Blé Goudé, depuis La CPI «L'Histoire m'acquittera … je rentrerai chez moi». L'intégralité de sa déclaration

Hier (2 octobre 2014), le fondateur du COJEP, ex-ministre de la Jeunesse, était tout feu tout flamme à la barre de la Cour pénale internationale. Il s'est érigé en porte-parole des « vaincus de l'Histoire » qui sont aujourd'hui écrasés par les nervis du régime Ouattara.

Samedi 4 Octobre 2014 - 08:08


«Vous savez, il arrive souvent que les circonstances de la vie et le chemin du destin vous conduise au carrefour où s’entrechoquent les événements qui participent à construire l’histoire et qui font de nous, des témoins privilégiés de ce que sera le futur. C’est peut-être mon cas, Madame la juge. Je me retrouve ici, à la Cour pénale internationale, à un moment où à tort ou à raison, une certaine opinion accuse cette Cour de servir d’instrument pour des règlements de compte politiques contre des leaders africains indociles qui seraient même déjà condamnés avant d’être jugés ; ce qui mettrait à mal la crédibilité, l’impartialité, l’indépendance de cette prestigieuse institution. Vrai ou faux, madame la juge, je n’en sais absolument rien. Dans tous les cas, je suis déjà là et j’ai donc toute la latitude de me faire ma propre opinion à partir de ce que ce célèbre philosophe Edgard Morin a appelé ‘‘l’intelligence expériencée’’, c’est-à-dire à partir de ce que je vais entendre, de ce que je vais voir dans cette Cour. Mais rassurez- vous, la vérité n’ayant pas besoin d’espace pour s’exprimer, madame la présidente, c’est sans appréhension aucune, sans préjugé aucun, mais avec une confiance totale en cette Cour de justice que je me retrouve devant vous ce 2 octobre 2014 pour que soit située ma responsabilité dans la crise qui a endeuillé mon pays.


Le fait est têtu en Histoire


2 octobre 2002-2 octobre 2014. Cela fait exactement 12 ans que les Ivoiriens de toutes tendances confondues descendaient dans la rue les mains nues – même si le Procureur ne veut pas l’admettre, le fait est têtu en Histoire, c’était vraiment les mains nues – pour dire non aux armes d’une opposition armée qui semait la désolation dans des familles, laissant sur la route qui les a conduits au pouvoir, des orphelins, des veuves. Madame la présidente, c’est nous qui sommes descendus dans la rue pour dire non à ces armes en 2002. Simple coïncidence ou un signe [du temps]? Mais c’est ce 2 octobre aujourd’hui que je me retrouve devant vous pour qu’on me traite d’assassin, de génocidaire, pour que je sois jugé de crimes contre l’humanité. Madame la présidente, j’ai des précisions à faire, j’ai beaucoup de précisions à faire. Parce que cela fait plusieurs jours que je suis assis ici à écouter, ce n’est pas facile, mais il faut l’admettre, ainsi va la vie. Ma première précision est la suivante. J’ai écouté ici, le premier jour, l’Accusation dire : ‘’Blé Goudé a dit qu’il a l’éternel des Armées’’. Madame la présidente, vraiment, c’est ici à la Haye que je suis en train d’apprendre beaucoup de choses. Donc avoir l’éternel des Armées est un crime contre l’humanité ? Mais je ne savais pas ! Que fais-t-on du fameux et célèbre Psaume 23 ? ‘’L’éternel est mon berger (...) Je ne crains aucun mal’’. Ce n’est pas de moi, c’est dans un livre saint. C’est pourquoi on m’a emmené ici ? Donc tout ça pour ça ? Deuxième précision, madame la présidente, j’ai entendu le Procureur dire : « Depuis la prise du pouvoir de Gbagbo en 2000, il avait un seul projet, comment se maintenir au pouvoir par tous les moyens y compris par la force ». Non, non, non. Je suis assis ici, ce n’est pas vrai. C’est le contraire qui est vrai et je vais vous expliquer. On ne peut pas tronquer l’histoire de la Côte d’Ivoire devant moi. C’est Alassane Ouattara, qui depuis la prise de pouvoir de Gbagbo en 2000, voulait l’enlever du pouvoir par tous les moyens y compris par la force et moi j’ai les preuves de ce que je dis. Près de quatre tentatives de coup d’Etat de 2000 jusqu’à ce qu’on arrive en 2002 où Gbagbo Laurent devait être reçu par le Pape. Le Pape reçoit-il les assassins ? Madame la présidente, ce n’est donc pas vrai ce qu’on vous raconte.


