Comment l’ « hyper-président » Sarkozy, malgré toutes ses manœuvres, a mordu la poussière face à François Hollande

Mardi 15 Mai 2012 - 00:31


Comment l’ « hyper-président » Sarkozy, malgré toutes ses manœuvres, a mordu la poussière face à François Hollande
Comme Wade, il a tout tenté pour reconquérir le cœur de ses compatriotes entre les deux tours de l’élection présidentielle, mais apparemment les Français lui avaient définitivement tourné le dos. Comme Wade menaçant les Sénégalais de ne plus pouvoir percevoir leurs salaires deux ou trois mois après son éventuelle perte du pouvoir, ou de ne pas terminer les chantiers du Fouta si les habitants de cette contrée ne votaient pas pour lui pour le second tour, le président français sortant a joué sur les peurs de ses compatriotes. Il a agité les épouvantails de la Grèce, pays européen en faillite, mais aussi de l’Espagne et du Portugal, qui ne se portent guère mieux économiquement et dont les gouvernements ont mis en place des plans d’austérité drastiques marqués par une augmentation sans précédent du chômage, le démantèlement des services publics, la réduction des prestations sociales, la chute du pouvoir public. Il a brandi le spectre de l’invasion de l’Europe, notamment la France, et de sa civilisation judéo-chrétienne par des hordes de barbares venus du Tiers monde pour profiter des prestations sociales de l’Etat-providence français, ses partisans ont évoqué ces « 700 mosquées » de France qui auraient lancé des appels de vote en faveur de son adversaire, parlé de l’introduction de la viande « halal » dans les cantines scolaires, de l’instauration par son adversaire, s’il était élu, d’horaires différenciés dans les piscines (et donc de la fin de la mixité) pour complaire aux musulmans… rien n’y a fait. Bien qu’il ait choisi de droitiser à l’excès ses discours pour séduire l’électorat de l’extrême droite — dont la candidate, Mme Marine Le Pen avait obtenu quelque 18 % des suffrages lors du premier tour disputé le 22 avril dernier —, Nicolas Sarkozy, le président français sortant, n’a pu se faire réélire dimanche dernier. Il a été battu par le candidat socialiste François Hollande qui s’est refusé de verser dans les outrances verbales, dans l’anti-islamisme primaire ou dans la xénophobie.
Bien qu’il y ait cru jusqu’au bout, qu’il ait payé de sa personne, se multipliant par quatre, parcourant la France de long en large, multipliant les déclarations télévisées et les interviews radiophoniques, bien qu’il ait cherché à se faire plus humble aussi en jouant le peuple contre les élites, contre le système politico-médiatique, contre l’establishment voire contre les riches, il n’a pas réussi à faire oublier la soirée au « Fouquet’s », luxueux restaurant parisien où il avait fêté sa victoire en 2007 avec ses amis du Cac 40 — les quarante principales valeurs de la Bourse de Paris — ni son escapade à Chypre, le lendemain, sur le yacht du milliardaire Vincent Bolloré, ou encore sa balade en Egypte en compagnie de son épouse Carla Bruni à bord d’un avion prêté par le même. Il n’a pas non plus réussi à effacer son image de président « bling-bling » avec sa grosse montre Rolex au poignet, ses lunettes Ray ban sur le nez etc. Sans compter sa « peopolisation » de la fonction présidentielle française avec son divorce avec éclat d’avec son ex-épouse Cécilia, son mariage avec Carla, l’accouchement de celle-là… D’une manière générale, Nicolas Sarkozy était perçu par de larges secteurs de l’opinion française comme le « président des riches » qui n’avait que peu de considération pour cette « racaille » qu’il fallait nettoyer au « karcher ». Surtout, il a été victime de la crise économique internationale, notamment celle de la dette souveraine européenne, qui a entraîné la faillite — ou en tout cas les défauts de paiement — de beaucoup de pays comme l’Irlande, la Grèce, l’Espagne, le Portugal. Et même la France a vu dégrader sa fameuse note « 3 A » par les agences de notation. Or, cette note, le président Sarkozy en avait fait pendant longtemps une sorte de ligne Maginot, son symbole de la résistance à la loi des marchés. Hélas, la situation économique de la France, marquée par de nombreux déficits, était telle que les agences ont fini par abaisser le fameux triple A de la France. Lourdement endettée, avec des déficits au-delà des critères de convergence de l’Union européenne — qui les fixe à 3 % du PIB —, la France, sous la pression des autorités économiques et monétaires européennes, mais en réalité de l’Allemagne, était obligée d’appliquer une politique d’austérité et de signer la règle d’or consistant à inscrire dans la Constitution l’engagement de ne pas dépasser un certain seuil de déficit sous peine d’être sanctionné financièrement. Un engagement qui interdit à la France