Broh Grébé : « Je suis sereine parce que la justice divine va frapper »

Jeudi 19 Février 2015 - 20:30


Broh Grébé
Broh Grébé
Visiblement déterminée à prouver son innocence, Mme Broh Grébé Géneviève  n’y est pas allée par quatre chemins pour réfuter les charges  retenues contre elle : « je ne me sens pas concernée par ces allégations parce que ce sont des accusations graves au point où je me demande si je ne suis pas dans un cauchemar, dans un rêve. Au nom des patriotes, je voudrais m’incliner devant la mémoire des milliers d’ivoiriens qui sont tombés pendant cette crise. En tant que femme, notre mission première est de donner la vie et non ôter celle-ci. C’est pourquoi notre crédo est la non violence. J’ai dit non à la rébellion et non au coup d’Etat avec les moyens démocratiques. C’est pour ça que je suis allée en prison. Et je suis prête à aller en prison. Je suis prête à recommencer. Je suis devant vous parce que j’ai dit non à ceux qui veulent falsifier l’histoire de mon pays en traitant les victimes comme les bourreaux. Je suis sereine devant vous parce que la justice divine va frapper », a-t-elle martelé avant de faire l’historique de la rébellion : « Pour moi, ce que vous appelez crise post électorale et que moi je situe dans la période du décès du père fondateur de ce pays, n’est autre que la suite d’un coup d’Etat qui a duré 18 ans. Pendant les élections, j’ai fait un travail scientifique sous la supervision de la première dame Simone Gbagbo. Et les résultats de ce travail est contenu dans un document que voici (ndlr : elle présente le document au juge). Ce travail consistait à enregistrer sur le terrain, les différents résultats, zone par zone, secteur par secteur. C’est sur la base de ce travail que j’ai su que c’est mon candidat qui a gagné les élections. Avec ce travail scientifique, je n’avais pas le temps d’aller faire  des activités de violence. Après ce travail donc, j’ai erré, j’étais menacée. C’est comme ça que je me suis retrouvée à la résidence du chef de l’Etat le 3 Avril 2011. Je n’étais plus retournée chez moi jusqu’au 11 avril 2011 où j’ai été arrêtée. J’ai dû passer une semaine dans le même vêtement. C’est ainsi qu’on m’a donné à la résidence, une robe qui est d’ailleurs plus grande que moi (ndlr : elle présente la robe au juge). C’est cette robe que je portais quand on m’arrêtait. J’avoue que j’étais  la personne la plus recherchée, même plus que Gbagbo. Quand ils sont arrivés, ils m’ont dit, c’est toi Broh Grébé qui parle beaucoup là. Si j’avais les armes ils allaient plutôt me dire c’est toi Broh Grébé qui tue là. En Côte d’ivoire, il ya un homme qui a droit de vie et de mort sur les autres. Il faut tuer pour être premier ministre, président de la République. Monsieur le président, vaille que vaille, la justice de Dieu s’accomplira. J’ai lutté pour le recomptage des voix. Cela aurait pu éviter aux Ivoiriens un bain de sang. Trop c’est trop ! On ne peut pas tuer les Ivoiriens et me coller ça sur le dos. Je suis une victime, je ne suis pas un bourreau, ni une meurtrière. Je suis arrivée au Golf, paralysée, j’ai fait une semaine à terre, trainée comme une bête sauvage. Les femmes patriotes  n’allaient pas exister s’il n’y avait pas eu de rébellion. »  A la question du juge de savoir davantage sur l’incident intervenu entre les éléments de l’ONUCI et les femmes patriotes, elle répond : « ce sont des nègres qui nous ont tiré dessus et c’est ce qui nous a révoltés ». Cela a suffi pour énerver le président de la Cour et aussitôt, les avocats de la défense approchent leur cliente pour  lui donner des conseils quant à la conduite à tenir. L’avocat général leur emboite le pas en ces termes : « Monsieur le président, Mme Broh Grébé traverse à présent une situation difficile. On pouvait même lui donner au moins un an pour se reposer mais pour les besoins de la République, elle est obligée d’être là. C’est ce qui explique un peu cette attitude. Je vous demande en conséquence d’être indulgent. A la suite de l’avocat, l’accusée qui avait repris la parole présente des excuses au juge. Excuse vite acceptée par ce dernier. L’audience peut donc se poursuivre. « Monsieur le juge, ceux qui nous ont frappés sont des soldats noirs alors que c’est un camp jordanien. En le disant, ce n’est pas pour catégoriser des personnes ou des ethnies. Mais quand on frappe