Trop d'énormités ici


 J’ai voulu faire cette précision puisque dans cette Cour où j’attendais à ce qu’on me juge pour des crimes contre l’humanité, madame la présidente, on est venu faire le procès de mes rapports avec le président Gbagbo. Mais si on doit envoyer ici à la Cour tous ceux qui fréquentent Gbagbo Laurent, les cellules de la CPI ne sont pas nombreuses. Hamed Bakayoko, il fréquente Gbagbo Laurent, actuel ministre de l’intérieur d’Alassane Ouattara. Et ce n’est pas l’expert indépendant qu’on a présenté, dont je parlerai tout à l’heure, Zoro Bi Epiphane, qui dira le contraire. Guillaume Soro, actuel président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, qui a été Premier ministre de Gbagbo Laurent, qui a été Premier ministre d’Alassane Ouattara, et qui a été allaité au « sein politique » de Gbagbo Laurent, il fréquentait Gbagbo Laurent, peut-être même plus que moi. Et pourquoi il n’est pas ici ? Blé Guirao, membre de l’UDPCI, parti allié à Alassane Ouattara, fréquentait Gbagbo Laurent. Pourquoi il n’est pas ici ? Mais si je dois citer la liste, madame la présidente, de tous ceux qui fréquentent Gbagbo les cellules de la CPI ne vont pas suffire. Mais le livre qui a été trouvé, d’après eux-mêmes, à la résidence de Gbagbo, qui contient ses visiteurs, mais on va faire beaucoup de tonnes parce que ce n’est pas suffisant. Gbagbo Laurent est connu en Côte d’Ivoire comme un homme qui a la main ouverte, qui a le cœur bon. Oui, même ses opposants les plus farouches le fréquentent. J’étais là un samedi quand il recevait Alassane Ouattara. Pourquoi il n’est pas ici puisque lui aussi le fréquente ? Madame la présidente, j’ai entendu trop d’énormités ici. Et croyez-moi en tant que jeune, je suis un peu troublé par de tout ce que j’ai appris à l’école. On veut renverser tout cela en moi. Mais non, non, non, je vais garder mon calme. On m’a dit ici : « Blé Goudé a accusé M. Alassane Ouattara d’être un farceur. Blé Goudé a pris un matelas pour aller faire une grève de la faim devant l’ambassade de France ». Madame la présidente, est-ce qu’il y a une action plus pacifique qu’une grève de la faim ? Pourquoi on célèbre alors Mahatma Gandhi ? J’ai fait une grève de la faim avec un matelas. C’est pour ça on m’a emmené ici ? J’ai dit que M. Alassane Ouattara est un farceur. Mais madame, nous sommes en campagne ! Quand Nicolas Sarkozy critique les actions de François Hollande, et vice-versa, pourquoi ils ne sont pas ici ? Pendant la campagne, madame la présidente, ce qui se passe c’est qu’on critique les actions de chaque adversaire. Alors, est-ce qu’il y a un article dans le Statut de Rome qui qualifie ce fait, le fait qu’un adversaire politique traite son adversaire de farceur ? Est-ce qu’il y a un article dans le Statut de Rome qui nous convoque ici et pour lequel on doit nous punir ? Est-ce qu’il y a un article, dites-moi, qui demande qu’on condamne ceux qui prennent un matelas pour faire la grève de la faim ? Dites-moi, je veux savoir. Mon âme souffre, mon âme pleure, je veux savoir. Pourquoi vous m’avez emmené ici pour faire le procès d’une casquette noire ? « Il portait une casquette noire, ça veut dire que c’est un code ». Mais respecter la Cour pénale internationale, qui va faire le procès d’une casquette noire ? Mais un leader, par un tee-shirt, par un habillement, madame la présidente, peut attirer ses partisans. C’est pour ça on m’a emmené ici ? « Oui, il est arrivé à 19 heures 05, Mangou est arrivé à 19 heures 10, donc ils sont allés faire le « plan commun » ». C’est quoi ça ? Je regrette que madame Bensouda ne soit pas là. Avec tout le respect que je lui dois, elle qui a été ministre de la justice du président Yaya Jammeh, elle sait très bien com- ment les réceptions se font à la présidence. Dans une salle d’attente, vous pouvez trouver plusieurs personnes qui sont là à la même heure. Cela ne veut pas dire qu’ils sont venus faire un plan commun ! Même dans le bureau d’un simple maire d’une commune, vous trouvez dans la salle d’attente plusieurs personnes qui arrivent à la même heure. Mais ils ne sont pas venus pour faire un plan commun. Madame la présidente, je suis vraiment choqué, je suis vraiment ahuri. Et je n’ai pas fini.

