Billy Billy attaque le régime «Il y a trop de légèretés, du copinage, de la complaisance»

Le Coq de Wassakara a encore chanté. Plus mordant et plus incisif que jamais, Billy Billy crache ses vérités sans porter de gants. Quelques semaines avant la sortie de son prochain album, l’artiste a choisi Urbanpress.ci pour donner son point de vue sur l’actualité et la situation sociopolitique de la Côte d’Ivoire

Lundi 29 Juillet 2013 - 05:57


Billy Billy attaque le régime «Il y a trop de légèretés, du copinage, de la complaisance»
Tu prépares actuellement ton prochain album, après ton maxi-single qui est actuellement sur le marché. Quelle sera la coloration de cet album ?


 C’est du Billy Billy, pur et dur. Tous ceux qui connaissent mes œuvres ne seront pas déçus. C’est l’actualité qui est retracée avec beaucoup de pertinence, dans la satire et l’humour. Le titre phare c’est "Compte rendu", dans lequel je donne mon point de vu sur la crise ivoirienne. Puisqu’à ce jour, je n’ai pas encore dit mon mot sur cette crise. J’ai fait une chanson dans laquelle je fais le bilan. Une autre dans laquelle j’ai voulu montrer aux Ivoiriens ce qu’ils ont fait de la Côte d’Ivoire. Je leur montre la Côte d’Ivoire passée, je leur montre la Côte d’Ivoire présente et j’ai envie de leur montrer la Côte d’Ivoire future, tout ça dans une chanson. Nous avons quatre Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire au temps d’Houphouët, la Côte d’Ivoire au temps de Bédié, la Côte d’Ivoire au temps de Laurent Gbagbo en passant par Gueï, et celle d’Alassane Ouattara. Que chacun choisisse sa Côte d’Ivoire !


La crise date de 2011 et la Côte d’Ivoire est résolument engagée dans un processus de réconciliation et de paix. N’as-tu pas l’impression de remuer le couteau dans la plaie avec cette chanson ?


 Ce n’est pas ce qu’on appelle "remuer le couteau dans la plaie". En Afrique, on a l’impression que parce qu’il n’y a pas de coups de feu, on est en paix. On est certes dans un processus de réconciliation, mais aujourd’hui la Côte d’Ivoire est victime d’une véritable déchirure. Ce qui est arrivé, la Côte d’Ivoire ne le méritait pas. Et pendant que ça ne tire pas, je pense que c’est le moment de parler à cette jeunesse. Il faut qu’on parle à la population de Côte d’Ivoire. Ce pays où quand on voyait les militaires dans les rues, on était effrayé ; cette Côte d’Ivoire où toutes les ethnies et les communautés de la sous-région vivaient bien, ensemble. Mais aujourd’hui, malgré la réconciliation qu’on crie partout, le pays est divisé. On a deux camps : un camp pour Laurent Gbagbo et un camp pour Alassane Ouattara. C’est dommage ! Et le point que je peux faire, c’est qu’en Côte d’Ivoire il n’y a plus d’Ivoiriens : Il n’y a que des supporters d’Alassane Ouattara d’une part et des supporters de Laurent Gbagbo, d’autre part. C’est à cela que nous sommes arrivés. J’aimerais faire comprendre aux gens qu’avant Gbagbo, Ouattara et même de Bédié, la Côte d’Ivoire existait. Et il faudrait qu’après eux, la Côte d’Ivoire continue d’exister. La Côte d’Ivoire ne peut pas se limiter à ces 3 personnes. C’est dommage que la politique influe sur le sport, sur la religion. Il y a vraiment trop de passion !



Depuis que tu as commencé à chanter, la plupart de tes thèmes tournent autour de la politique. N’as-tu pas peur qu’on te colle cette étiquette d’artiste politique- ment engagé ?



