Blaise Pascal Logbo: "Il faut tourner le dos à cette race de politiques devenus la boîte de Pandore des ivoiriens"

Le président du Nouveau parti pour le Rassemblement (NPR), Blaise Pascal Logbo, a accordé une interview au quotidien Le Temps dans sa parution du samedi 21 février 2015. Sans ambages, le président du NPR aborde les questions brûlantes de l'actualité politique ivoirienne. Nous publions l'intégralité de cette interview pour nos lecteurs.

Lundi 23 Février 2015 - 01:34


Blaise Pascal Logbo, président du NPR
Blaise Pascal Logbo, président du NPR

Le Temps : Comment analysez vous la démission du Président du conseil constitutionnel, le Pr Francis WODIE ?


 BPL : mission du Président du Conseil constitutionnel, Francis WODIE, est une décision empreinte de sagesse. C’est pour nous la perception d’un lendemain houleux qui se profile en cas de modification de la Constitution. Une équation se posait à lui : devait-il être celui par qui passerait le non respect ou la modification de la Constitution, avec le risque d’embrasement , à l’instar de ce qui s’est passé au Burkina Faso, ou devait-il éviter de ternir son image en cautionnant une imposture ? La raison et le bon sens l’ont emporté nous pensons. Sa démission reste pour nous le signe manifeste d'une rupture de vision entre lui et Alassane Ouattara au sujet de la prochaine présidentielle.

 

LT : Après sa démission, c'est un silence radio au niveau de WODIE …
 

 BPL : WODIE est au vu de sa fonction et du rôle éminemment politique que cela présuppose, soumis à un devoir de réserve. Mais au-delà de ce fait, il peut avoir choisi de garder le silence pour des raisons personnels de sécurité. Car ne l'oublions pas, nous sommes en politique, un espace dans lequel certaines déclarations, certains aveux peuvent être malheureusement risqués. Nous pensons que quoi qu'il en soit, tôt ou tard, Wodié finira par parler...
 

LT : Nous sommes en 2015, les élections générales approchent. OUATTARA se dit déjà candidat et bat campagne. Serait-il encore éligible aujourd'hui ?


 BPL : OUATTARA, ne doit pas l’oublier. Il fut candidat grâce à une disposition exceptionnelle, en période exceptionnelle : la mise en œuvre de l’article 48 de la Constitution suite aux accords de Pretoria. Le fonctionnement régulier des institutions n’est pas menacé. Nous devons pour cela nous évertuer à appliquer strictement la Constitution. Pour ce qui nous concerne, il ne peut être Candidat. En acceptant d'être candidat exceptionnel à la présidentielle de 2010 par la décision du président Gbagbo et non sur le fondement de l'article 35 de la Constitution, Ouattara reconnaissait implicitement qu'il était inéligible selon les dispositions de cet article 35. Pourquoi veut-il être encore candidat alors que la décision d'exception dont il a bénéficié n'est plus d'actualité ? Ce que nous disons résulte naturellement des dispositions juridiques qui encadrent les élections présidentielles. S'il s'obstine à être candidat avec la complicité d'un Conseil constitutionnel acquis à sa cause, nous pensons que les ivoiriens sauront réagir pour faire respecter la Constitution. Cet épisode, s’il se produisait, serait pour tous ceux qui nous observent l'occasion de jauger de la capacité et de la maturité politique de la Côte d’ivoire.


LT : Bien avant sa démission, vous avez interpellé WODIE sur l'article 35 par un courrier …

 

 BPL : Bien évidemment, nous l’avons interpellé, afin qu’il ne se compromette pas, et dise ce qu’est véritablement le droit en pareille circonstance. Nous avons jugé nécessaire de le faire parce que nous tenons fermement au respect de la Constitution et au règne du droit dans notre pays. La bonne marche de la démocratie et la paix sociale en dépendent.


LT : Est-ce que vous avez reçu une réponse de sa part ?


