CPI, élections 2015….Paris négocie secrètement avec les hommes de Gbagbo

Jeudi 8 Mai 2014 - 06:47


6 mai 2012- 6mai 2014, cela faisait hier, deux ans jour pour jour que le corrézien François Hollande a accédé à la magistrature suprême de  son pays après avoir triomphé au second tour du bouillant Nicolas Sarkozy qui avait pourtant promis réduire son challenger du moment en bouillie. A cette occasion, le locataire de l’Elysée a fait le bilan de ses deux années de règne, en relevant les points noirs de son début de quinquennat, avant de se projeter dans l’avenir en promettant le meilleur à ses compatriotes pour les trois années restantes de son mandat. Un optimisme et une foi à toute épreuve que le chef de l’exécutif français a tenté de communiquer à ses concitoyens, sur le plateau de la chaine privée, BFM TV, dans un contexte où de nombreux éditorialistes français ne croient plus aux « prophéties » du brillant énarque. Si Hollande compte sur des réformes structurelles majeures, telles que le pacte de stabilité pour se relancer dans l’estime des électeurs français, l’homme aurait également sa petite idée pour regagner la confiance perdue de certains africains qui avaient fondé beaucoup d’espoirs dans son accession au pouvoir. Au nombre de ceux-ci, il y a forcément les Ivoiriens encore traumatisés par la brutalité d’un Nicolas Sarkozy qui n’a pas hésité à faire larguer des tonnes de bombes sur la résidence officielle des Gbagbo et sur les têtes des populations abidjanaises, en avril 2011, pour installer son poulain, Alassane Ouattara, au palais présidentiel d’Abidjan. Selon des sources généralement bien informées, François Hollande qui aurait réalisé avoir déçu bien des attentes en Côte d’Ivoire, serait bien décidé à rectifier le tir pour redorer quelque peu, le blason terni de la France dans sa principale vitrine de l’Afrique de l’Ouest. Dans cette optique et comme nous l’indiquions hier, dans ces mêmes colonnes, les hommes du premier citoyen de France ont entrepris depuis quelques jours, des démarches auprès des lobbyistes parisiens du président Laurent Gbagbo. Selon nos sources, au moins deux rencontres ont déjà eu lieu entre les deux groupes de personnalités, et cela loin des oreilles et des yeux indiscrets. A en croire notre informateur, un nouveau  round des échanges est prévu pour demain, quelque part dans le 16ème arrondissement de Paris. L’homme fait observer que ce regain d’intérêt pour les hommes de Gbagbo, tient compte de l’actualité ivoirienne marquée par le recensement général de la population et de l’habitat 2014, lancé par le gouvernement et largement boycotté sur le terrain à l’appel du Front populaire ivoirien (FPI), démontrant ainsi qu’il est incontournable à Abidjan tout en mettant à nu, une fois encore, l’impopularité du régime Ouattara. Autre signe visible du frémissement, le ministre Justin Koné Katina, porte-parole du président Laurent Gbagbo, séjourne depuis quelques jours en Afrique du Sud où il serait à la manœuvre pour son le compte du célèbre prisonnier de la Haye. Et selon des sources locales, il n’est pas exclu  qu’il rencontre l’ambassadeur de la France à Pretoria, après avoir fait le tour des principales autorités politiques de la nation arc-en-ciel. Pour l’heure, observe la source, la direction du Front populaire ivoirien  (FPI) n’est pas partie prenante dans les discussions, les émissaires de l’Elysée ayant choisi dans un premier temps, d’arrondir les angles avec les lobbyistes de Gbagbo qui officient sur la place parisienne. Une fois le travail fait en amont et validé par Laurent Gbagbo lui- même, les frontistes ivoiriens devraient par la suite, s’engouffrer dans la brèche et prendre le train en marche. Sur le contenu des négociations, il n’y a pour l’heure, pas grand-chose à se mettre sous la dent, les uns et les autres ayant visiblement décidé d’être muets comme une carpe, en stricte application dit-on, des consignes élyséennes. Mais point n’est besoin de sortir de la cuisse de Jupiter pour comprendre qu’il ne peut s’agir que de la libération du président Laurent Gbagbo et la situation en Côte d’Ivoire, à 17 mois de la prochaine présidentielle ivoirienne. Parce que d’une part, la principale mission confiée aux lobbyistes parisiens de Gbagbo,- dont nous taisons volontairement les noms pour ne pas gêner leur action-, c’est d’obtenir politiquement la libération de Laurent Gbagbo afin de couronner le travail colossal abattu à la Haye, au plan juridique par Me Emmanuel Altit et son équipe ; et d’autre part, parce que Paris ne peut  être intéressé par ce genre de rencontres  s’il n’est question de la sauvegarde de son image et de la garantie de ses intérêts stratégiques en Côte d’Ivoire. Sur le premier point, on sait déjà, depuis plusieurs semaines et de sources diplomatiques, que la France est favorable à une liberté provisoire pour Gbagbo, qui en revanche devra se tenir loin du marigot politique ivoirien durant deux ans, à compter de sa date de libération, question de ne pas brouiller les calculs actuels de la France à Abidjan. Et pour la suite, les différentes parties aviseront. Sur la question, confient des sources proches de l’ex-chef de l’Etat ivoirien, ce dernier n’a pas encore tranché même s’il y a peu, l’homme se serait plutôt montré en faveur d’un retour en Côte d’ivoire, aussitôt la mise en liberté prononcée par les juges de la chambre préliminaire 1 de la cour pénale internationale (CPI). Aussi, fait notable, l’éventualité de l’élargissement du dirigeant ivoirien n’est plus aujourd’hui, évoquée dans les seuls milieux pro-Gbagbo ou encore dans certains cercles parisiens, mais également dans les arcanes du pouvoir ivoirien. Redoutant visiblement pareil schéma, le Garde des Sceaux, ministre de la justice et des libertés publiques, Coulibaly Gnénéma, sur le plateau de TV5, comme s’il voulait jouer les rabat-joie, indiquait récemment que : « Si la CPI venait à estimer qu’il (ndlr : le président Laurent Gbagbo) n’est pas coupable des faits qui relèvent de ses compétences, il reste que chez nous, il est poursuivi pour des faits différents. Donc nous avons le loisir de continuer nos procédures. En l’état, nous avons cédé la compétence à la CPI mais ce n’est pas une renonciation définitive ». Il n’y a pas longtemps, pareille projection sur la libération de Gbagbo était inimaginable de la part du procureur Gnénéma, l’homme qui a pris pour habitude de prononcer la sentence avant même l’ouverture du procès.  Assurément, le vent continue de tourner.▄

Géraldine diomandé

Source: Aujourd’hui / N°636 du Mercredi 07 Mai 2014




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