Politiquement engagé ! Je crois qu’il faudra un jour que quelqu’un le fasse. L’histoire ne retient que les audacieux. Ce sont les politiques qui gèrent notre monde. Pourquoi vous ne voulez pas qu’on parle de la politique ? Si le système éducatif ressemble à ce que nous voyons, c’est la faute aux politiques ; aujourd’hui, si le système dans le monde de la culture est ce qu’il est, c’est à cause de la politique. Sur le plan de la santé, j’ai fait une chanson dans laquelle je parle de ce que nous vivons dans les hôpitaux. Je dis dans la chanson que c’est ce que font les policiers que nous voyons, parce qu’ils sont sur les routes. Mais ce que les médecins font dans les hôpitaux, c’est plus grave ! J’essaie donc de dénoncer cela. Saches aussi que si tu ne fais pas la politique, la politique te fera. Donc, laissez-moi dire ce que je pense. Ce que je pense, c’est que les dirigeants, pour la plupart, se foutent de nous. Il est important qu’on respecte le peuple plus que jamais. La jeunesse au temps d’Omar Bongo n’est pas la même au temps d’Alassane Ouattara. Je suis désolé ! Les temps ont changé. La jeunesse d’avant ne parlait pas. Aujourd’hui, d’une seule personne, une frustration part et ça atteint le président. On l’a vu en Tunisie et dans beaucoup de pays. C’est pour dire qu’il faut qu’on fasse attention au peuple. Ce n’est plus cette population qui regardait nos dirigeants comme si c’était la télévision.


On remarque que tes textes sont maintenant adoucis contrairement à ceux de tes premiers albums…


Nulle part en Côte d’Ivoire, il y a eu un artiste qui a fait une lettre directe au Président de la République. J’ai été l’un des premiers à parler concrètement des barrages routiers. Et depuis lors, on n’en voit plus. J’ai parlé de cette vie chère. Aujourd’hui, c’est ce que nous voyons à la télévision. J’ai été l’un des premiers à critiquer les Frci (Forces républicaines de Côte d’Ivoire, Ndlr). C’est maintenant que Meiway et Alpha Blondy crient partout "Liberez Gbagbo". Mais moi, j’ai été le premier à dire pendant la caravane de la réconciliation qu’il est temps que le Président prenne ses responsabili- tés et pose les vrais problèmes sur la table, en amnistiant ses cama - rades d’en face. Je l’ai dit durant la caravane, au le journal de 20 heures. Donc Billy Billy reste Billy Billy. Jai l’impression que les gens ont leurs combats personnels et ils veulent que moi, je les mène. Je ne suis ni Lmp, ni Rdr, ni Pdci…


En tant qu’artiste tu es la voix du peuple…


Billy Billy est un artiste, je ne dirai pas apolitique, parce qu’à travers mes textes c’est comme si je fais la politique. Mais je n’ai pas de parti pris. Sous l’ancien régime, j’ai critiqué. Et je critique aujourd’hui le régime qui est là. Vous avez écouté "Ma lettre au Président". Quand vous écouterez ‘’Compte rendu’’, vous verrez encore qu’il y a des vérités qui vont sortir.


Tu n’a pas peur de la censure, encore une fois ?


Je ne sais pas ce qu’on appelle censure, puisqu’il y a internet. Il y a juste des petits pingouins qui font du zèle à la télévision…


"Des pingouins à la télévision" ivoirienne? Oui bien sûr ! Des pingouins qui font du zèle. Aujourd’hui on a les réseaux sociaux, on a même Urbanpress.ci, pour dire ce que nous pensons. Et je ne suis pas sûr que la télévision soit plus suivie qu’internet.


Et pourtant, tu as crié au scandale lorsqu’on t’avait censuré la première, fois sur la Rti !


Non ! Parce que ça ressemblait à de la foutaise ! Je suis un contribuable comme tout le monde, je paye mes factures et les redevances de la Rti. Donc partant de là, j’ai le droit de m’exprimer, j’ai le droit de profiter de la télévision d’état. Parce que je paye et je cotise comme tout le monde. Donc, il ne faut pas qu’on se foute de ma gueule et qu’on me bâillonne.