 BPL : Nous pensons qu’il nous a entendus et compris. Nous pensons qu'il nous a répondu d'une certaine façon à travers son acte de démission. Notre requête était fondée sur le sens de sa responsabilité d’une part. D’autre part en tant que gardien de notre norme fondamentale, il lui appartenait de ne pas la bafouer, ni la piétiner. Comme disait l’ex-Premier ministre français Edouard BALLADUR, en son temps au sujet du Conseil constitutionnel, « il appartient à vous qui êtes le pouvoir constituant, de dire ce qu’est le droit ».

 

LT : Pour certaines personnes, l'horizon est sombre …


 BPL : Nous le pensons sincèrement. L'horizon est sombre, parce que la politique a perdu ses lettres de noblesse dans notre pays. Nous sommes en Côte d'Ivoire dans un univers désenchanté, où la démocratie, la justice, les libertés et les droits de l'homme ne cessent de prendre du recul jour à après jour. C’est pourquoi, nous demandons à cette race de politiques aveuglés par l’égoïsme et les intérêts personnels, guidée par la gloire et le prestige, de faire preuve de sagesse et de retenue. On ne gouverne pas un peuple contre sa volonté. L’ère des coups de force est pour nous révolue. Ceux qui, depuis plus de deux décennies, endeuillent la Côte d’ivoire doivent laisser la place à une classe politique nouvelle : celle qui n’est ni souillée, ni compromise, et qui n’a pas les mains tachées de sang d’innocents citoyens, citoyens qui n’aspirent qu’à vivre librement.

 

LT : Que faut-il faire pour éviter cette situation ?

 

BPL : Ceux qui ont fait de la quête des intérêts personnels leur cheval de bataille doivent faire preuve de retenue et de sagesse. Qu’ils se retirent pour permettre à des hommes politiques nouveaux de faire de la politique et conduire le destin des ivoiriens. Le peuple de Côte d’ivoire, ne doit pas être leur otage, ni prisonnier de leur quête aveugle de gloire meurtrière et de gloriole. Mais il faut aussi que les ivoiriens prennent leur responsabilité historique en tournant définitivement le dos à cette race de politiques devenus pour eux une véritable boîte de Pandore.


LT : Est ce qu'on ne va pas vers le syndrome burkinabé ?

 

BPL : Comme nous l’avons souligné, il y a des signes qui ne trompent pas. Nous ne sommes à l’abri de rien. Nous pouvons même connaître des choses plus odieuses et catastrophiques que ce que le BURKINA a connu. C’est pourquoi, nous appelons, ceux qui, aujourd’hui ne peuvent briguer la magistrature suprême, tel que OUATTARA et BEDIE, à faire preuve de retenue. Le NPR en appelle à leur sagesse.

 

LT : Pensez vous que Koné Mamadou peut-il dire le droit ?

 

 BPL : Koné Mamadou est un militant du RDR, un proche d'Alassane Ouattara et de Soro Guillaume. Sa position politique nous fait bien douter de sa sincérité et de sa capacité à dire impartialement le droit. Cela n'empêche que, pour ce qui nous concerne, KONE Mamadou doit dire le droit. C'est un impératif. Qu’il ne laisse pas croire qu’il est en mission. Le NPR l’interpellera bientôt sur cette question.


 L.T : Selon certaines personnes, WODIE aurait dû continuer à violer la constitution. Puisque sa nomination est une violation de la loi.


 BPL : Certes sa nomination est une violation de la loi, mais sa seconde la violation de la Constitution aurait été un déni de démocratie, véritable parjure, sorte de double peine pour tous les démocrates. Ce dont nous n’avons pas besoin. Cela aurait été pernicieux et cyniquement dommageable. Ne l'oublions pas, Wodié est fondamentalement un homme de gauche. Dans certaines circonstances, il a peut-être pu ruser avec des valeurs de gauche ou trahir ses propres convictions idéologiques. Mais il y a toujours un temps pour se ressaisir et pour réaffirmer vigoureusement ces valeurs, ses convictions idéologiques.

 

Interview réalisée par Y.G

 

Source : Le Temps du samedi 21 février 2015





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