Commission électorale indépendante (Cei): L’empire de la fraude à grande échelle

Samedi 27 Avril 2013 - 02:59


Youssouf Bakayoko, président de la CEI
Youssouf Bakayoko, président de la CEI
Les Ivoiriens ne croient plus en leur Commission électorale indépendante (sic !). Les violences et les contestations issues des dernières élections couplées municipales et régionales l’attestent clairement et ramènent à l’idée qu’il faut s’en débarrasser. Dans tous les cas, l’institution électorale est au bout du rouleau. Mais que de bilans funestes.  Doit-on regretter l’implication active dans l’organisation des élections, de la bonne vielle administration ivoirienne avec ses Préfets, Secrétaires généraux de préfecture et Sous-préfets ? Hélas ! Son expertise en matière de recensements de l’habitat, de la démographie et du recensement électoral, a fait les frais du discours de La Baule qui a fait souffler le vent du multipartisme sur la Côte d’Ivoire, à l’instar des autres Etats de la sous région. Cette administration à l’expertise avérée, a du céder la place à une nouvelle organisation électorale qui devait prouver, à son tour, que multipartisme rime avec pluralité d’opinions dans une synergie d’intelligences en son sein, vision impartiale, mais surtout intégrité et probité mo - rale. C’est la loi n°2004-642 du 14 décembre modifiant la loi n° 2001-634 du 9 octobre 2001 por - tant composition, organisation, attributions et fonctionnement de la Commission Electorale Indépendante (Cei), qui insufflait ainsi, du moins les citoyens l’avaient espéré, un nouveau dy - namisme dans le mécanisme électoral en Côte d’Ivoire. L’avènement de la Commission électorale indépendante (Cei) devenait de fait une attente qui venait d’être comblée. Là aussi hélas ! La Côte d’Ivoire a mal à sa Com - mission électorale indépendante (Cei).

La parenthèse honteuse de Beugré Mambé

La gangrène est mise à nu, en janvier 2010, quand Robert Beugré Mambé, le président de la Cei à cette époque est accusé d’avoir organisées des fraudes portant sur 429.000 personnes. Le dimanche 17 janvier 2010, dans une adresse publiée par le service de communication de la Cei, Beugré Mambé le président de cette institution tente de noyer le poisson. «J’ai demandé aux Nations Unies de bien fixer les critères qui seront pour nous des boussoles. J’ai demandé aux observateurs d’être en grand nombre ici (Côte d’Ivoire) pour que ce soit clair pour nous. Alors quand on réfléchit bien sur cette histoire de 429.000, pour que ce soit bien clair, nous même à la Cei nous allons faire une enquête interne». Sauf pour le concerné Beugré Mambé lui-même, c’est bel et bien clair pour l’opinion nationale et internationale. «Face à la gravité de la situation, le chef du gouvernement (ndlr : Soro Guillaume) convoque la réunion d’urgence au palais de la présidence, sous la présidence du Président Laurent Gbagbo. Là, le président de la Cei reconnaît l’existence du fichier contenant les 529 000 personnes et confirme l’avoir réalisé à l’insu des autres membres de l’institution. Mais Beugré Mambé n’a pas pu expliquer pourquoi sur les 529 000 personnes sur lesquelles porte la fraude, seulement 429 000 ont été introduites sur la disquette contenant la liste électorale définitive.» Relate le site koaci.com. Etaient présentes à cette réunion tenue au palais de la Présidence le mercredi 13 janvier 2010, outre l’ex-Premier ministre Soro Guillaume, les personnalités suivantes : le Président Laurent Gbagbo, le Représentant spécial du Secrétaire général en Côte d’Ivoire, Y.J Choi et le Représentant spécial du facilitateur en Côte d’Ivoire, Bouréima Badini. Koaci.com décrit l’ambiance qui a prévalu ce jour- là : «Robert Beugré Mambé et Charles Gomis ont avoué avoir frauduleusement introduit sur la liste électorale, 429 000 personnes. Un aveu qui a provoqué, en son temps la colère du chef de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (Onuci). «M. le président, avec cet acte, vous venez de jeter de graves suspicions sur le processus électoral», n’a pu s’empêcher de dire Choi à Beugré Mambé.» Rappelons qu’au terme du croisement réalisé par l’opérateur privé Sagem Sécurité et l’Institut national de la statistique (Ins), les résultats affichent 6 384 253 personnes enrôlées avec 5 300 586 personnes croisées positivement avec la liste de 2000 et autres fichiers historiques, et 1 033 985 per - sonnes croisées négativement.
C’est cette dernière catégorie de personnes qui doit faire des réclamations, prouver sa nationalité ivoirienne, avant d’être inscrite sur la liste électorale. Passée la parenthèse honteuse de Beugré Mambé, l’on avait cru que la Cei s’était débarrassée de ses mauvais reflexes.

