Bombardement de la Côte d’Ivoire et de la Libye: Théâtres d’essais et risques. Par Ahoua Don Mello

Lundi 9 Juillet 2012 - 00:33


Bombardement de la Côte d’Ivoire et de la Libye: Théâtres d’essais et risques. Par Ahoua Don Mello
La guerre de la France contre la Côte d’Ivoire et la Libye a pris une tournure particulière à partir de mars 2011 dans l'emploi massif des bombardements.
Au-delà des conséquences immédiates, il convient d’examiner les conséquences probables à moyen et long terme au regard des produits toxiques dégagés par ces explosions multiples.
En observateur direct des bombardements en Côte d’Ivoire, en me remémorant les bruits des détonations, la nature et la forme des fumées ainsi que les lumières observées lors des différents bombardements, nous sommes en droit de nous interroger sur la composition des explosifs utilisés et donc de leurs conséquences à moyen et long terme sur la population.
Que dire des conséquences à venir des bombardements en Libye ? Sans même parler de certains irakiens qui souffrent et meurent en silence, certains vétérans français et américains de la première guerre en Irak sont là pour témoigner des conséquences néfastes de ces nouvelles armes testées sur les théâtres de la guerre.


RAPPEL HISTORIQUE


Pendant la seconde guerre mondiale, les Américains ont largué pour la première fois sur le Japon (Hiroshima et Nagasaki) des bombes atomiques.
La première bombe a fait près de 70 000 morts sur le coup et les radiations toxiques dégagées ont fait près de 200 000 morts 5 ans après. Certains vivants ont été atteints de cancer suite à leur exposition aux radiations nucléaires. Ces radiations ont provoqué encore des morts au-delà de 30 km du lieu d’explosion.
La puissance meurtrière de la bombe atomique a poussé plusieurs États à se doter de ses armes modernes pour se prémunir d’une attaque nucléaire : Ainsi, après les USA en 1945, l 'URSS réussissait son premier essai en 1949, la Grande Bretagne en 1952, la France en 1960 et la Chine en 1964.
Après cette course effrénée à l'arme atomique, le monde risquait sa destruction en cas de guerre mondiale. Prenant conscience du danger, dans ce contexte de guerre froide, l’ONU adopta le Traité de Non Prolifération des armes nucléaires (TNP) en 1968 et ratifié par plusieurs États en 1970.

Ce traité avait pour objectifs :

1- l’interdiction aux États non détenteurs de la bombe atomique de s’en procurer ;
2- le désarmement de ceux qui en possèdent pour éviter les conséquences dramatiques d’une telle arme.
Ces dispositions n’ont ni empêché de nouveaux États de s’en approprier ni aux cinq (5) grands de perfectionner et d’augmenter leur puissance nucléaire comme force de dissuasion.
En 2011, la situation des armes nucléaire est la suivante : (en nombre de têtes nucléaires)
RUSSIE : 11 000 ; USA : 8500, France 300, ROYAUME UNI : 225, CHINE : réduites à 240 environ.
Ainsi des avions de guerre modernes sont armés de missiles à charge nucléaire ainsi que des navires de guerre et des sous-marins.
La France, première puissance nucléaire européenne s’est bien gardée de faire ses essais sur son sol. C’est le désert algérien et la Polynésie qui ont servi de lieu des essais.
Sous la pression des militants des ONG (Organisation Non Gouvernementale) antinucléaires, souvent au prix de leur vie ce fut le cas du bateau Rainbow Warrior (1 mort) de Green Peace coulé en pleine mer pendant qu’il allait pour manifester contre des essais nucléaires en Polynésie et pour dénoncer les effets dangereux de tels essais sur des populations qui ignorent tout du danger qui les guette. La France arrêta en 1996 ses essais et signa le traité d’interdiction complète des essais.
Néanmoins, une nouvelle génération de missiles à tête nucléaire est développée de 2000 à 2010 pour armer les avions et les navires de guerre de la France sans essai en vraie grandeur. L’acquisition et l’installation des équipements complémentaires nécessaires au super calculateur TERA-10 pour la simulation de tests en laboratoire sont reportées pour restriction budgétaire.
En 2011, la France s’engage dans deux guerres en Côte d’Ivoire et en Libye où plusieurs missiles sont lancés. Le 4 octobre 2011, le ministre français de la défense déclare devant la commission de défense de l’assemblée nationale que la France a tiré en Libye 4 621 munitions dont 1018 munitions par des missiles air-sol avec 780 armant des missiles de type GBU (Guided Bomb Unit). Or il est bien connu que certains missiles de type GBU sont souvent armés de charges nucléaires pour la destruction des bunkers.
La presse a fait aussi état d’utilisation de bombes interdites en milieu urbain comme les bombes à phosphore blanc ou des charges dangereuses comme le gaz moutarde utilisé pour rayer de la carte la ville libyenne Tawarga. Cette ville était habitée en grande majorité par des noirs.
En Côte d’Ivoire, des missiles HOT et MILAN entre autres ont été utilisés pendant la guerre de la France contre la Côte d’Ivoire avec ce que cela comporte comme intoxication de la population.
Les examens médicaux du Président Laurent GBAGBO ont fait état de dégradation de son état de santé. Quelles sont les causes ? Ya t-il un lien avec la cinquantaine de bombardements sur sa résidence en avril ? Le caractère secret de l’examen médical ne permet point de donner une réponse.
Ou sont passés les milliers de jeunes ivoiriens qui étaient devant la résidence du Président Laurent GBAGBO et qui n’ont plus jamais regagné leur domicile ?
L’augmentation curieuse de la morbidité et de la mortalité même chez les plus aisés de la société ivoirienne est-elle sans lien avec la quantité de toxicité de bombes sur Abidjan en si peu de temps ?



