CPI/ Gbagbo face au marchandage franco-américain

La libération du président Laurent Gbagbo continue de butter sur divers marchandages politiques dont le plus significatif reste celui de la France et des Etats-Unis alors que l’ancien président ivoirien n’a qu’un seul vœu : rentrer à Abidjan.

Jeudi 14 Novembre 2013 - 08:00


Les Ivoiriens se sont réveillés hier avec la gueule de bois. Même jusqu’à 8 heures du matin, les rues étaient encore vides, conséquence de l’autre refus de la cour pénale internationale d’élargir l’ancien président ivoirien. Autre conséquence directe, les journaux bleus sont restés pour la plupart dans les kiosques alors que depuis trois ans, c’est l’inverse qui se produisait chaque matin. « Ils nous boudent », a brièvement commenté un Directeur de publication qui n’avait pas imaginé la vitesse avec laquelle ses lecteurs le prendraient en grippe. La situation n’est pourtant pas si grave que ça même s’il est évident que les considérations politiques sont de plus en plus criantes dans le dossier Gbagbo. Car hier en effet, la CPI a rendu un jugement d’opportunité dont les relents politiques sont à peines invisibles. Suffit seulement de lire attentivement les premières lignes du communiqué. « La chambre a conclu que, malgré l’amélioration de la situation sécuritaire en Côte d’Ivoire, la détention de Gbagbo est encore nécessaire pour garantir sa comparution devant la cour, et de veiller à ce qu’il ne fasse pas obstacle à l’enquête ou à la procédure judiciaire ». Exit les menaces de ses partisans et des moyens colossaux dont ils disposeraient. Finies aussi les craintes presqu’insultantes de risques de fuite… dans un contexte où les preuves fournies par la procureure sont toujours insuffisantes. En fait, les enjeux sont ailleurs. Depuis de nombreux mois, le dossier Gbagbo achoppe non pas sur des calculs d’avocats  mais sur un arrangement sur le pays d’accueil. Car malgré les apparences, l’ancien numéro 1 refuse d’aller s’exiler dans un autre pays et veut rentrer à Abidjan. Sur cette question d’ailleurs, des garanties lui avaient été demandées par Paris et Washington qui voulaient préalablement s’assurer que Laurent Gbagbo s’engage à ne pas revendiquer sa victoire électorale dès son retour et à s’impliquer dans la réconciliation nationale. Selon plusieurs sources, l’ancien président ivoirien aurait donné les assurances qu’il contribuerait à apaiser la situation politique pour que la réconciliation soit possible. Mais visiblement cela n’a pas suffi. La coalition franco-américaine veut en effet contraindre Gbagbo à un exil doré dans un pays qui serait loin de tous ceux que les deux pays  soupçonnent de plaider la cause de l’ivoirien. A la vérité, une telle démarche de la coalition franco-américaine n’est pas tout à fait nouvelle. Pendant les premières semaines de la crise postélectorale,  l’ancienne secrétaire d’Etat américain Hillary Clinton avait demandé au président Gbagbo de quitter son poste pour le troquer contre une chaire de l’Université de Boston. Ce que le président Gbagbo avait refusé. Deux années plus tard, il apparait clairement que la même proposition d’éloignement tient toujours à cœur français et américain. Mais pourquoi tiennent-ils à cette proposition dans la mesure où la présidence de Ouattara est une situation de fait que rien ne saurait valablement remettre en cause ? Selon plusieurs sources, la pusillanimité du gouvernement ivoirien montre clairement qu’il ne tiendra pas longtemps si Gbagbo rentrait à Abidjan. Tels sont les principaux points de rupture de la longue négociation politique qui se noue autour de Laurent Gbagbo. Mais ce marchandage n’est pas nouveau. Nous l’avons certes démontré en rappelant l’épisode de la crise postélectorale mais il y a aussi le discours d’Aboudramane Sangaré devant les militants du FPI à l’occasion de la fête  organisée en l’honneur des prisonniers politiques du parti. Ce jour-là, celui qu’on considère comme le sage du FPI avait montré qu’aucun marchandage n’était possible et que le président Gbagbo ne pouvait pas être exclu du jeu politique national. Apparemment, il n’a pas encore été compris. Les occidentaux sont en effet persuadés que la prison finira par avoir raison de l’intransigeance de Gbagbo. « On verra bien !», commentent ceux qui connaissent bien le dirigeant ivoirien. En tout cas, l’un de ses fidèles parmi les fidèles nous avait prévenus quelques jours avant  sur l’issue de l’audience du 11 novembre. Rapportant des propos échangés avec le président Gbagbo, il s’était voulu clair  sur son état d’esprit. « Il veut rentrer en Côte d’Ivoire ; il ne veut même pas de liberté conditionnelle parce qu’il ne veut pas être un prisonnier en sursis ». Nous n’y avions pas cru. ▄

Sévérine Blé

Source: Aujourd’hui / N°504 du Mercredi 13 Novembre 2013




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