Ce qu’ils font subir à Koua Justin, Dr Saraka et Dibopieu: Les révélations d’un agent de la DST

Lundi 8 Juillet 2013 - 07:30


Image d'archives-Koua Justin
Image d'archives-Koua Justin
A ce jour, ce sont plusieurs centaines de détenus politiques – civils et militaires – qui sont détenus ou ont transité par la Direction de la surveillance du territoire (DST), cette cellule des renseignements devenue une cellule de torture sous le règne de Ouattara qui dure plus de deux ans. Suite à la rocambolesque arres - tation du leader de la JFPI, Koua Justin, dans la soirée du vendredi 7 juin 2013 au siège provisoire du FPI à Attoban, un agent de la fameuse cellule nous a fait un certain nombre de révélations sur le séjour de ce dernier dans leurs locaux. Il a également fait des confidences sur le traitement que subissent les autres détenus politiques, dont Jean-Yves Dibopieu, président de la SOAF, et le Dr Saraka du Cojep. «L’arrestation de Koua Justin était plus une volonté personnelle que politique, comme on tente de le faire croire», soutient notre interlocuteur. «Volonté personnelle» et non «volonté politique», quelle nuance véritable entre ces deux notions ? Toujours est-il que le Secrétaire national de la Jfpi, Koua Justin, administrateur des services financiers de son état,  a été arrêté sur ordre de Hamed Bakayoko, ci- devant ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique qui se donne droit de vie et de mort sur les partisans du président Gbagbo. Le ministre a-t-il fait de l’arrestation de Koua Justin une affaire personnelle ? Les circonstances de l’opération telles que relatées par l’agent de la DST tendent à le prouver.  
«‘‘L’épervier’’ (Ndlr, nom de code utilisé pour désigner Koua Justin dans le langage des agents de la DST) nous a beaucoup fatigué. Son arrestation devrait se faire depuis le 1er juin dernier à Aboisso où des instructions claires avaient été données. Ce jour-là, nous avions fait couper l’électricité sur la ville d’Aboisso aux environs de 22h, pensant qu’il y passerait la nuit. C’est après qu’on nous a dit qu’il avait quitté la ville un peu plus tôt. A Daloa, on ne sait par quel miracle, il a pu échapper aux mains du préfet de police et de nos hommes. C’en était trop, il fallait laver ce qui était considéré par les nôtres comme un affront. Sa «cabale» devrait donc prendre fin, parce que l’autorité en était irritée», explique l’informateur du Nouveau Courrier.
«On devrait conduire Koua Justin chez le ministre» «En plus de quelques agents de la DST, on a eu recours à près d’une quarantaine d’éléments du CCDO pour l’opération au siège du FPI. Ils avaient clairement carte blanche pour user de tous les moyens pour récupérer le colis, ‘‘l’épervier’’. Ceux qui étaient présents lors de cette descente peuvent en témoigner. Une fois qu’on avait mis la main sur lui, on hésitait entre le conduire chez le ministre (Hamed Bakayoko, ndlr) ou dans nos locaux. Joint, le chef (il refuse de dire s’il s’agit du directeur de la DST lui-même, ndlr), nous demande de le conduire à la base. C’est donc finalement à la DST que l’épervier est gardé», révèle-t-il. Dans les faits, Koua Justin a été d’abord conduit dans les locaux de l’ex-CeCOS (en face du Lycée classique de Cocody) qui abritent désormais les bureaux annexes de la DST, avant d’atterrir dans les locaux de la DST, en face de l’Ecole de gendarmerie. C’est dans ces lieux que le leader de la Jfpi connaitra son «baptême de feu» de tortures.
Ce que Koua Justin a subi à la DST Durant trois jours, Koua Justin n’a eu droit ni à de l’eau ni à la nourriture dans les locaux de la DST. Il n’a pas eu l’occasion de fermer l’œil durant ces 72 heures de détention – torture à la DST. C’est le directeur de la DST lui-même, le Commissaire Inza Diomandé qui a procédé à l’interrogatoire du Secrétaire national par intérim de la Jfpi, le premier jour, c'est-à-dire durant toute la nuit du vendredi 7 au samedi 8 juin 2013. «Nous avons détenu Koua, sans ses vêtements, selon les instructions du chef, dans un container où la température était semblable à l’hiver. Nous l’avions laissé là pendant des heures avant de commencer l’interrogatoire. Il avait du mal à sortir les mots, tant il était gelé. Tout était fait en sorte que son moral prenne un coup», explique l’agent. Qui n’a pas voulu rentrer dans les détails de l’interrogatoire proprement dit. Mais selon ses dires, les questions posées au leader de la JFPI étaient plus que banales et n’avaient aucun lien avec les quatre chefs d’accusation curieusement retenus contre lui (trouble à l’ordre public, offense au Chef de l’État, atteinte à la sûreté de l’État et organisation de bande armée). Koua Justin a été interrogé sur ses relations avec certains leaders en exil, ce qu’il pense de… Alassane Ouattara, etc. Après son premier interrogatoire qui s’est déroulé toute la nuit du vendredi 7 au samedi 8 juin, samedi et dimanche le même rituel sera répété dans les mêmes conditions. Sans boire ni manger, le jeune leader d’opinion a même flirté avec la torture par électrocution. «Quand il s’est agi de prendre sa déposition, il était trop procédurier. C’est lui qui exigeait la présence de son avocat. Le chef lui a fait savoir qu’ici (à la DST, ndlr), il n’en avait pas besoin et qu’en plus, on avait les moyens de lui faire signer tout document. Le chef a demandé qu’on apporte la ‘‘chaise électrique’’ qui sert à soutirer toute sorte d’aveu au détenu à l’aide de décharge électrique. Et tout s’est passé par la suite», révèle-t-il. Koua Justin aura donc passé 72 heures sans boire ni manger, encore moins voir la lumière du jour. Il sera ainsi détenu dans des conditions inhumaines jusqu’au lundi  10 juin dernier, date à laquelle il a été présenté devant un juge avant d’être placé sous mandat dépôt et conduit à la Maca.  

Dibopieu et Dr Saraka détenus au sous-sol

Sur les cas de Jean-Yves Dibopieu, arrêté le 5 février au Ghana et extradé le 6 février 2013 et du Dr Konan Patrice dit Dr Saraka, médecin particulier de Blé Goudé et membre du Comité central du Cojep, arrêté et détenu depuis le 16 avril 2013, l’agent de la DST est peu bavard. En tout cas, il confirme leur présence toujours dans les locaux de la DST, précisément au sous- sol. Il affirme furtivement qu’ils vont bien. Ils ont droit comme tous les autres détenus à la maigre ration alimentaire quotidienne servie à 16h et constituée d’un squelettique poisson et d’une poignée d’attiéké (plat communément appelé le Garba), ainsi qu’à une douche aux environs de 21 heures. Ils ont été éprouvés physiquement et moralement mais ils ont récupéré depuis, lâche-t-il, sans le moindre détail. Avec une voix qui en dit long sur ce qu’ils auraient pu subir dans ce centre de torture du régime. Et dire que plusieurs dizaines de personnes sont détenues dans les locaux de la DST, un véritable centre de tortures, loin des regards des organisations de défense des droits humains !

Par Frank Toti

Source: Le Nouveau Courrier N° 821, du Samedi 06 au Dimanche 07 Juillet




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