Bertin Kadet rend hommage au Magistrat Séry Wayoro, décédé Adieu, Djidjègblè

Jeudi 21 Novembre 2013 - 10:01


Adieu,  Djidjègblè
Je viens d’apprendre la mort de Séry Wayoro, un éminent cadre de la sous/préfecture de Ouragahio, originaire de Gnaliépa. C’est la triste nouvelle que le Député Gahoudi Saturnin  m’annonce ce mardi 19 novembre à 18 h, alors que je m’apprête à aller faire du jogging, question de détendre un peu mes nerfs. Depuis deux jours je sens de la lourdeur dans les jambes, ma bouche est amère et je n’ai pas envie de sortir de chez moi. Ors donc c’est ainsi que tu signales ta présence, kouzéhi  ? C’est de cette manière que tu me préviens du départ sans retour d’un des miens  ?
Alors que ta dépouille se trouve encore entre les mains d’Abié Mados à Paris, la magie des klimê et autres kêdè continue de répandre la triste nouvelle. Tout le Kébissa est en transe et les glouzilès grouillent d’allégresse pour t’accueillir parmi les koudoukougnoa. Zébizékou et glotépli sont en émoi et inquiets parce qu’ils ne peuvent plus contenir la nouvelle qui va tout droit chez ton «  frère  » Laurent Gbagbo. A présent, les filles de Gnaliépa ont jeté leurs parures ordinaires pour se couvrir de boue et de wanzèlés  ; elles ont enfilé les didigaba pour danser à la manière zogobadi, ce zogobadi lougbou que tu nous impose. Notre papa Moloko André est meurtri, Ouraga Tocel est inconsolable et Adro l’artiste écrivain est entrain de te dédier de belles lettres avec des mots choisis. Tellement la disparition prématurée du djidjègblè que tu représentais pour notre génération dans la région nous afflige.
Séry Wayoro dit Gnaoré Becken, tu n’as pas eu pitié de Gado Marguérite et de Gbagbo Laurent qui ne peuvent te porter dans ta dernière demeure, hélas Gohouagnènègbè  !
Quant à toi Gazoho, les années qui viennent de s’écouler sont déjà trop chargées d’évènements macabres pour moi et les miens  : les frustrations, les angoisses et la  tristesse, toutes y sont passées. Je m’attendais à une fin d’année 2013 de paix et de joie dans ma famille et voilà que tu m’accables à nouveau, en assombrissant l’horizon de mes espérances. Je suis triste et je suis révolté, parce que tout cela n’est pas juste. Mais, Digbotétia Gazoho, que puis-je faire contre ton omnipotence  ? Rien du tout, si ce n’est de demander à l’artiste Bailly Spinto de reprendre son refrain d’il y a 30 ans et à Zétchéligba de chanter et danser en ton saint nom.    
Séry Wayoro est désormais dans le koudoukou, l’endroit d’où on ne revient jamais. Pourtant il y a quelques mois, je parlais encore avec lui au téléphone alors qu’il se trouvait à Paris. Séry Wayoro est le frère du Président Laurent Gbagbo car, la vielle Marguérite Gado est l’épouse de feu Séry Robert de Gnaliépa, le père de l’illustre disparu. Pourchassé à travers tout Abidjan lors des évènements postélectoraux de 2011, Séry Wayoro a tout abandonné et s’est retrouvé à Paris chez son cousin Abié Mados. Ayant perdu sa fonction de Directeur d’Administration Centrale au Ministère de l’intérieur, c’est un homme gagné par tous les soucis inimaginables qu’atteint malheureusement mal pernicieux. Séry Wayoro suivait des traitements médicaux postopératoires financés grâce à la solidarité familiale. Je prenais régulièrement des nouvelles de lui mais, depuis quelques mois son contact de Paris est fermé et je ne savais plus comment le joindre. C’est dans cette attente que le député Gahoudi Saturnin m’a coupé le souffle en m’annonçant la nouvelle de sa disparition.
Je pleure à grands cris et mes vêtements sont trempés de chaudes larmes mais, hélas Becken mon ami et mon frère, tu ne peux plus m’entendre car dorénavant, je m’adresse à un gloukokouho  :  Gnaoré Becken, où laisses-tu Suze, ta chère et tendre épouse ma fille, la petite fille de Balié Doudou de Mama et vos enfants  ? Où laisses-tu la grande famille des cadres de Ouragahio et de Gagnoa. Lorsque nous étions jeunes, nous t’avons donné le surnom Becken, du nom du célèbre footballeur Allemand Franz Becken Bauer, parce que tu avais un football raffiné et intelligent. Ton intelligence t’a permis de faire de brillantes études jusqu’à l’Université d’Abidjan et à l’Ecole Nationale d’Administration où tu as achevé le cycle de la Magistrature. Sur le campus universitaire, tu étais un garçon courtois, sage et sans histoire. Dans l’exercice de la fonction de magistrat que tu as choisie, nous nous sommes souvent rencontrés pour discuter, alors que tu étais au tribunal de Man. C’est surtout à Abidjan, lorsque tu es devenu directeur d’administration centrale au Ministère de l’Intérieur, que nos rapports se sont mutuellement enrichis du fait de la proximité de nos points de vue concernant le devenir de nos villages communs et de la Sous-préfecture de Ouragahio. C’est ainsi que discrètement, grâce à ta sagesse et tes suggestions, le député Gahoudi Saturnin et moi-même avons réussi à rallier les opinions pour régler le problème de la chefferie, qui a miné le village de Gnaliépa durant plusieurs années. En novembre 2007, lorsque les cadres ont décidé d’organiser un séminaire sur le développement de Ouragahio, placé sous la direction scientifique de Dr Kpolo Mapri Dominique, tu t’es acquitté avec compétence de la tâche qui t’a été confiée. Chaque fois que je suis à Mama, j’ai toujours bénéficié de ton esprit d’ouverture, relativement aux problèmes de développement local. A cause de ton tempérament, ta discrétion et ton efficacité, tu constituais pour moi et pour notre génération, un djidjègblè, l’arbre auquel nous étions adossés.
Ta mort prématurée laisse dans le désarroi tes frères, tes sœurs et tes amis éparpillés dans le monde depuis 2011. Au moment où tu nous quittes, je pense au village de Gnaliépa qui perd en toi un fils d’une qualité humaine incontestable. J’adresse ma compassion à la grande famille de la Magistrature ivoirienne que tu as servie avec humilité et abnégation. La Côte d’Ivoire perd un valeureux magistrat qui n’avait pas fini son travail mais, qui a été contraint de raccrocher la toge. J’ai surtout une pensée particulière pour toute la région de Gagnoa.     
 
Adieu Gnaoré Becken, le footballeur
Adieu Gboblégnon, Monsieur le Juge
Adieu Séry Wayoro, notre Didjègblè.   
 Le Ministre Bertin KADET
 




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