"Montrez-moi une seule vidéo où... ‘‘

Blé Goudé a dit, il faut chercher tous les pro-Ouattara à Abidjan et dans toute la Côte d’Ivoire pour les tuer’’. Je voulais demander, madame la présidente, avec votre aide, à l’Accusation, c’est une citation ou un commentaire ? Si c’est une citation, qu’on nous dise quand, où j’ai dit cela. Si c’est un commentaire, c’est un commentaire dangereux. Parce que depuis que je suis assis ici, j’ai entendu ‘‘Blé Goudé a fait un discours de la haine’’. Dites-moi, de toutes les vidéos qui ont été présentées ici, quelle est la seule vidéo ou quel est le seul son qu’on a entendu ici où je suis en train de demander à des chrétiens d’aller tuer des musulmans, où je suis en train de demander à une ethnie d’aller tuer une autre ethnie. Je n’ai vu aucune vidéo ici. Donc, je me demande encore, pourquoi on m’a envoyé ici ? « Ce sont des commentaires qui distillent la haine ». Où sont les vidéos de la haine, je n’ai pas encore vu, où je suis en train de dire aux jeunes patriotes « allez, levez-vous, allez tuer les pro-Ouattara ». Où j’ai dit ça ? Je n’ai pas encore vu. On nous montre des photographies. ‘’Oui, il était avec Mian, il était avec Zeguen, donc ils font un plan commun. Pour tout le respect que je vous dois, c’est vrai, moi j’appelle à un meeting, des gens viennent y assister. Excusez-moi, je suis un peu poli, je ne chasse pas des gens à des meetings. Ce n’est pas une salle où on contrôle les entrées et sorties. C’est un lieu public. Vous voyez, j’ai été éduqué et je ne peux pas chasser des gens d’une salle.


« Blé Goudé est celui par qui la violence est arrivée en Côte d’Ivoire »


Madame la présidente, je voulais juste vous rappeler un petit fait, qu’on peut juger anodin, mais un fait majeur. J’étais en exil au Ghana du fait de cette crise quand il y a eu les élections législatives en Côte d’Ivoire. Le camp duquel je me réclame n’était pas du tout candidat. C’était le RDR d’Alassane Ouattara et le PDCI-RDA d’Henri Konan Bédié qui s’affrontaient aux élections législatives. C’est-à-dire deux partis alliés. Et KKB, qu’on appelle Kouadio Konan Bertin, qui est le président de la jeunesse du parti allié de Ouattara, le PDCI-RDA, est allé battre campagne pour le candidat du parti allié à Ouattara à Bonon, une localité de la Côte d’Ivoire. Madame la présidente, KKB a été passé à tabac, battu à sang. Moi j’étais en exil. Moi qu’on dit être celui qui est violent. Entre partis alliés ! Je vous demande pardon, madame la présidente, que l’on oriente les regards là où il y a la vraie violence. Qui a introduit la violence politique en Côte d’Ivoire ? C’est une question à laquelle on doit répondre. Je vous en prie, soignons la fièvre, évitons de chercher à casser le thermomètre. Réclamons les dents de la panthère à celui a consommé la tête. Madame la présidente, ce n’est pas moi qui ai envoyé la violence politique en Côte d’Ivoire.


Je ne suis pas Mandela, mais...


 Et si on me parle de Martin Lutter King ou de Nelson Mandela. On va parler de Mandela. Nelson Mandela, en 1963, comme si on était dans cette salle, il a été condamné à perpétuité, traité de terroriste, de poseur de bombes, comme l’Accusation est en train de le faire pour moi. Je ne suis pas Mandela. Je ne peux pas avoir cette prétention. Comparaison n’est pas raison mais l’histoire nous permet de mieux appréhender le présent et de mieux scruter la venue du futur. Mandela a été accusé de terroriste, de poseur de bombe. Et c’est 80 années plus tard qu’on est venu le célébrer. On lui a perdu 27 années de sa vie dans une cellule où on l’a maltraité. C’est de lui qu’on parle aujourd’hui. Et pourtant, on l’a célébré quelques années plus tard. Martin Lutter King dont on parle, on lui jetait les chiens dessus pour que les chiens le mordent, le traitant de tous les noms. Mais l’ONU le célèbre aujourd’hui. Vous allez me condamner aujourd’hui, je ne sais pas, mais un jour l’histoire m’acquittera. Je ne suis pas le criminel qu’on veut vous présenter madame la présidente. Pour vous dire madame, que pour le respect de la mémoire des victimes décédées, pour penser les meurtrissures physiques et morales des victimes blessées, pour apaiser la douleur de leurs familles, il aurait fallu, il aurait été même salutaire que la responsabilité, de tous les acteurs principaux de la crise qui a endeuillé la Côte d’Ivoire, soit située. Hélas ! Quand j’ai fini d’écouter le Procureur qui dit et je cite : ‘’Blé Goudé, par son art oratoire veut imputer la responsabilité de la crise au camp Ouattara’’. C’est clair, je n’ai plus d’illusions à me faire. Donc, quand on dit « on va poursuivre plus tard  les autres », non, on n’est pas dupe. C’est très clair. Mais les Ivoiriens, croyez-moi, ne vont pas désespérer de la Côte d’Ivoire, madame, parce qu’ils savent que qui n’a jamais été mis à l’épreuve ne sait rien de la vie.