un enfant, il pleure. Une action entraine toujours une réaction » clame l’ex-ministre des sports. Interrogée sur les moyens démocratiques en question, Bro Grébé indique que : « Pour moi les moyens démocratiques sont les conférences de presse, les points de presse, les meetings, les sit-in. » Interrogée à se prononcer sur la marche des femmes qui a eu lieu à Abobo , elle révèle : « Je n’ai aucun élément en ma possession pour dire si oui ou non des personnes ont été tuées, tellement il y avait des mensonges. Néanmoins, je déplore les morts des Ivoiriens pendant toute cette période. » S’expliquant sur les questions de manifestation pacifique, de « séances de prières détournées pour préparer une insurrection », la prévenue  dira : « Nos manifestations étaient pacifiques. Les femmes patriotes n’ont pas commis d’actes allant dans  le sens du meurtre des ivoiriens. Dieu est partout, par conséquent il n’y a pas de cadre privilégié pour le prier. Quant à l’insurrection, je ne pense pas qu’on organise une insurrection avec des drapeaux et des banderoles. »  Sur  sa supposée affinité avec le FPI, elle fera observer que : « Je suis alliée personnellement, au FPI mais je n’appartiens à aucun parti politique. Je suis allée devant le camp jordanien de l’ONUCI pour leur demander d’arrêter de tuer les Ivoiriens. Et ce que j’ai fait et dit, est écrit sur papier. Ne mettez donc pas dans ma bouche ce que je n’ai pas dit. Il n’y avait pas de comportement hostile envers les Noirs du camp jordanien. Nous étions dans une dynamique de dialogue » Puis l’avocat général d’interroger : « Est-ce que votre position personnelle pouvait-elle influencer celle du président de votre parti ? » L’accusée indique : « La seule position que j’avais,  c’est le recomptage des voix. Mieux, aucune femme n’est détentrice d’une arme  à feu. A la résidence, j’avais tellement surestimé la grande France que je ne pouvais pas imaginer qu’elle bombarderait la résidence du chef de l’Etat. Dire donc que j’étais à la résidence pour organiser une insurrection, je dis non. Je suis une personne de conviction. Je suis sur le terrain depuis 2000. Je ne peux pas dire non à la rébellion la nuit et dire oui la journée. J’ai dit à l’ONUCI d’arrêter de tuer les Ivoiriens ou qu’elle s’en aille pacifiquement. Je l’ai dit et je l’ai écrit. Je suis copropriétaire de la Côte d’Ivoire avec les autres ivoiriens. C’est pourquoi nous, femmes patriotes, avons travaillé avec le verbe devant tout le monde et à visage découvert. Nous ne  cachons pas nuitamment pour aller égorger des gendarmes. »  Disant son dernier mot à cette audience, Bro Grébé déclarera que : « C’est la description de mon pays qui m’a amené à la politique. J’ai fait le tour du monde, le tour de la Côte d’Ivoire. Je me suis engagée pour la souveraineté de mon pays et la dignité humaine. Quelqu’un le disait ; que la communauté internationale a dit que c’est Ouattara quia gagné les élections. Moi je dis non, ce n’est pas la communauté internationale qui fixe les règles en Côte d’Ivoire. Je ne peux pas embrasser sur la bouche ceux qui tuent. Voilà le sens de mon engagement. Personnellement je n’ai aucun ressentiment. Je suis contre l’injustice. Parler de réconciliation du bout des lèvres, on y arrivera pas. Laissez tomber tout ça, agissons pour la Côte d’Ivoire, pour les Ivoiriens . » Mais avant cette prestation de haut voltage, c’est l’ex premier ministre, Affi N’guessan Pascal qui est passé à la barre. Comme ses co-accusé qui l’y ont précédé, l’homme a nié les fait qui lui sont reprochés : « Monsieur le président, je ne me reconnais pas dans ces faits dans la mesure où pendant la crise postélectorale, je n’ai pas posé de tels actes. J’étais le porte-parole du président sortant, Laurent Gbagbo. Et en tant que tel, ma mission consistait à mobiliser les militants et les ivoiriens. Le président Gbagbo m’a fait l’honneur de me désigner afin de le représenter en Ethiopie, au sommet de l’Union Africaine sur cette crise et dans les rencontres des différents  panels. A partir de 27 mars, il ya eu les hostilités. Le 16 avril, après l’arrestation du président Laurent Gbagbo, les assaillants étaient partout dans la ville. J’ai toute de suite pensé à préserver ma vie et celle de ma famille. C’est ainsi qu’après plusieurs coups de fils envoyés à l’ONUCI,  que je me suis retrouvé à la Pergola