Burkina Faso: Révolution ou Coup d'Etat? Les burkinabés voulaient une révolution. Ont-ils eu un coup d’État?

Samedi 1 Novembre 2014 - 10:33


Foule de manifestants révolutionnaires au Burkina Faso
Foule de manifestants révolutionnaires au Burkina Faso
L'accélération des évènements au Burkina Faso ces dernières 48 heures donne à s’interroger sur la nature des évènements auxquels le monde assiste dans le pays dit des hommes intègres.
Compaoré arrivé au pouvoir le 15 octobre 1987 suite au renversement et à l'assassinat du capitaine Thomas Sankara, a passé  27 années au pouvoir, après l'instauration d'un régime dictatorial et sanguinaire. Président aimé dans les urnes avec des victoires   électorales lui "donnant"  plus de 80% des voix, l'homme Compaoré s’obstinait ainsi à occulter son impopularité et à s'imposer au peuple Burkinabé. Les derniers évènements qui ont entrainé sa chute, viennent d'en donner la preuve. Compaoré, le bien aimé dans les urnes, était en réalité détesté par la majorité de ses compatriotes. Mais l'art des grands dictateurs a toujours consisté à adopter une posture cosmétique pour se donner l'image d'une popularité surfaite.
Plongé dans son sommeil dogmatique au soir des évènements du 30 octobre 2014 qui ont provoqué la prise du parlement et de la télévision nationale par la foule enragée de manifestants, Compaoré refusait jusque là de se rendre compte de l'évidence. Alors qu'il ne contrôlait plus rien dans la situation en cours, il continuait de se désigner comme chef d'Etat au rabais, en s'imaginant dans une petite culotte de dirigeant d'une transition de 12 mois. Une transition à la suite de laquelle il remettra le pouvoir à un nouveau président élu. Mais "La nuit, dit-on, porte conseil". Dans la journée du vendredi 31 octobre, Compaoré a donc pu se réveiller de son sommeil dogmatique pour se rendre compte de l'évidence. Il a pour une fois eu la sagesse de reconnaitre qu'il a perdu le sommet et que sa chute était une effectivité indéniable qu'il ne pouvait plus dissimuler en créant la confusion à travers les médias. Pour une fois , il a reconnu que le mensonge des urnes a été rattrapé par la vérité d'un soulèvement populaire, preuve de son impopularité dans son pays.

La majorité de ces Burkinabés qui ont fait ce travail historiquement remarquable sont des sankaristes, des partisans du capitaine Thomas Sankara, le panafricaniste révolutionnaire, assassiné le15 octobre 1987, alors qu'il dirigeait le pays dans la voix de la révolution socialiste, anti-néocolonialiste et panafricaniste.
Loin d'être une simple révolte, le grand soulèvement de ces dernières 48  heures au Burkina Faso montre bien que ce peuple aspirait depuis quelques années à une véritable révolution. Mais cette révolution, mal ficelée de bout en bout, n'a finalement pas trouvé d'alliance sûre au sein de l'armée pour parachever la travail. Une alliance militaire, capable d'être son véritable porte-voix et de répondre efficacement à ses aspirations profondes. Même si l'avenir pourra prouver le contraire, à ce stade de la situation, tout porte à penser que la révolution Burkinabé entamée a été finalement usurpée par un coup d'Etat militaire.  Car deux camps de l'armée se disputent le contrôle de l'appareil d'Etat: Le camp du chef d'Etat Major des  Armées,  Honoré Traoré,  et celui du lieutenant-colonel Isaac Yacouba Zida, numéro deux de la garde présidentielle. Cela donne évidemment à réfléchir. Un soulèvement populaire contraint au départ un chef d'Etat, puis dans les heures qui suivent des proches du président déchu se disputent le pouvoir. Cela donne bien à penser que la révolution populaire a fait une sortie de route en s'achevant par un coup d'Etat militaire qui pourra lui être préjudiciable. Un coup d'Etat venant ternir la sublime image historique de cette œuvre révolutionnaire du 30 octobre 2014 pouvant sonner comme une symphonie inachevée.
Il convient de rappeler  qu'un coup d'État est un renversement du pouvoir, de façon illégale et souvent brutale,  par une personne investie d'une autorité (Wikipédia) . Un coup d'Etat peut conserver l'ordre déjà établi en persévérant dans la politique socio-économique et culturelle existante. En revanche, une révolution est fondamentalement l'instauration d'un ordre politique, économique et socio-culturel nouveau, marquant une rupture fondamentale avec l'ordre ancien établi. Avec cette scène de disputes du pouvoir entre des militaires proches de Compaoré,  grand Médiateur Ouest africain devant l’Éternel, tout porte à croire que l'ordre ancien demeurera au Burkina Faso après sa chute. L'opposition qui a mené ce bal révolutionnaire semble confier désormais sont sort à l'armée de Compaoré, espérant qu'elle a pu tirer les leçons des derniers évènements ayant entrainé sa chute.
Cette armée voudra t-elle jouer le jeu de la révolution, en répondant effectivement à la profonde aspiration du peuple Burkinabé? Tout semble désormais compromis et incertain, la où la France, ex(?)-puissance coloniale, continue d'être à la manœuvre, malgré la chute  de l'un de ses pions en Afrique de l'Ouest. Une France dont le néocolonialisme n'était pas du goût de Thomas Sankara, l'homme dont les partisans constituent la grande majorité des révolutionnaires du 30 octobre 2014. Mais la tâche semble désormais facile pour la France, face à une situation dont elle veut prendre le contrôle, si ce n'est déjà le cas. Car après le départ de Compaoré, son ombre continue de planer sur le pays, à travers ses proches, officiers militaires devant tenir les rênes du pouvoir. Pour la France, peu importe l'homme qui gouverne ou gouvernera l'une de ses "anciennes" colonies. Ce qui importe pour elle c'est la pérennisation du contrat de soumission pour la bonne marche de la Françafrique. Alors qu'elle a confié sont sort à l'armée dont elle n'a pas le contrôle et dont la bonne foi reste à prouver, rien ne prouve que cette opposition Burkinabé parviendra au pouvoir au lendemain de la prochaine présidentielle en écrasant démocratiquement le parti de Blaise Compaoré, le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP). Pour une fois encore, les dés pourraient être pipés et l'armée prête à mâter une opposition contestataire. Sans avoir la certitude des choses à venir nous espérons que l’œuvre révolutionnaire du 30 octobre 2014 ne laissera pas des traces d'une symphonie inachevée au Burkina Faso et ne sonnera pas comme une seconde mort du digne officier révolutionnaire et panafricain Thomas Sankara.

Zéka Togui
 




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !