Bombardement de la résidence de Gbagbo, Absence d’armes lourdes au palais, Collusion avec Ouattara, Soro et les chefs de guerre rebelles…Les confidences de Jean-Marc Simon qui vont crucifier la France

Vendredi 11 Juillet 2014 - 03:42


Jean-Marc Simon , ex-Ambassadeur de France en Côte d'Ivoire
Jean-Marc Simon , ex-Ambassadeur de France en Côte d'Ivoire
L’Ambassadeur, c’était plus une barbouze qu’un diplomate » « 13 heures et 8 minutes exactement ». Je dois cette précision chronométrique au soin qu’a pris l’Ambassadeur de France de noter ce moment historique : l’assaut brutal donné par les forces spéciales françaises à la résidence de Laurent Gbagbo. Jean-Marc Simon me livre cette indication comme preuve de sa maîtrise manœuvrière. Il faut dire qu’il avait vue imprenable sur la résidence présidentielle ivoirienne, mitoyenne de la sienne, voisine de celles du président de l’Assemblée nationale et du Nonce apostolique. L’heure de la chute de Gbagbo ne fut-elle pas, aussi, pour celui qui en fut l’ordonnateur sa consécration personnelle ? L’ambassadeur Simon, c’était plus une barbouze qu’un diplomate. A l’hôtel du Golf, se trouvaient ou venaient régulièrement des conseillers français, militaires ou politiques, les communicants français de Ouattara chargés de manipuler la presse internationale, et le grand ordonnateur de ces manœuvres, Jean-Marc Simon, ambassadeur de France. Elevé un an plus tard, pour services rendus, au rang, rare et envié, d’ambassadeur de France à vie, Jean-Marc Simon y a gagné, outre les honneurs de la République française, l’assurance d’une retraite dorée. Le zélé diplomate, qui s’était déjà illustré en Centrafrique en travaillant au renversement du président Ange-Félix Patassé au profit de François Bozizé entre 2001 et 2003, s’est vu gratifié de la reconnaissance du nouveau pouvoir ivoirien sous forme de contrats au travers de sa société « Eurafrique Stratégies » créée juste après les événements, à l’heure de sa mise à la retraite. Alassane Ouattara lui donne du « mon ami Jean- Marc » long comme le bras, en public, en toutes occasions. Le moins que l’on puisse faire pour remercier celui qui, l’oreille collée à son portable, relié en permanence à Nicolas Sarkozy à l’Elysée, à Alassane Ouattara et Guillaume Soro à Abidjan, a géré en avril 2011 la fin ultime de la bataille, au- tour de la résidence de Gbagbo. Désiré Tagro, le secrétaire général de la présidence de la République ivoirienne et ex-ministre de l’Intérieur n’est plus de ce monde pour raconter ce que le diplomate français lui a dit au téléphone juste avant que Tagro soit tué par les rebelles. D’autres ont entendu ces derniers échanges. Le conseiller de Gbagbo, à qui Jean-Marc Simon fut le dernier à parler, avait été en tout cas suffisamment rassuré par l’ambassadeur pour sortir, un drapeau blanc à la main, afin d’organiser la reddition de ceux qui étaient refugiés à la résidence. Mal lui en pris, les rebelles se saisirent de lui et lui tirèrent une balle dans la bouche, lui pulvérisant la mâchoire. Il décédera quelques heures après sa capture, à l’hôtel du Golf, siège politique et militaire de Ouattara et de ses hommes. Il y aurait été achevé. Oui Jean-Marc Simon a conduit l’assaut de la résidence assiégée de Gbagbo que l’armée rebelle ne parvenait pas à faire tomber. Il m’en a parlé avec gourmandise, comme un haut fait de sa carrière, entre verre de sancerre blanc et une bouchée de saumon au Berkeley, le restaurant tendance où il a son rond de serviette, dans le quartier des Champs-Elysées. Ancien repaire de barbouzes, paraît-il. On y croise toujours des hommes d’affaires, des « people » et de jolies femmes. « Cela a été comme une chasse à courre…une corrida. On a d’abord bien fatigué la bête, par des pressions politiques, économiques, puis militaires, pour la mise à mort… l’estocade, dit-il. Je passais mon temps au téléphone avec le com’zone Koné Zakaria, avec Guillaume Soro, avec Ouattara, et avec l’Elysée, pour diriger les opérations. » Il poursuit, ironique : « Pendant que nous les bombardions, on entendait là-dedans des salves d’Alléluias, de chants et de prières. Ils croyaient sans doute que le ciel allait venir les sauver… alors qu’il leur tombait sur la tête. » L’unanimité de l’opinion occidentale sur la légitimité de l’action contre Gbagbo, et la certitude de détenir le monopole de l’information a longtemps permis de dire tout, et surtout n’importe quoi, sans risque. A commencer par le discours solennel de Nicolas Sarkozy à Saint-Dizier affirmant la non-ingérence de la France en Côte d’Ivoire. Une affirmation étonnante. En effet, l’armée française pèse de tout son poids sur les affaires politiques de la Côte d’Ivoire depuis des dizaines d’années (le contingent de Licorne passera de 900 hommes à près du double en 2011), en- suite parce que la décision de la mobiliser contre Gbagbo