouveau le gouvernement à la discussion, il est clair que l’opposition veut continuer de montrer sa bonne foi et sa volonté de privilégier le dialogue politique en vue de régler les problèmes structurels dans la perspective de recherche de la paix et de l’organisation des futures élections notamment. Ainsi, l’Alliance continue de tendre la main au pouvoir pour la mise en place d’un Bureau consensuel de la CEI et d’un président accepté par toutes les parties. Mais cette main tendue risque de rester suspendue. Pourquoi ? Le pouvoir a démontré depuis le début sa mauvaise foi sur cette question et son déficit d’ouverture et semble décidé à poursuivre sa marche solitaire. Ainsi, en formant de manière unilatérale, le Bureau de la CEI et en reconduisant Youssouf Bakayoko comme président de cette institution, vendredi 5 août dernier, en l’absence du Fpi, de l’Alliance, du Mfa et de l’église catholique qui se sont retirés, le camp Ouattara consacre une forfaiture inacceptable. Mais il a surtout franchi le rubicon après avoir rusé avec l’opposition en donnant l’illusion de prendre en considération ses préoccupations (on est par exemple passé de 13 membres initialement proposés par le pouvoir à 17 sans que rien ne change dans le fond) à travers des rencontres qui sont en réalité des actions de propagande destinées à embrouiller l’opinion.  Que cherche encore l’opposition conduite par l’Alliance dans cette CEI frappée d’un « déséquilibre notoire » comme le rappelait lundi Danièle Boni Claverie ? Affi N’Guessan s’est par exemple mis à dos certains cadres et militants de son parti en prenant une décision « conservatoire » de désigner le représentant du Fpi dans cette Commission et ce en pleine crise interne ; la question continue de susciter aujourd’hui encore des passions. Au final, l’ancien Premier ministre de Gbagbo a été roulé dans la farine malgré ses bonnes intentions et son espoir de voir les choses évoluer. Il a certes permis de montrer à nouveau aux yeux de l’opinion que le pouvoir est de mauvaise foi et est en réalité à la base de l’enlisement du dialogue politique. Mais il doit se rendre à l’évidence que Ouattara et son camp n’ont visiblement pas l’intention de créer les conditions d’un jeu électoral ouvert. Les partis alliés du Fpi doivent également intégrer cette donne. Danièle Boni Claverie n’indiquait-elle pas lundi, au nom de l’Alliance, que le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité Hamed Bakayoko leur a assuré le 3 septembre dernier que le pouvoir acceptait de principe de la mise en place d’un Bureau consensuel de la CEI avant de finalement faire volte-face ? La leçon aussi c’est qu’il ne faut pas faire confiance à ce régime, très habile dans la duplicité.  

Prendre ses responsabilités

 Il faut certes continuer à mettre la pression mais en étant hors de cette Commission pour être peut-être plus efficace. La situation l’exige peu ou prou. L’opposition doit donc prendre ses responsabilités et démissionner de cette CEI avant d’engager toutes discussions avec le régime et ne pas laisser le camp Ouattara lui imposer irrémédiablement son agenda fataliste. On ne leur reprochera certaine- ment pas de n’avoir pas essayé. Malheureusement, ceux qui sont en face sont des réfractaires indécrottables à la recherche du consensus qui tentent même d’imposer leur vision restrictive et guidée par le contrôle des élections à venir aux organisations internationales.

Une rigidité curieuse et suspecte

En effet, dans cette bataille, le pou- voir se dresse également contre le NDI (institution américaine), qui recommandait pourtant en décembre 2013 déjà une « CEI consensuelle et plus équilibrée » et plaidait pour que la réforme de cette institution soit inclusive en intégrant les «contributions » aussi bien de la société civile et de l’opposition. Selon le NDI, c’est ce dialogue constructif qui va créer le climat de confiance indispensable entre les différents acteurs en vue des échéances futures transparentes et apaisées. L’expert indépendant de l’ONU, Doudou Diène, suggérait également en juin dernier que la réforme de la CEI «fasse l’objet d’une adhésion formelle de l’opposition et de la société civile».  Toutes les recommandations de ces institutions seront rejetées sans ménagement par le gouvernement. Que peut aujourd’hui valablement attendre l’opposition d’un tel pouvoir littéralement allergique à la différence et qui fonce tête baissée ? Même l’abandon par l’Alliance de la présidence de la Commission électorale (réclamée au départ) pour un poste de premier vice-président n’aura pas fait fléchir le régime. Alors que ses thuriféraires soutiennent pourtant que les élections ne se gagnent pas à la CEI, le pouvoir refuse systématiquement toute concession. Cette rigidité est tout de même curieuse et suspecte.  

Par Anderson Diédri

 Source: Le Nouveau Courrier N°1107 Du Mercredi 10 Septembre 2014




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