Dans l’une de tes chansons tu disais aux hommes politiques : "Nous tous on sait que c’est pour manger que vous êtes là. Donc mangez un peu, partez, et d’autres aussi vont venir manger un peu, ils vont partir…" Si tel est le cas, tu n’a qu’à la fermer et les laisser faire…


 Quand je le dis, c’est un cri de cœur. Évitez de comprendre les chansons au premier degré. Ce n’est pas parce que je l’ai dit qu’on va rester là, à les regarder ! Je l’ai dit, c’est un cri de cœur pour qu’ils se gênent. Parce qu’on sait tous qu’ils sont là, pour leurs intérêts. C’était donc une manière de leur rappeler qu’ils sont là pour les intérêts de la Côte d’Ivoire. C’est donc une sorte de mise en garde. Je ne vais donc pas la fermer. On parlera, parce qu’il faut qu’on parle. Avant moi, il y a eu Tiken Jah, Didier Awadi. Et après moi, il y aura des gens qui vont toujours parler jusqu’à ce que ça change.


Les résultats des examens à grand tirage sont tombés récemment. Quel est ton avis sur le Bepc dont le nombre de point requis est passé à 80 points ?


Quand les gens font ça, ils savent qu’ils n’ont pas construit d’écoles. Est-ce qu’ils savent aujourd’hui qu’on n’a pas de lycées ? Aujourd’hui, de plus en plus, les élèves sont assis à 4 sur des bancs. Je ne sais pas s’ils (les dirigeants, Ndlr) le savent. Le problème de nos dirigeants, c’est qu’ils ne vont pas au contact des réalités sociales. Je vous donne un exemple. On dit que l’université a été rénovée. On ne cherche même pas à aller voir et on le crie partout, haut et fort.
Aujourd’hui on se rend compte qu’il n’y a même pas de climatiseurs dans les amphithéâtres. Ce n’est que de la peinture qui a été mise sur les bâtiments. À l’université de Bouaké, c’est pire ! On voit des étudiants fâchés. Je ne parle pas d’étudiants Lmp, Rdr ou Pdci, mais des étudiants en générale, fâchés contre un ministre et qu’ils lapident. Je pense que cela doit interpeler plus d’un. Ce qui me fait mal, ce n’est pas le fait qu’on lapide le ministre. Mais c’est que depuis lors, ce monsieur est toujours ministre dans le gouvernement.


Tu parles du ministre Cissé Bacongo, ministre de l’Enseignement supérieur ?


Peu importe ! Ce n’est pas le seul ministre qu’on lapide. Partout, on lapide. Donc, il est important que les gens comprennent. Il y a trop de légèreté, du copinage, de la complaisance. Et moi, c’est ce que j’es - saie de critiquer dans mes chansons. Je vais essayer d’en parler dans mon prochain album. Aujourd’hui, il faut qu’on dise les choses. Il faut qu’on touche du doigt les problèmes. On ne va pas tous danser. Il y a des gens comme Billy Billy pour dire des choses, parce que la jeunesse a besoin de les entendre. Parce que quand tu finis de danser dehors, il y a tes réalités tristes que tu vis. C’est en ce moment-la que tu as envie d’écouter Billy Billy, quelqu’un qui a le courage de dire certaines choses. Nous nous sommes lancés dans une voie où on n’a pas le droit de trahir. Il y a des gens qui croient en nous, des gens qui nous croisent dans les rues, même des corps habillés et des hommes politiques qui nous parlent des situations qu’ils vivent. C’est donc ce que nous essayons de dénoncer.


Par Hervé Poosson & Eustache Gnaba Source : unbanpress.ci 22/07/2013 NB : La titraille est de la rédaction La suite lundi.
Le Nouveau Courrier N° 839 Du Samedi 27 au Dimanche 28 Juillet 2013




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