La relève de l’organisation basée sur la fraude, bien assurée

Surtout que son nouveau président, l’Ambassadeur Youssouf Bakayoko passe pour un diplomate dont la Côte d’Ivoire s’est toujours enorgueillie, pour sa personnalité très réservée et à équidistance des chahuts politiques avec surtout un militantisme courtois au Pdci. Mais alors que les populations plaçaient beaucoup d’espoir en l’institution arrachée de haute lutte par les démocrates ivoiriens dans les chaudrons du multipartisme, la Cei version Bakayoko Youssouf continue de souffrir de toutes les plaies que sont : fraudes, violences, manipulations des chiffres, des urnes et des bulletins, tricherie,etc. Lors de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle de novembre 2010, Youssouf Bakayoko n’avait pas hésité à abandonner ses collègues et les commissaires de l’institution électorale dite indépendante, pour rallier le quartier général (Qg) du candidat Alassane Ouattara. Le président de la Cei avait pris ses clics et clacs en ignorant la télévision nationale, pour ameuter la presse internationale devant laquelle, il avait publié des résultats provisoires. une triste et funèbre attitude qui, en mars 2011 a abouti à une guerre meurtrière, la mort de plus de 3.000 personnes, l’arrestation et l’emprisonnement du Président Laurent Gbagbo, ses partisans, collaborateurs, conduit à l’exil des milliers d’Ivoiriens … A ce jour le massacre des pro-Gbagbo par le clan Ouattara continue.

Youssouf Bakayoko, le diplomate reconverti

Mais en dépit du caractère foncièrement nocif des responsables de la Cei, la communauté internationale les a adoubés. C’est donc bénéficiant de ce blanc- seing que Bakayoko Youssouf le diplomate désormais reconverti en expert en fraudes électorales et ses ouailles continuent de sévir pour le compte d’Alassane Ouattara et du Rdr qui sont parvenus au pouvoir dans des conditions que l’actuel président de la Cei a concouru à créer. Les dernières élections couplées municipales et régionales et leurs conséquences dramatiques sont donc le résultat de l’organisation mise en place par le régime Ouattara qui en tire les marrons du feu. Il suffit tout simplement de voir les mauvais agissements des responsables de la Cei, les manifestations dans les circonscriptions et les natures des candidats pour s’en rendre compte. Le mal est profond ! En effet, triste est de constater que les Commissaires et les superviseurs de la Cei sont pris la main dans le sac. Guiglo, le président de la Cei pour la région du Cavally, Amidou Bamba, a été pris en flagrant délit avec 6000 cartes nationales d'identité et de nombreux bulletins de vote déjà marqués en faveur de la candidate Rdr aux régionales, Anne Ouloto, et du candidat RDR aux municipales de Guiglo, Lucien Boguinard. A Yamoussoukro, le commissaire superviseur de la Cei, Miézan Adelph Sylvère, a été pris avec en sa possession 40 Cartes nationales d’identité, 40 cartes d'électeurs, 35 récépissés de cartes nationales d'identité et plusieurs photocopies d'extraits d'actes de naissance. Il a été dénoncé par un représentant d'un candidat à la Cei et à la police. Des fraudes massives qui suscitent de vives tensions partout dans le pays. Comme c’est le cas, à titre d’exemple, à Ferké, Man et Koumassi. A Ferkessédougou, le fief de Guillaume Soro, alors que le candidat indépendant, Ouattara Alain, était en tête dans les dépouillements, les militants du Rdr ont recouru à la violence. Il est à noter que Ouattara Alain a maintenu sa candidature malgré les fortes pressions et menaces reçues, selon nos sources, notamment de Guillaume Soro et Ibrahim Ouattara, dit Photocopie, le frère cadet d'Alassane Ouattara. Scène identique à Man, où le véhicule d'un candidat aux municipales a été incendié.

A Abidjan, le feu couve toujours. A Koumassi Cissé Bacongo, le candidat Rdr s’est autoproclamé vainqueur de l'élection munici - pale. Au même moment dans le camp de son adversaire N'Dohi Raymond, le maire sortant et candidat du Pdci, l'heure était également à la fête. A Yopougon le candidat Pdci Doukouré Moustapha et celui du Rdr Koné Kafana Gilbert se déclarent vainqueurs. Mais la Cei semble pencher pour Kafana du Rdr, le Pdci qui a déjà dit «ne plus se laisser faire» , observe et pourrait répliquer d’un jour à l’autre à «la provocation». A Cocody, alors que le candidat du Pdci N’Gouan Aka Mathias et ses partisans se réjouissaient de leur «victoire», celui du Rdr Agbahou Félicien a été donné vainqueur par la Cei par on ne sait quelle technologie électorale. Dans une ambiance où chaque candidat s’autoproclame vainqueur, où des urnes sont manipulées, des bulletins changent au grès du commissaire de la Cei qui ne cherche qu’à faire plaisir au Rdr le parti au pouvoir, la Commission électorale indépendante (Cei) ne peut que demeurer constante dans sa logique héritée de la présidentielle de novembre 2010. On ne peut espérer mieux. Le tout, comme l’exige le Front populaire ivoirien, aurait été de faire table rase de cette institution sus - pecte, d’ailleurs devenue caduque après la présidentielle de 2010, ou à défaut, de reconstituer sa nomenclature jusqu’à sa substance.

Simplice Allard

sallard05@yahoo.fr  

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