Des ONG désormais muettes comme des carpes


 Moi, j’avais espéré que cette audience serait l’occasion rêvée pour l’Accusation de me confondre afin que se taisent les allégations, dans un silence sans gloire, pour que resti- tués dans leur contexte, les faits s’expriment, loin des campagnes médiatiques de diabolisation, planifiées mes adversaires. Loin aussi des rapports des ONG ou de certaines ONG –  ce n’est pas toutes les ONG pour ne pas toutes les accuser – dont les rapports contrastent souvent avec la vérité. Ces ONG qui aujourd’hui, subitement, sont devenues muettes comme des carpes face à la torture que sont en train de subir en ce moment les prisonniers politiques en Côte d’Ivoire. Ces ONG qui ont fermé les yeux sur les domiciles privés réquisitionnés dans lesquels on torture les Ivoiriens. Madame la présidente, j’ai en fait moi-même l’expérience. Pendant 14 mois, j’étais détenu dans une cuisine, j’étais enchaîné pendant deux semaines par ceux qui sont au pouvoir dont on parle aujourd’hui. Il pleuvait sur moi. On me frappait et pourtant on faisait croire aux Ivoiriens que j’étais traité comme au Prytanée.


Zoro Bi, un expert «indépendant» très très RDR


Madame la présidente, moi j’ignore quand prendra fin et comment prendra fin la procédure qui a été ouverte contre moi. Mais, madame, elle nous donne au moins la possibilité, le Procureur et moi, de nous trouver face-à-face, pour que nous nous parlions preuves contre preuves. Je ne parle pas de commentaires. Qu’on me sorte les vidéos où j’ai dit à des ivoiriens d’aller tuer d’autres ivoiriens. Je veux savoir. Qu’on me sorte les vidéos où j’ai dit aux chrétiens d’aller tuer les musulmans. Qu’on met sorte les vidéos où j’ai dit aux ivoiriens : ‘’chercher tous les partisans de Ouattara, allez les tuer pour que Gbagbo soit président’’. Madame la présidente, ce n’est pas vrai. Mais je comprends. Je comprends surtout madame Massida et mon conseil Me N’dry n’a pas eu tort de dire qu’elle a été induit en erreur. Parce qu’ici, à l’ouverture, on nous a présentés un expert indépendant de justice, un juriste indépendant. Madame, la Cour pénale internationale, c’est notre Cour de justice à tous. Il n’y a pas les bons et les mauvais. Il n’y a pas les gentils et les méchants. Quand on vient et qu’on dit les gens sont indépendants, il faut que cela soit prouvé parce que c’est le monde entier qui nous regarde et c’est Cour doit être respectée. Quand on prête serment pour dire qu’on est indépendant, on doit être vraiment indépendant. Suivez mon regard madame la présidente. Zoro Bi Épiphane qu’on a présenté ici comme un indépendant, madame, à un meeting ouvert du parti de Ouattara, il a montré sa carte de militant d’Alassane Ouattara. Il a même tenté d’être candidat sous la bannière du parti de Ouattara à Sinfra, sa ville. Est-ce que quand on est militant d’un parti politique, on peut-être indépendant ? Est-ce que quand on a pris la carte de militant d’un parti politique – parce que dans un parti politique, il y a ce qu’on appelle la discipline du parti, où on reçoit les ordres de son président. Madame la présidente, mais c’est à son parti que je suis opposé. Quels conseils il peut donner, parce que c’est ce qu’on appelle les personnes ressources ? Je considère que Massida ne connaît pas la Côte d’Ivoire donc quand elle arrive, elle a besoin d’une personne ressource qui peut la guider. Mais si la personne ressource elle-même a déjà un parti pris, on ne peut avoir que de tels résultats. Je voulais faire cette précision madame la présidente pour vous dire que beaucoup a été dit sur moi.


Loterie judiciaire


Et à ce stade de mon propos, moi je pose une question. Quand je finis d’écouter le Procureur, je me rends compte que mon arrivée ici est le résultat d’une loterie judiciaire. Malheureusement, le Procureur a misé sur le mauvais cheval. Et moi je me pose une question : quel monde voulons-nous bâtir ? Pour nous qui écoutons la justice, un monde où il nous faut seulement appendre à gagner sans avoir raison comme le disait Cheikh Hamidou Kane dans son célèbre roman L’aventure ambiguë ? Sommes-nous dans un monde ambigu ? Je veux savoir, madame la présidente. Or, ce qui fait la grandeur d’un peuple, madame, c’est de défendre les valeurs qui le fondent. Moi j’y ai cru hier, j’y crois encore et j’y croirai toujours. La Procureure ou le Procureur devait porter haut ces valeurs pour ne pas que les justiciables désespèrent de la justice, surtout pas de la justice internationale. Parce qu’elle a la lourde responsabilité de faire en sorte que ce monde que nous vivons ne soit pas une jungle où les plus forts qui ont les carnets d’adresse écrasent les plus faibles et transforment le tort en raison et vice- versa. Et donc madame, ces questions-là, me reviennent en tête et si j’ai bien entendu le Procureur lors de son discours d’ouverture et je cite : « Ce procès n’est pas un procès politique. Nous voulons envoyer un message fort à tous ceux qui par la voie de la force veulent conserver le pouvoir ou prendre le pouvoir par la force ». C’est ce que le Procureur a dit. Mais madame, le Procureur ne dit rien qui est différent de ce que j’ai dit pendant plus de dix ans. Madame, c’est moi qui ai dit aux rebelles, c’est moi qui ai dit aux partisans de Ouattara – qui ont érigé la violence en programme politique – qu’on n'entre pas en politique avec des armes. On entre en politique avec une trilogie : l’idéologie politique, le programme de gouvernement et un projet de société (…) C’est moi qui l’ai dit. Donc le Procureur et moi, on devrait vraiment faire un. Alors, je considère que le Procureur me poursuit à tort. Madame la présidente, je voudrais vous dire qu’il est légitime d’avoir des ambitions. Mais vouloir les réaliser sur les cendres de la vie des autres, c’est malsain et mon cœur pleure encore madame. Par ma voix, des millions d’Africains vous regardent. Je compte sur vous pour ne pas permettre à des individus de se servir de cette Cour pour réaliser des ambitions qui peuvent entacher l’image de notre Cour parce que c’est notre Cour. Moi j’ai beaucoup de respect pour cette Cour.