est, semble-t-il, déjà prise à cette date, si l’on en croit Robert Bourgi et les sources autorisées que j’ai révélées précédemment. Les paroles des politiques ne pèsent pas : elles volent au gré du ventcomme des feuilles mortes. A Pretoria, le 28 février 2008, Sarkozy annonçait que le retrait de l’armée française du continent africain pouvait s’envisager. Deux ans après, il prépare l’assaut militaire contre les forces gouvernementales du président Gbagbo, trois ans plus tard, il lance la force Licorne à l’as- saut des positions gouverne- mentales. Invité sur l’antenne de Radio France Internationale, le 11 avril 2012, Jean-Marc Simon contredira, lui aussi, sans risque, la promesse faite dans la confidence d’un entretien privé, dans son bureau de l’ambassade, à une Française d’Abidjan. D’abord, en réponse à la question concernant le rôle de l’armée française, dans les dernières heures de la bataille d’Abidjan, il persiste dans une langue de bois diplomatique qui, à la lumière des faits, des images, et des témoignages, sonne faux : « Les blindés français ont permis aux FRCI d’avancer et de pénétrer dans la résidence de Laurent Gbagbo », dit-il. Il nie que la force Licorne soit elle-même entrée dans l’enceinte. Les images vidéo montrent que les premiers assaillants sont des soldats blancs. Probablement des forces spéciales. Sidiki Bakaba, cinéaste, metteur en scène, acteur, directeur du palais de la Culture d’Abidjan, et auteur d’un documentaire « La victoire aux mains nues » célébrant la résistance des Ivoiriens contre les agressions des rebelles, et de la France, m’a confié avoir vu des soldats français des forces spéciales tout autour de lui à l’intérieur de la résidence après l’assaut du 11 avril 2011. Sidiki Bakaba avait été blessé la veille par une roquette tirée d’un hélicoptère français tandis qu’il le filmait en train de tirer sur les défenseurs et les civils présents à la résidence. Le 11 avril, dans les décombres de la résidence il avait été battu et poignardé par les rebelles en- trés dans les lieux à la suite des commandos français. Sidiki, un grand artiste, musulman, originaire du nord comme beaucoup de ceux qui se trouvaient avec le président Gbagbo dans les derniers instants. Mais cela n’empêche pas les communicants français de Ouattara de prétendre qu’il s’agissait d’une guerre ethnique et religieuse. Comment jeter de l’huile sur le feu… Son récit est d’autant moins sujet à caution, que Sidiki doit la vie à deux soldats français qui, un peu plus tard, alors que les rebelles allaient l’égorger, se sont interposés et l’ont exfiltré à l’hôpital. « C’est pour cette raison que je n’ai jamais voulu engager de procès », dit- il. D’autres civils, arrêtés dans la résidence présidentielle, fu- rent exécutés sommairement un peu plus loin par les rebelles. « Mais est-ce que les forces pro-Gbagbo en surplomb sur la colline du Plateau n’au- raient pas pu tirer sur les blin- dés français ? » demande encore le journaliste de RFI au diplomate. « Bien sûr qu’elles auraient pu le faire. Elles ne l’ont pas fait», concède le diplomate. « La colonne a pu avancer sans difficulté. » Ce que se garde bien de dire Jean-Marc Simon est que le président Gbagbo avait donné l’ordre, pour épargner les vies humaines, de cesser tout combat depuis plusieurs jours déjà. A aucun moment les forces gouvernementales ne reçurent d’instructions pour attaquer ou contre-attaquer. A aucun moment, elles ne furent autorisées à tirer sur les soldats français et ceux de l’ONU. Leurs instructions étaient claires : protéger la population civile. « Les yeux dans les yeux, je peux vous jurer qu’une balle française ne frappera un Ivoirien, sauf bien sûr, si nous sommes attaqués », avait dit l’ambassadeur à une résidente française. C’était au mois de mars 2011, à peine un mois avant l’assaut de la résidence de Gbagbo par l’armée française, sous le prétexte de « détruire les armes lourdes qui menaçaient la population civile (…) une décision prise au plus haut niveau naturelle- ment, par Nicolas Sarkozy lui- même », confie enfin Simon à son interlocuteur. Des armes lourdes, il n’y en avait aucune à la résidence  « Il y avait des centaines de personnes, des civils, des jeunes surtout, venus se réfugier sur les pelouses de la résidence, et sur la route qui y menait, pour protéger Gbagbo. Quand j’ai été arrêté et emmené, le 11 avril, j’ai vu des centaines de corps de ces personnes étendues, mortes, tuées par les bombardements français, ou après leur arrestation, par les rebelles, après la reddition de Gbagbo », explique Sidiki Bakaba, qui vit aujourd’hui en France… On n’en connaîtra jamais le nombre. ▄

Source : Laurent Gbagbo selon François Mattéi, pour la vérité et la justice, Côte d’Ivoire : Révélations sur un scandale français
IN Aujourd’hui / N°682 du Jeudi 10 Juillet 2014




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