où je suis allé volontairement », a expliqué l’ex- porte -parole du président Laurent Gbagbo. Interpellé par le juge sur ses déclarations pendant cette période, Affi N’guessan répondra : « Oui c’est vrai, à chaque fois que les intérêts des Ivoiriens étaient menacés, je faisais des déclarations qui dénonçaient les attitudes inacceptables, issues des négociations. » Et le juge de  charger à nouveau : « N’y a-t-il pas eu crise après les résultats du Conseil constitutionnel ? » « Si, mais cela aurait pu être évité si on avait pro cédé au recomptage des voix. Néanmoins quand il y avait des combats, j’ai essayé à mon humble niveau, la médiation auprès du président Bédié et Anne Ouloto. C’était le 5 avril 2011. Toutes ces initiatives sont malheureusement restées sans suite. Mais je ne me suis pas arrêté là. J’ai aussi pris sur moi l’initiative d’appeler les autorités françaises proches d’Alain Jupé, pour voir comment on allait trouver un compromis dans la recherche des solutions. Ce sont des actes qui montrent que j’étais dans une posture de recherche de solution négociée. Je n’ai pas posé des actes pour  empêcher le gouvernement de Ouattara de fonctionner. Je n’avais aucun moyen pour le faire. Je n’ai pas non plus appelé les militants à protester contre les résultats provisoires dans la mesure où nous étions tous dans l’attente des résultats définitifs du Conseil constitutionnel » s’est défendu l’ex prisonnier de la maison d’arrêt de Bouna avant d’enfoncer le clou : « Le panel des chefs d’Etat qui était pour l’UA n’avait pas réussi à nous convaincre. J’ai marqué ma déception et j’ai tenu à l’exprimer. »  Le juge riposte alors : « Vous aviez dit dans une déclaration que Alassane Ouattara ne sera jamais président même si Gbagbo se retire. » L’accusé répond : « j’ai dit précisément que Alassane Ouattara ne peut pas être président même si Gbagbo se retire. Cela à la lecture des lois de notre Constitution. Pour dire que sur le plan juridique, ce n’est pas possible parce qu’en pareille situation, c’est le président de l’Assemblée Nationale qui prend les rênes du pouvoir. » Et le juge de relancer: « était-ce la solution pour sortir de la crise ? » L’inculpé répond : « Le but  de l’exercice n’était pas d’imposer mais négocier. Ce qui était important c’est que les deux parties se mettent ensemble pour éviter aux Ivoiriens ce qui est arrivé. Au regard de tout ça, je n’étais pas proche des foyers de violence, mais proche des décideurs nationaux et internationaux. Je n’étais pas dans une logique de refus systématique. Il fallait trouver le compromis. Par exemple à Marcoussis, bien que le compromis passait par la place de premier ministre que j’occupais et qui devait  revenir aux assaillants, j’ai accepté et signé. » Interrogé sur sa part de responsabilité dans cette crise, l’ex premier ministre déclare : « Ma responsabilité en tant que leader d’opinion a été comment faire pour abréger cette période difficile. J’ai travaillé plus dans une dynamique  de négociation soit en interne, soit avec les différents acteurs de la crise, soit avec la communauté internationale » s’invitant aux échanges, la partie civile interroge : « avez-vous partagé vos initiatives avec le président Gbagbo ? » « Non » répond l’accusé. Relancé sur les raisons qui l’ont poussé à suivre les résultats du Conseil constitutionnel, Affi dira  que : « C’est par principe de la légalité. Etant un citoyen, je me dois de me confier aux lois du pays. » Comme dernier mot, le prévenu proposera ceci : « Que nous puissions tourner la page de cette période triste. C’est ce que je souhaite fondamentalement. Que la justice de mon pays s’inscrive dans la voie de la réconciliation pour rassembler les Ivoiriens. Elle ne doit pas venger un camp au profit d’un autre… » Quant à Kuyo Téa Narcisse, l’ex -chef de cabinet du président Laurent Gbagbo, il ne dira pas autre chose « (…) Si les exactions qui me sont imputées sont vérifiées, que j’assume. Mais dans le  cas contraire, il faut que la vérité triomphe. Je voudrais dire enfin que je fais confiance à la justice de Côte d’Ivoire, même si les éléments sont truqués. » Comparaitront ce jour, Sokouri Bohui, Lohourougnon Maurice, Dacoury Tabley Henri, Sangaré Aboudrahamane et Michel Gbagbo.

PIERRE KALOU

Source: Aujourd’hui / N°830




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