Expression sportive


 Des témoins triés sur le volet m’accusent, moi, d’avoir recruté des mercenaires, d’avoir distribué des armes. Comme ce témoin qui déclare et je cite : « J’ai vu Blé Goudé à la télévision, brandissant une kalachnikov mais comme il était de dos, je ne l’ai pas bien reconnu, mais c’est lui ». Je n’ai pas fini. Il y a un autre qui déclare et je cite : « J’ai vu une colonne de 4X4 – le Procureur l’a dit hier – qui est rentrée au commissariat du 16ème arrondissement. C’est Blé Goudé. Je l’ai pas vu mais comme les gens criaient : ‘’Général, Général’’, donc je dis que c’est lui ». C’est quoi ça ? Je n’ai pas encore fini madame. Au stade Jesse Jackson de Yopougon, quand nous jouons au ballon dans notre équipe de football ‘’Solidarité Club Maracana de Yopougon’’, pour célébrer un but qu’on marquait – j’étais leur meilleur buteur – on utilisait l’expression ‘’Y a rien en face c’est maïs’’. Comme la vidéo peut le montrer, c’est une expression sportive. La vidéo est publique. Je voulais qu’on montre la vidéo. Alors madame, cette vidéo, je venais de marquer un but, je criais : ‘’Y a rien en face, c’est maïs’’. Il faut qu’on montre cette vidéo, j’y tiens. Madame la présidente, sur ce terrain, il n’y avait pas de partisans de Ouattara, il n’y avait pas d’élections. On jouait au ballon et c’est comme ça. Et c’est cette expression que j’ai utilisée lors de la campagne électorale pour agrémenter l’ambiance de la campagne électorale comme pour dire que l’élection aussi peut être un jeu. Mais j’ai été surpris que le pouvoir d’Abidjan et le Procureur instrumentalisent des témoins interprétant comme ma volonté pour dire qu’excepté le président Laurent Gbagbo, il n’y a pas d’autres candidats et que pour eux, ‘’Y a rien en face’’ signifierait que nous avons prémédité ne jamais reconnaître une défaite et que ‘’c’est maïs’’ signifierait que nous allons tuer et manger les pro-Ouattara. Quelle imagination négativement fertile ! Cette interprétation, madame le juge, je la juge erronée, étriquée. Elle est le fruit, j’allais dire, d’une gymnastique judiciaire. Elle me semble partielle, parcellaire, donc partiale.


Déclarations calomnieuses et ridicules


Madame la présidente, je vous ai cité trois déclarations. Voilà les déclarations, aussi calomnieuses que ridicules sur lesquelles se base l’Accusation pour me traiter de chef milicien. Mais je pose une question : l’Accusation cherche-t-elle vraiment les miliciens et leurs chefs ? Mais ils ne se sont jamais cachés à Abidjan et leurs chefs se sont toujours réclamés comme tels par presse interposée et c’est public. Madame la présidente, à y voir de près dans cette histoire, la seule difficulté, c’est que le Procureur cherche à fabriquer des miliciens, disons plutôt qu’elle cherche forcément à faire de moi, ce qu’elle aurait souhaité que je sois. Ce que je ne suis pas et que je ne serai jamais. Alors, pourquoi refuse-t-elle de réclamer les dents de la panthère à celui qui a consommé la tête ? Pourquoi ? Parce que moi Blé Goudé, de l’université d’Abidjan à l’université de Manchester, je n’ai jamais fréquenté une seule faculté où on enseigne les gens à devenir milicien. J’ai été formé par mes maîtres – que je remercie ici – pour devenir consultant en communication poli- tique. C’est ce que je suis. Et depuis que je suis au lycée, j’ai décidé de faire la politique – pas pour tuer des gens – mais je prendrai tout mon temps. Alors, madame la présidente, il serait indiqué de demander à la Procureur de chercher les miliciens ailleurs. Ils sont à Abidjan. Vous savez ce que ça me rappelle cette histoire, madame la présidente ? En 1988, mon pays a joué contre le Maroc et on avait un joueur qui marquait beaucoup de buts, il s’appelait Guédégba Ignace. Le défenseur a fait une faute dans la défense. On a vu l’arbitre traverser tout le stade avec un carton rouge pour aller trouver Guédégba là-bas à l’attaque pour lui donner le carton rouge alors qu’il n’a rien à avoir avec la faute. Mais c’est ça que nous sommes. Il y a des gens qui disent qu’ils sont chefs les miliciens, que Blé Goudé n’est pas leur leader. Et le Procureur dit « non, ce n’est pas vrai, c’est Blé Goudé ». Mais pourquoi ? Pourquoi veut-elle faire forcément de moi ce que je ne suis pas ? Pourquoi elle m’a envoyé ici ? Pourquoi ? Madame la présidente, je voudrais en tout cas vous dire, qu’on passe ou qu’on veut passer par des voies peu orthodoxes pour me tailler une stature ou m’attribuer une casquette qui est aux antipodes de la philosophie qui a fondé mon entrée en politique. Est-ce qu’on peut me citer une seule vidéo où lors de mes meetings il y a eu des morts, où lors de mes meetings j’ai lâché mes chiens méchants vers les autres. Jamais. Je me suis toujours interposé pour rapprocher les Ivoiriens, madame. Je n’ai fait que ce travail. L’histoire de mon pays est trop récente, madame la présidente. Et ceux qui tentent de la falsifier en lui tordant le cou se livre à un exercice au succès peu probable.


