Bruits de bottes Les non-dits de l’attaque de Grabo

Mercredi 26 Février 2014 - 22:17


Un commando non identifié a attaqué dans la nuit du samedi 22 au dimanche 23 février 2014 les localités de Soty et Fétê, deux positions avancées de forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) dans la zone de Grabo (Sud-Ouest de la Côte d’Ivoire), située à la frontière avec le Liberia, à 2 heures du matin. Le bilan officiel de cette attaque est de 4 tués et 1 blessé, côté Frci ; et 1 tué et 3 prisonniers côté assaillants. Au moment où la Côte d’Ivoire tout entière se perd en conjectures quant à l’identité des auteurs de cette énième attaque des positions des Frci, et leurs motivations profondes, le ministre délégué à la Défense, Paul Koffi Koffi adopte une attitude de prudence qui intrigue plus d’un et à plus d’un titre. Lui qui accusait systématiquement les pro Gbagbo dès que survenait une attaque du genre. En effet, hier à l’état- major général des Frci, au cours du déjeuner de presse auquel il a convié les journalistes, Paul Koffi Koffi répondant aux préoccupations des journalistes sur ce qui s’est passé à Grabo a rejeté l’expression « attaque ». Il lui a préféré le terme « incursion »qu’il a répété plusieurs fois comme pour le faire adopter par les hommes de médias qu’il avait en face de lui. Ainsi, s’agissant des auteurs de ce raid, pour le ministre délégué à la Défense, qui parlait sous le contrôle d’un Général qui depuis Abidjan coordonne la riposte à Grabo, s’est demandé s’il s’agit «des bandes armées de pillards, d’individus en mal de maniement d’armes ? On verra !»En attendant qu’il débrouille cet écheveau, des questions se posent : Pourquoi la veille de l’attaque, les Frci ont vidé leur camp de Grabo ? Les positions avancées de Fetê et de Soty étaient-elles dignes de ce nom ? Pourquoi, pour une attaque menée par une vingtaine de personnes depuis 2 heures du matin, les renforts des Frci ne sont arrivés à Grabo qu’à 9 heures le matin ? Pourquoi… ? Il faut qu’on explique aux Ivoiriens ce qui se passe à Grabo, pour la simple et unique raison que l’état de santé du chef de l’Etat en convalescence à Paris semble avoir ouvert une danse de sorcières autour du fauteuil présidentiel qui fait l’objet de toutes les convoitises en ce moment.

 De deux choses, l’une…

Des spécialistes des questions militaires ont décrypté les propos tenus face à la presse hier par le ministre délégué à la Défense, et les ont confrontés à l’attaque de Grabo. Pour eux, ce n’est pas tellement pour dédouaner les pro Gbagbo que Paul Koffi Koffi a révisé cette fois-ci son vocabulaire. Il a plutôt utilisé le terme «incursion» en lieu et place de « attaque » pour sauver sa propre mise. Il prêche pour sa propre chapelle, précisent nos interlocuteurs. Ils se souviennent à cet effet qu’il y a un bataillon de sécurisation de la zone frontalière avec le Liberia ; une zone trop instable qui devrait pour cela seul faire l’objet d’une attention particulière des autorités militaires. A la tête desquelles se trouve Paul Koffi Koffi lui-même. S’il y a eu une attaque qui a coûté la vie à 4 militaires, sans compter leurs dotations en armes et munitions qui ont disparu dans la nature, c’est que le service public a très mal fonctionné. Il y a dès lors lieu de situer les responsabilités. Voilà pourquoi, le ministre de la Défense se livre à ce ridicule jeu de mots. Ce d’autant plus que selon des témoins joints sur place à Grabo, la veille de l’attaque, des Frci ont quitté la ville en grand nombre pour aller on ne sait où. Avaient-ils été informés qu’il y aurait une attaque de leurs positions ? Si oui, par qui et pourquoi ?
Sans risque de se tromper, on peut dire qu’il y a anguille sous roche ! Il pourrait s’agir d’un auto-coup dont les auteurs réels sont tapis quelque part dans des bureaux feutrés ici à Abidjan d’où ils tirent les ficelles. Pour l’avoir su, le ministre délégué à la Défense a pour une fois éviter d’accuser systématiquement les pro Gbagbo, en adoptant une attitude nuancée. Avec à la clé une menace de sanctions exemplaires contre les commanditaires de ce raid. «Si nous constatons qu’il y a des gens qui sont mêlés, nous allons être sans état d’âme !»,a prévenu Paul Koffi Koffi hier à l’état-major général des armées. Ainsi donc des gens pourraient être mêlés à ce raid. Sinon comment comprendre que les deux positions avancées des Frci (Fêtê et Soty) n’aient pu contenir la vingtaine d’hommes qui les ont attaquées ? Soty et Fêtê avaient les hommes et l’arme- ment dignes d’une position avancée ? Les analystes estiment qu’il y a des légèretés qui méritent d’être dénoncées. Quand une vingtaine d’hommes, comme l’a précisé le ministre de la Défense, prennent et occupent une ville située à une frontière sous surveillance militaire, de 2 heures jusqu’à 9 heures du matin officiellement, cela doit pouvoir s’expliquer. Il est évident que des mains occultes essaient de troubler la quiétude des Ivoiriens en cette période de stress national.

Barthélemy Téhin

Source: LG Infos N°670 DU MARDI 25 FÉVRIER 2014






Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !