CPI/Transfèrement de Blé Goudé: Le Piège ! Soro et deux autres sur la tablette ! lL’Incroyable message des photos ! lLe Fpi, à moitié coupable !

Samedi 22 Mars 2014 - 07:40


Ainsi donc, à peine l’émotion suscitée par les photos de Blé Goudé dans une cellule de la Direction de la Surveillance du Territoire est-elle retombée, qu’une autre, encore plus vive, s’empare des partisans de l’ancien président, l’intrépide Laurent Gbagbo. Et pour cause. Ala suite du Conseil des Ministres tenu ce jeudi 20 mars 2014, le Gouvernement, par la voix de son porte-parole, le Ministre Koné Bruno, a donné son accord pour le transfèrement de Blé Goudé à la Cpi. On se souvient, pendant que la guerre des photos sur Blé Goudé faisait rage sur les réseaux sociaux et dans les journaux de la presse proche du pouvoir et de l’opposition,  la procureure de la Cpi était intervenue pour demander au Gouvernement ivoirien de livrer Charles Blé Goudé : «Nous demandons aux autorités ivoiriennes de livrer sans délai Charles Blé Goudé. Et il faut dire que nous continuons de leur parler et de leur montrer la nécessité de transférer Charles Blé Goudé à la Cour pénale internationale, sans délai», avait-elle déclaré, le 15 mars, à Kinshasa (RDC), à la faveur d’une conférence de presse. Dix jours plus tôt, la Cpi avait rejeté la demande de sursis de trois mois introduite par le Gouvernement ivoirien, un temps qui devrait lui permettre de réfléchir sur le cas Blé Goudé.  

Le message caché des photos

 Apparemment, les pressions externes et internes que subissait le pouvoir d’Abidjan sur le cas Blé Goudé étaient intenables. Et la publication des photos de ce dernier, en « caleçon blanc » et couché à même le sol dans une cellule de la DST, faisait certainement partie d’un plan bien concocté. Elle avait pour objectif de choquer les partisans du FPI et les défenseurs des droits de l’homme, tant à l’interne qu’à l’externe. Lesquels, comme prévu ( ?), n’ont pas hésité à crier au scandale. Les journaux proches de l’ancien parti au pouvoir, piégés, n’ont pas hésité à parler de dictature et de cruauté du régime Ouattara. Des expressions qui creusaient chaque jour de plus en plus profondément, le lit du transfèrement de l’ex-champion de la galaxie patriotique.   Pour se défendre ( ?), le régime n’a pas hésité à publier des photos de Blé Goudé dans une résidence, sourire aux lèvres et s’apprêtant à se servir un verre de jus de fruit. Ces photos d’un Blé Goudé vivant à son aise dans une résidence alors que le régime le considère comme l’un des pires criminels que ce pays ait jamais connus, ont eu pour effet de provoquer la colère des victimes et supposées victimes de la crise post-électorale, toutes proches du pouvoir ou supposées telles. Les représentants de ces victimes ont vite fait de donner de la voix en annonçant des marches sur la présidence de la République pour crier leur indignation et exiger le transfèrement de Blé Goudé à la CPI. De son côté, le Fpi et ses journaux, pris de court, n’ont eu d’autres solutions que de  crier à la manipulation, au montage !  Pris entre deux feux volontairement allumés par lui-même (celui des pro- Gbagbo et celui des victimes), le Gouvernement a décidé de satisfaire les deux camps : Transférer Blé Goudé à la CPI. Les pro-Gbagbo crieront encore à l’assassinat du processus de réconciliation nationale dans lequel ils ne se sont jamais véritablement engagés, arc-boutés sur leurs préalables-mais ils ne pourront plus reprocher au régime de maltraiter Blé Goudé en le détenant au secret dans des « conditions inhumaines ». Et les victimes qui n’auront plus dans leur esprit l’image d’un Blé Goudé regardant la télévision  dans sa résidence surveillée, ne s’en prendront plus, satisfaits, au pouvoir d’Abidjan. C’est ce qu’on appelle « faire d’un mandat d’arrêt encombrant, deux coups politiques». On dit merci qui ?