« Je ne veux pas être la honte de ma génération »


 Madame la présidente, comme je ne veux pas être la honte de ma génération et que je refuse qu’on me jette dans la poubelle de l’histoire, je voudrais apporter un peu de fraicheur à la mémoire collective que tente d’effacer ceux que j’appelle « les contrebandiers des faits » parce que c’est comme ça qu’on doit les appeler et je voudrais qu’on m’écoute avec l’attention qui sied, puisque c’est la seule occasion pour que je puisse au moins me défendre. La crise ivoirienne, madame la présidente, a opposé deux camps. Le camp de ceux qui ont pris les armes pour déstabiliser les institutions de la république pour des raisons qu’ils expliqueront certainement le jour où il plaira au Bureau du Procureur de les convoquer devant cette Cour, je l’espère. Et puis de l’autre côté, les forces de défense et de sécurité qui sont restées loyalistes à la république. Voilà les deux forces belligérantes. Moi, j’étais à Manchester, très loin, à des milliers de km. Et il y a eu la population civile qui est descendue dans la rue les mains nues pour dire non aux armes. Madame la présidente, c’est de cette 3ème tendance que moi je me réclame et ce choix de la non-violence avec des manifestations aux mains nues, je l’ai librement choisi. Non par stratégie, non par faiblesse mais par principe et par culture démocratique. Parce que je reste convaincu, madame la présidente, que les armes et la guerre sont les ennemis de la paix dans le monde. Je considère la rébellion armée comme la pire des expressions. C’est pourquoi, fidèle à ma philosophie politique pacifiste, connue de tous les ivoiriens sauf le Procureur, je n’ai jamais possédé d’arme ni à titre individuel ni à titre collectif. Alors, madame, par quelle alchimie pourrais-je réussir à distribuer ce que je ne possède pas ? Par quelle alchimie ? Jamais, je n’ai distribué d’armes à des citoyens pour aller tuer des citoyens. Madame, souventes fois, il y a des gens qui me traitaient de faiblard qui a peur de la guerre : ‘’Blé Goudé a peur de la guerre’’. Je leur ai souvent dit oui, je n’ai pas honte de dire que j’ai peur de la guerre. Parce que la guerre fait peur. La guerre détruit des familles. Je leur ai dit je préfère être faible parmi des êtres vivants que d’être fort parmi des corps sans vie ; c’est ce que j’ai souvent dit. Madame la présidente, convaincre et non vaincre, tel est mon crédo. C’est pourquoi je partais dormir derrière les rebelles pour les convaincre de venir on va se réconcilier. C’est ce que j’ai fait et on se moquait de moi. On m’appelait l’ami des rebelles. Mais je le faisais pour mon pays, madame la présidente, pas pour que Gbagbo reste au pouvoir. Je le faisais pour ma génération, pour mon pays, c’est ce que j’ai fait madame.


«J'ai rendu visite à tous les imams»


 Pour moi, qu’on l’appelle Dieu, qu’on l’ap- pelle Jéhovah, qu’on l’appelle Gnamien Kpli, qu’on l’appelle Klôtchôlô, qu’on l’appelle Lagô, pour moi, nous prions tous le même Dieu. C’est pourquoi, madame la présidente, ouvert et tolérant de par ma culture, j’ai tou- jours tenu à rendre visite à tous les imams et à tous les chrétiens dans toutes mes tournées politiques. J’ai même souvent réhabilité des mosquées dans lesquelles j’ai souvent fait des dons. Ça, le Procureur ne l’a pas vu. Madame la présidente, dans ma maison, sous mon toit, je vivais avec une Burkinabé puisqu’on dit je suis contre les burkinabés. Il ne suffit pas de le dire. Il faut l’appliquer, il faut le prouver. Je vivais avec une Burkinabé dans ma maison. Elle n’était pas ma servante, elle n’était pas à mon service. Je la prenais comme ma petite sœur. Pour le respect que je lui dois je ne vais pas dire ici ce que j’ai fais pour elle  mais vraiment sa famille et moi on est content. Et dans ma vie de tous les jours, je suis avec ceux que le Procureur appelle « les musulmans du nord ». Mais qui est donc ce Monsieur qui est contre les musulmans, qui est contre les étrangers, et qui vit avec eux et qui est avec eux dans sa maison et qui les a dans sa vie ?