ANALYSE


Pour l’opinion publique, la propagande fait croire que ces tirs sont des tirs de précision et donc ne touchent que des cibles militaires. Or, tout tir balistique présente nécessairement un écart circulaire pouvant varier de 1 à 10m (des erreurs ont été reconnues par l'armée Américaine en Irak et en Afghanistan) pour des missiles supposés précis. L’on sait que depuis la fin de la deuxième guerre mondiale que la précision des tirs n’empêche pas la diffusion des particules toxiques qui tuent à petit feu plusieurs années après, même pour des populations habitant des endroits éloignés des lieux de tir.
Il convient donc d'établir les raisonnements suivants :
1- Soit les missiles tirés en Côte d’Ivoire et en Libye ne contiennent aucun produit toxique, donc, aucun dégât collatéral sur les vies humaines à court, moyen et long terme ; hypothèse peu probable au vu des types de charges utilisées.
2- Soit la communauté internationale estime qu’elle peut se cacher derrière l’ignorance des Africains pour se voiler la face.
3- Soit la France a décidé de faire de l’Afrique son champ d’expérimentation en grandeur nature (comme le désert algérien) de ses nouveaux missiles avec les conséquences que l’on sait, cela en contournant le traité d’interdiction totale des essais nucléaires.
Lorsqu’on sait que l’appétit pour les matières premières a été la cause d’extermination des autochtones d’Amérique rebaptisés « Indien » pour faire d’eux des étrangers sur leur propre sol et fut la cause de l'extermination de millions de Noirs pendant la traversée de l’océan à l’époque de l’esclavage et lors des guerres de colonisation et de décolonisation, l’on est en droit de se poser des questions sur l’agenda secret de la stratégie des bombardements tout azimut pour « installer la démocratie » à travers le monde en des lieux où la matière première est abondamment « installée ».
C’est le lieu d’interpeller le nouveau pouvoir en France pour qu’une commission parlementaire puisse mener des enquêtes pour savoir exactement la charge des bombes utilisées et évaluer leur impact à court, moyen et long terme.
En tout état de cause, une commission internationale sous l’égide de l’Union Africaine avec l’assistance technique de l’AIEA (l’Agence Internationale de l’Energie Atomique) s’impose pour déterminer la composition des explosifs utilisés pour le bombardement de la Côte d’Ivoire et de la Libye, évaluer leur impact à court, moyen et long terme sur le continent et prendre des mesures nécessaires pour préserver la vie des populations exposées de manière crapuleuse aux effets de ces bombardements dans l’ignorance totale.


DON MELLO Ahoua
.


Docteur Ingénieur des Ponts et Chaussées

.Ex Professeur de Thermodynamique et de mécanique INPHB De Yamoussoukro
.Ex DG du Bureau National d’Etude Technique et de Développement (BNETD)
Ministre de l’Équipement et d’Assainissement du Gouvernement AKE N'GBO
Membre du Bureau de la Coordination du Front Populaire Ivoirien (FPI) en exil

 
 
 
 




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