Bizarreries d’une démocratie!

Mardi 17 Septembre 2013 - 01:12


Ouattara et son Chef d'état major des armées
Ouattara et son Chef d'état major des armées
Combien sommes-nous à croire que la Côte d’Ivoire du régime des «  rattrapeurs  » est un Etat démocratique depuis le 11 Avril 2011  ? En vérité, nous ne pensons pas être nombreux à adhérer à l’idée que l’avalanche des bombes franco-onusiennes a engendré une démocratie chez nous. Certes l’on enregistre des intellectuels (philosophes, historiens, juristes, écrivains, journalistes etc.) qui partagent la thèse du régime, mais ils n’ont pas encore réussi à démontrer, exemples à l’appui, qu’ils sont dans le vrai. Les arguments qu’ils avancent, dans bien des cas, oscillent entre le ridicule et la mauvaise compréhension des règles démocratiques. Ils nous parlent d’un pouvoir légal et légitime alors que nul n’est censé ignoré que ni la légalité, ni la légitimité ne s’octroient par la violation des règles qui encadrent l’accession au pouvoir d’état ainsi que son exercice. Il en est de même pour la représentation nationale dont on sait qu’elle est le fruit d’un «  désert électoral  » provoqué par une prise en otage bien huilée du processus électoral par un pouvoir qui refuse la saine compétition électorale (ses alliés politiques en savent quelque chose). A cela, s’ajoute le fait que les défenseurs de la démocratie du 11 Avril 2011, trouvent légale l’arrestation arbitraire, la détention, la torture de plus de 700 ivoiriens qui ont eu le tort d’être des partisans du Président Laurent Gbagbo. Le seul effort intellectuel qu’ils ne s’hasardent pas à faire, est d’affirmer haut et fort que la démocratie rime avec l’assassinat des principes qui en constituent la sève: le respect des droits de l’homme, la soumission de l’Etat au droit. Voici des principes tellement bien violés chez nous que le rire s’invite dans nos salons dès lors qu’on entend ou qu’on lit les défenseurs acharnés de la démocratie du 11 Avril 2011.
Depuis la libération de 12 prisonniers pro-Gbagbo, ces défenseurs de la démocratie du 11 Avril 2011 persistent à soutenir que la démocratie est bien implantée dans notre pays. On leur demanderait si le fait de libérer des prisonniers politiques sur ordre du chef de l’exécutif suite à une montagne de pressions devenues insupportables, élève le pays au grade d’Etat démocratique  ? Certains répondraient hâtivement par l’affirmative. Mais lorsqu’on regarde de près, on se rend bien compte que quelques bizarreries entament l’honneur de la démocratie des bombes. En effet, ils n’ont pas renoncé à leur volonté de contrôler les pensées des ivoiriens. Il leur faut par tous les moyens créer une adhésion à leur pourvoir en imposant une ligne de conduite à ceux qui ne pensent pas comme eux. C’est pourquoi, le pouvoir a mis en ordre de bataille des personnes dont la mission essentielle est de remettre en question la libération des prisonniers politiques et la liberté de ces derniers à aborder les thèmes qu’ils jugent utiles. Au nombre de ceux-ci, le journaliste Benoit Hili. Il posait la question suivante  :  «  Faut-il arrêter à nouveau Affi et ses compagnons  ?  » (Le Nouveau Réveil, 14 et 15 Septembre 2013). Ce journaliste résumait parfaitement les interventions de Joël N’Guessan, porte-parole principal du Rdr  :  «  votre liberté n’est que provisoire  », Dély Mamadou, Président du groupe parlementaire Udpci  : «  les griots de l’intoxication ont été mis en liberté  » (La Matinale, 14 et 15 Septembre 2013), Me Franck Kouyaté, juriste pro-Ouattara pour qui le chef du FPI gagnerait à «  mettre balle à terre  » (L’Inter, 14 et 15 Septembre 2013). Pour ces défenseurs de la démocratie du 11 Avril 2011, les sorties du Président du FPI ne sont pas les bienvenues. Que veulent-ils en substance  ? Que le Président Pascal Affi N’Guessan travestisse les faits, se range du côté du pouvoir en évitant de débattre des questions qui dérangent. Il s’agit en l’espèce de la légitimité du pouvoir Ouattara et des institutions, du complot international contre Laurent Gbagbo, du rôle joué par Sarkozy et ses forces militaires dans la chute de Laurent Gbagbo et l’intronisation de Ouattara, de l’incompétence des démocrates du 11 Avril 2011. En un mot,  il s’agit pour les responsables du FPI de vivre leur liberté comme s’ils étaient encore en prison. Ce qui nous ramènerait sous la tente du parti unique. Pour justifier leur choix, Ils affirment que le contexte politique n’autorise pas à débattre des questions essentielles évoquées ci-dessus. Autrement dit, il appartient à l’Etat d’imposer à Affi N’Guessan et ses compagnons des feuilles de route selon les réalités du moment. L’un des défenseurs du pouvoir, le journaliste Bénoit Hili, s’inquiète même de «  la tolérance du gouvernement face à des  empêcheurs de gouverner  ». Le pouvoir doit tendre la verge à défaut de reconduire Affi et ses camarades en prison, semble-t-il dire. Les curieux défenseurs de la démocratie ne savent pas qu’ils détruisent, la thèse qu’ils défendent. Car, comment se targuer d’être démocrates alors qu’on impose à l’opposition les sujets sur lesquels elle doit se prononcer  ? Quelle est la règle en démocratie qui invite un pouvoir, à sectionner la langue d’un opposant lorsque celui-ci lance le débat sur la légitimité du pouvoir, l’incompétence des gouvernants, l’Etat de droit  ? Est-ce son statut pénal  ? Au demeurant, ce statut évoqué à satiété, ne saurait être présenté comme un épouvantail d’autant qu’il n’est fondé que sur des motifs exclusivement politiques.
En démocratie, l’on débat de toutes les questions qui rythment la vie de la nation. Le pouvoir qui pense être ciblé par les critiques de l’opposition, devrait, par le biais de ses communicants, détricoter les critiques qui lui sont faites. Par ailleurs, le pouvoir peut également riposter face aux critiques de l’opposition. Dans ce cas, il n’appartiendra pas à cette opposition de prendre les armes, mais plutôt de démontrer que les thèses du pouvoir sont fausses. C’est ce jeu qui devrait être de mise dans une démocratie et non des velléités d’embrigadement de l’opposition. Malheureusement chez nous, l’embrigadement est la règle. Cette bizarrerie constatée dans un Etat dit démocratique atteste de ce que les démocrates du 11 Avril 2011 n’ont jamais été ce qu’ils prétendent être. D’ailleurs, tout indique qu’ils ne le seront jamais. Ils semblent visiblement être atteints par les critiques des responsables du FPI. Mais ont-ils autre choix que de libérer le jeu démocratique  ? Assurément non. Le contexte a considérablement évolué et les amis d’hier, même s’ils tardent à prendre position publiquement, supportent difficilement les bizarreries que recèle la démocratie du 11 Avril 2011.
Les nouveaux censeurs qui hier, étaient engoncés dans un silence complice lorsque certains affirmaient qu’ils rendraient ce pays ingouvernable, devraient savoir qu’ils vivront désormais avec des responsables du FPI plus que jamais déterminés à faire barrage à l’imposture. Notre pays a besoin de la démocratie au sens plein du terme et non d’une démocratie grevée de bizarreries.

Alain Bouikalo

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 




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