« J'ai pris des risques énormes »


Madame la présidente, vous voyez, on m’accuse d’avoir incendié les lieux de culte des musulmans ; ce n’est pas vrai. Et je voulais vous le rappeler, pour la paix dans mon pays, j’ai pris beaucoup de coups. Chaque fois, et je parle sous le regard des Ivoiriens, chaque fois que le processus de paix a pris du plomb dans l’aile, madame, j’ai fais ce que j’ai pu. Je n’ai peut-être pas fait ce qu’on espérait de moi, mais je ne suis pas Dieu. J'ai fait ce que j’ai pu madame. Des pris des risque énormes jusqu’à aller dormir à Bouaké où personne ne pouvait aller parce que je voulais rassurer les Ivoiriens qu’on pouvait encore se parler. Je voulais convaincre l’adversaire qu’on pouvait encore défendre ce qu’on a en commun, c’est-à-dire la Côte d’Ivoire. Mais madame, j’ai sacrifié ma jeunesse pour mon pays. J’ai sacrifié ma vie pour mon pays. Mes enfants n’ont pas pleinement bénéficié de l’amour que j’aurais voulu leur donner mais j’espère qu’ils me comprendront un jour parce que je veux leur léguer des valeurs. C’est pour eux et les enfants de leur âge que je me bats pour que demain, ils puissent vivre dans un monde meilleur. Un monde où on ne transforme pas la raison en tort, ou le tort à raison. C’est pourquoi je me bats. Même mes proches, jusqu’aujourd’hui, les personnes qui m’aiment et que j’aime, continuent de souffrir des conséquences de mon engagement. Ce pouvoir les traque. Les gens habitent toujours dans leurs maisons, les gens leur ont arraché leurs forêts. Mon village a été incendié. Ça aussi, le Procureur ne l’a pas vu. Mon père est mort pendant cette crise. Je n’ai pas eu la chance, hélas, de l’accompagner à sa dernière demeure (…) Ceux avec qui je croyais parler de paix et qui sont aujourd’hui au pouvoir préparaient la guerre en cachette. Je ne savais pas. Moi j’étais de bonne foi. Madame la présidente, ils avaient érigé la violence en programme politique parce qu’ils voulaient le pouvoir à tous les prix.


« J'ai les mains pures... »