d’accroître son déficit budgétaire et, donc, la contraint à un certain nombre d’économies budgétaires. Or, les divers gouvernements du pays ont pris l’habitude de laisser filer les déficits budgétaires qui se sont ainsi accumulés depuis une vingtaine d’années. Le seul moyen de les réduire, c’est d’appliquer une politique d’austérité, c’est-à-dire de réduction des dépenses et d’accroissement de l’offre. C’est justement là que se situe la principale divergence avec M. François Hollande qui, lui, se fait fort d’obtenir la renégociation du pacte de stabilité européen dans un sens favorisant la croissance. Pour le candidat socialiste, qui promet de taxer plus lourdement les plus hauts revenus, mais aussi de créer 60.000 postes d’enseignants en cinq ans et aussi de recruter d’autres catégories de fonctionnaires, sans croissance, pas de salut. Or, les marchés européens ne veulent pas entendre parler d’accroissement des dépenses !
On dira que ce débat est très technique, il l’est effectivement et c’est pourquoi 70 % environ des électeurs français ont estimé que les candidats à l’élection présidentielle n’ont pas pris en compte leurs préoccupations. Lesquelles tournent autour de l’emploi, du pouvoir d’achat, du logement, de la sécurité ou, plutôt, de l’insécurité (que bon nombre d’entre eux lient à l’immigration) et de l’environnement. Néanmoins, le président Nicolas Sarkozy, en plus de ses mesures fiscales en faveur des catégories les plus riches — notamment le fameux « bouclier fiscal » — et de ses réformes impopulaires comme celle des retraites (portant l’âge de cessation du travail de 60 à 62 ans), de la carte judiciaire, avait réussi le tour de force de se rendre très impopulaire si bien que depuis décembre 2008 sa cote de popularité n’est jamais remontée. Il a essayé, comme en 2007, de droitiser son discours, en couvrant tous les dérapages de son ministre de l’Intérieur — notamment sur les prières des musulmans dans les rues de France — mais rien n’y a fait. S’étant sentie cocufiée, l’extrême droite s’est détachée de lui. Surtout que son vieux leader a pris sa retraite et a été remplacé par sa fille, Marine, plus moderne et donc le discours plus policé a contribué à rendre fréquentable le Front national. Il y a surtout que les Français avaient soif de changement et que cela faisait très longtemps que les socialistes n’étaient plus revenus au pouvoir, depuis la fin du deuxième mandat du président François Mitterrand, si l’on excepte la parenthèse représentée par la cohabitation entre le président Jacques Chirac et le Premier ministre socialiste Lionel Jospin, à la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale effectuée par le chef de l’Ump qui voulait se donner une majorité franche à l’Assemblée nationale. La crise économique — « la pire depuis 50 ans » ou même depuis la grande crise de 1929, disent les partisans du président sortant, histoire de faire ressortir la stature d’homme d’Etat de leur champion — a fait le reste.
Si on ajoute à cela le fait qu’il n’a bénéficié du report des voix d’aucun des huit autres candidats à la présidentielle lors du premier tour, et les sondages qui persistaient à le donner battu, même si l’écart avec son adversaire s’est resserré un moment —, on conviendra que M. Nicolas Sarkozy n’avait aucune chance de l’emporter dimanche dernier. Ses principaux collaborateurs le laissaient d’ailleurs entendre à demi-mot. Et ce même si lui-même y a cru jusqu’au bout, s’accrochant au mince espoir d’un « sursaut » des Français en sa faveur. Un sursaut qui ne s’est jamais produit. En fait, tout le monde avait compris, lorsque Mme Marine Le Pen, arrivée troisième il y a 15 jours, avait refusé d’appeler à voter pour lui en préconisant le bulletin blanc, que les carottes étaient cuites pour lui. Mais lorsque M. François Bayrou, classé cinquième avec 9 % des voix, a annoncé dans un communiqué assassin qu’il allait voter « à titre personnel » pour le candidat de la gauche, alors là, le calice était bu jusqu’à la lie. M. François Bayrou, un des principaux leaders du centre-droit, venait ainsi d’opérer un spectaculaire changement d’alliances au détriment du porte-drapeau de son propre camp. Avec ce coup de poignard assassin dans le dos, M. Nicolas Sarkozy pouvait dire adieu à son rêve de se succéder à lui-même. Il rejoignait M. Valéry Giscard d’Estaing dans le lot des présidents de la Vème République n’ayant pas réussi à se faire réélire. Comme les Sénégalais avant eux, les Français venaient de sortir le président sortant. Et M. François Hollande pouvait devenir le septième président de cette même cinquième République française…
Mamadou Oumar NDIAYE,
envoyé spécial à Paris
 
LE TEMOIN N°1082- HEBDOMADAIRE SENEGALAIS – MAI 2012
 
 




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