Le piège

 Mais en décidant de transférer Blé Goudé à la CPI, alors qu’il prétend que les conditions pour juger sur le sol ivoirien toutes les autres personnes poursuivies par la Cpi sont désormais réunies, le régime se retrouve pris dans son propre piège ouvert depuis le transfèrement de l’intrépide Laurent Gbagbo. Il en est de même pour la Cpi, accusée à raison, de ne s’acharner, depuis la fin de la crise post-électorale, que sur le camp Gbagbo, déjà gratifié de trois mandats d’arrêt. Contre rien pour le camp Ouattara. Le régime Ouattara, après le transfère- ment de Blé Goudé, alors que la justice ivoirienne, selon les aveux même du ministre de la Justice, a retrouvé toutes ses sensations, prend l’engagement de livrer toute autre personne que la Cpi inviterait pénalement à La Haye. Et ce n’est pas parce qu’il garde Simone Gbagbo sous le coude pour des raisons bien évidentes,  qu’il pourra se dérober sans conséquence le moment venu. Bientôt, les mêmes ONG internationales qui réclamaient le transfèrement de Blé Goudé feront les mêmes demandes pour les personnes proches du camp Ouattara et accusées d’avoir commis des crimes. L’infernal quadrupède, bien avant que les mandats d’arrêt contre Simone Gbagbo (« L’Eléphant Déchaîné » N°96, octobre 2012) et Blé Goudé (« L’Eléphant Déchaîné » N°123, janvier 2013) ne soient rendus publics, les avait annoncés. Et le même quadrupède est en mesure de dire encore aujourd’hui que deux autres mandats d’arrêt ont été émis par la CPI, il y a à peine deux semaines et concernent deux ex-têtes de pont de la rébellion armée. Des champions que le pouvoir d’Abidjan devra livrer dans les mois à venir quand les scellés seront obligatoirement levés par la CPI. Ce qui ramène à trois, les mandats d’arrêts sous scellés concernant des proches du régime Ouattara. C’est pour quand la levée des scellés ?
 
Le Fpi, à moitié coupable

La décision de transfèrement de Blé Goudé peut tirer par ailleurs une source lointaine dans l’absence de stratégie de la direction du Fpi dont le discours, porté par son président Affi N’Guessan, est des plus flous et des plus inconstants. Tantôt le Fpi annonce son engagement dans le processus de réconciliation, tantôt déclare que ce processus est un échec. Tantôt il fait de la libération de Laurent Gbagbo un préalable à toute négociation, tantôt il affirme que cette libération n’est pas un préalable. Tantôt Affi N’Guessan déclare que sans Laurent Gbagbo le Fpi ne participera à aucune élection en Côte d’Ivoire. Tantôt, le même invite les militants du Fpi et les Ivoiriens à réinstaller le Fpi au pouvoir en 2015.  Par quel moyen si ce n’est pas les élections ? Cette inconstance dans le discours et cette absence de stratégie sur les questions importantes qui intéressent les Ivoiriens se sont transformées, au fil des jours, en du pain béni pour le régime. En réalité, malgré les apparences, les dirigeants en liberté du Fpi et notamment Affi N’guessan, et les responsables des mouvements de jeunesses proches de ce parti, sont plus préoccupés par leur propre avenir politique que par le sort des prisonniers proches de leur camp. En faisant de la surenchère, en excluant, en suspendant tous ceux qui tentent de discuter avec le régime et qui sont taxés de traitres (cas de l’ex- représentant du Cojep Europe), le Fpi a volontairement aggravé le sort des prisonniers et des exilés. Demain, devant le transfèrement de Blé Goudé, le parti de Laurent Gbagbo criera au refus du régime d’aller à la réconciliation alors que depuis hier, en conférence de presse, Affi N’guessan a décrété l’échec du processus de réconciliation. Ce sera la chanson pendant quelques jours et puis, tout sera oublié. Et au Fpi, rapidement, le vide laissé par Blé Goudé sera comblé. Et beaucoup, se réjouiront de son absence. Derrière les portes.
Parce que la nature a horreur du vide !

DANIEL SOVY

Source: L’éléphant déchaîné N°236 du vendredi 21 au lundi 24 mars 2014 / 3ème année




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