 Pour vous dire madame la présidente que les gens cherchent forcément à faire de moi ce que je ne suis pas. Mais ironie du sort dans tout cela, c’est moi. Concepteur de « la victoire par la résistance aux mains nues ». Donc je n’ai pas incité des gens à aller tuer des burkinabés, ce n’est pas vrai. Madame la présidente, au terme de mes précisions que je vais finir bientôt, vous comprendrez aisément que les allégations contre moi résistent peu à la rigueur du droit. Alors, je trouve injuste qu’on veuille faire supporter à mes frêles épaules, toute la lourde responsabilité de la crise qui a endeuillé mon pays. (…) J’ai les mains pures madame la présidente. Mon crime, s’il devait en exister un, c’est d’avoir crié pendant plus de dix ans qu’il est immoral de vouloir accéder au pouvoir par la voie des armes. C’est pourquoi, tout à l’heure madame la présidente, je demandais à l’Accusation d’orienter ses enquêtes ailleurs et d’inscrire mon nom sur la liste des victimes de cette guerre. Oui madame, je suis une victime sinon je ne serais pas ici, quoi que puisse en dire mes détracteurs. ‘’Il a l’art oratoire’’. C’est un défaut ? Il y a des gens qui vont même à l’école pour apprendre l’art oratoire (…). ‘’Il est charismatique’’.  C’est pas un défaut, c’est ce même charisme que j’ai utilisé pour faire la caravane de la paix. Madame la présidente, je suis allé dans les mosquées, dans les églises, j’ai rassuré les Ivoiriens. Je suis allé prendre les rebelles à Bouaké pour les ramener à Abidjan. Pourquoi le Procureur n’en parle pas ? Elle vous a présenté trois vidéo, madame. Ils ont fait exprès pour extraire des parties. Première vidéo qu’ils vous ont présentée, je vous cite la pièce de la vidéo madame la présidente, CIV-ODP0047-0604, qu’on vous a présentée tout à l’heure où j’étais en chemise rayée, où je disais « continuez de résister ». Mais ce que le Procureur n’a pas montré, c’est que dans cette vidéo je disais et je cite « restez et priez dans vos maisons, dans vos quartiers, partout où vous êtes, fléchir les genoux est un devoir pour nous pour remercier Dieu, pour le glorifier, pour l’appeler au secours parce que nous les victimes on nous fait passer pour les bourreaux ». Quelqu’un qui a distribué des armes, en pleine guerre, il ne demande pas à ses partisans d’aller prier. Il leur dit plutôt prenez les armes pour aller vous battre. Mais voilà Blé Goudé, qui demande à ses partisans de fléchir genoux et de prier. Mais pourquoi le Procureur ne dit pas ça ? Je ne trouve pas ça honnête, excusez-moi. Deuxièmement madame la présidente, elle vous a présenté une autre vidéo où je disais : ‘’nous allons vous lancer le mot d’ordre bientôt, nous sortons d’une réunion’’. Mais juste avant ça, ce qu’elle n’a pas dit, c’est que j’ai dit : ‘’évitons le piège de la guerre civile’’. Pourquoi vous n’avez pas dit ça ? C’est dans la vidéo, parce que vous voulez me faire passer pour un criminel. Madame la présidente, j’ai mal. Je vous le dis sincère- ment, c’est pas de la manipulation comme on veut le faire croire mais j’ai mal. J’ai tellement mal que je voudrais encore vous dire que le Procureur a dit : « Blé Goudé a dit « vous êtes devant, ne regardez pas derrière » ». Cela a été dit. Donc cela veut dire « ne vous occupez pas des crimes passés ». Ce n’est pas vrai madame. Nous étions à un rassemblement où les gens étaient nombreux. Donc j’ai voulu dire aux jeunes qui étaient là, « vous êtes tellement nombreux, vous ne voyez pas derrière. C’est parce que vous ne pouvez pas voir derrière sinon nous sommes très nombreux ». A Abidjan, on dit « a connait pas a demandé ». Demandez moi, je vais vous expliquer. Pourquoi vous vous compliquez la tâche comme ça ? (...) Madame, moi je suis un homme convaincu de la force motrice de la mobilisation des masses et des vertus de la non violence. Pour moi, madame, celui qui accorde le par- don se débarrasse du fardeau encombrant de la haine. Je l’ai toujours dit. Je peux le dire avec force, peut-être avec des gestes forts ; c’est ma nature. Cela ne veut pas dire que je suis violent. Ce que je dis, je le dis avec mon cœur, je le dis avec mes gestes, je le dis avec tout mon corps, peut-être que c’est ça qui est la différence. Mais je ne suis pas le seul leader qui parle ainsi parce que je regarde la télévision, je vois comment les leaders aussi font les gestes. (…) C’est le fondement de ma philosophie, aller vers l’adversaire, la tolérance politique, la culture de la tolérance, la générosité politique (…) Madame, j’ai fait campagne pour qu’on accepte les rebelles. Des gens m’insultaient pour ça mais je l’ai accepté. Je voulais vraiment vous le dire (…) On peut me condamner mais moi je continuerai toujours de dire aux gens qu’on n’entre pas en politique avec les armes, qu’on n’entre pas en politique avec les fusils. On entre en politique avec des idées, avec un projet de société : c’est ce qui est vrai. Alors madame, moi je voudrais vous dire que la prison, c’est certes dure, ça peut même durer, mais ça ne dure pas éternellement. Abraham Lincoln n’a pas eu tord quand il disait pour une cause noble, on ne perd jamais son temps en prenant pour son temps. Il disait ainsi aux partisans de la vitesse que la vie ne se résume pas aux aiguilles d’une montre mais plutôt à la qualité de nos actes (…). Je veux dire mes adversaires ont la montre moi j’ai le temps. Et comme je refuse d’être la honte de ma génération madame, tout ce que je viens de vous dire, pour la non violence, pour la vérité, pour le dialogue, pour la paix, je porterai ma croix avec dignité et honneur. Et mon père Blé Gnépo Marcel à qui je rends hommage ici, que je n’ai pas eu la chance de l’accompagner à sa dernière demeure, m’avait dit : « mon fils, un fruit bien mûr ne pourrit jamais en l’air. Tiens bon, il fini toujours par tomber ». Pour dire qu’on peut peut-être me condamner aujourd’hui mais un jour l’histoire finira par m’acquitter. Madame le juge, non, je ne suis pas un anti- français, non, je ne suis pas chef de milice, non, je ne suis pas le présumé assassin des ressortissants du nord et des musulmans de mon pays. Non, je ne suis pas un partisan de la violence. Madame, non je ne suis pas un génocidaire. Madame, je souhaite une seule chose : que le droit nous départage et qu’on empêche que la politique entre ici dans cette Cour pour ne pas que le droit sorte par la fenêtre. Madame, un jour, je suis convaincu qu’il fera jour, que je rentrerai chez moi. Que Dieu bénisse l’Afrique et apporte la paix en Côte d’Ivoire et partout dans le monde. Je fais confiance à la justice internationale. Je vous remercie.


Retranscrit par Anderson Diédri



Source: Le Nouveau Courrier N°1123 Du Vendredi 3 Octobre 2014




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