Bataille de la CEI: Les leçons politiques d'un passage en force

Les derniers développements montrent que le pouvoir Ouattara n'est absolument pas dans une logique de négociation visant à attirer l'opposition dans le jeu électoral. Mais qu'il veut bel et bien lui barrer la voie, et jouer de ses contradictions.

Mardi 9 Septembre 2014 - 07:11


Image d'archives: Rencontre FPI- RDR
Image d'archives: Rencontre FPI- RDR
Ils ont osé ! Finalement, le régime Ouattara, parachevant la logique de la loi inique qui avait prévalu à la mise en place d'une Commission électorale structurellement déséquilibrée à son profit, est passé en force pour imposer ses hommes à la tête de l'institution, la délégitimant d'emblée sur le terrain de l'indépendance. Cet « épilogue », qui pourrait bien n'être que provisoire, intervient après des consultations ardues entre acteurs poli- tiques et société civile, mais aussi à la suite de fortes tensions à l'intérieur du Front populaire ivoirien (FPI), principal parti d'opposition, autour de la ligne à suivre au sujet de la CEI et plus globalement du jeu politique et du processus électoral. On peut tirer un certain nombre de leçons de ce qui s'est passé vendredi dernier.

La thèse du « deal » avec Affi contredite

Si les affrontements ont été aussi vifs au sein du FPI et sur la question de la CEI, c'est notamment en raison du « succès » de la thèse du « deal ». Le président du parti, Pascal Affi N'Guessan, aurait passé un deal avec Alassane Ouattara pour participer à la présidentielle de 2015, se faire battre et légitimer l'actuel maître d'Abidjan. Lequel ferait des pieds et des mains pour obtenir, dans son propre intérêt, le retour du parti cofondé par Laurent Gbagbo, dans le jeu des institutions. Las. L'attitude ouvertement provocatrice des pions du pouvoir prouve qu'il n'en est rien. Le RDR et le PDCI sont très contents que le FPI soit hors du coup et permette ainsi à leurs cadres d'occuper des positions électives dans des zones qui ne sont pas leurs bastions. Un autre avantage de cette configuration serait que le FPI, en dehors des institutions, ne pèse pas sur la loi organisant les consultations électorales de 2020 (qui seront a priori ouvertes) et ne bénéficie pas du financement public des partis politiques pendant encore longtemps... En réalité, un certain nombre de chancelleries désirent une normalisation politique, donc la participation du FPI au jeu électoral. Cela les rassurerait sur la pérennité de l'ordre politique qu'elles participent à mettre en place. Ouattara et ses hommes font tout simplement semblant d'avoir la même ambition que leurs alliés internationaux, tout en torpillant toute possibilité de consensus.

Le pouvoir exacerbe à dessein les tensions au sein du FPI

Si Ouattara souhaitait vraiment consolider la ligne Affi comme le croient de nombreux observateurs, il aurait lâché du lest sur la question de la CEI et aurait travaillé à un compromis acceptable. Mais ce n'est pas son intention. Il exacerbe les contradictions de ses adversaires, qui jouent son jeu en s'écharpant sans ménagement. Prisonniers en sursis, qui ne doivent le maigre espace politique qui leur est concédé qu'aux amicales pressions de la « communauté internationale » sur le pou- voir, les dirigeants du FPI doivent à la fois garder le contact avec les chancelleries (en dépit du passif) et avec leur base. Ils doivent veiller à sortir de leur isolement et à maintenir une ligne satisfaisant des militants qui estiment que leur camp a déjà trop donné. Le pouvoir soutient Affi comme la corde soutient le pendu, puis donne du grain à moudre aux « radicaux ». Afin d'affaiblir les deux « tendances » au final. Figure de style politique classique. Pour ne pas tomber dans ce piège les pieds joints, les différentes tendances du FPI doivent admettre l'idée de la nécessaire « synthèse » entre deux impératifs de survie.  Et non se mettre chacun à un bout de la corde afin de mieux la tirer vers soi.
L’Église catholique, les ONG et le MFA cla- quent la porte : En jouant le jeu de la « bonne volonté » jusqu'au bout face au pouvoir, en acceptant des promesses verbales dont on pouvait se douter qu'elles seraient violées sans vergogne, la direction du FPI a-t-elle fait preuve de « naïveté » ? Peut-être que oui. Peut-être a-t-elle voulu prendre l'adversaire au mot, en se disant qu'au fond, elle aviserait si les choses se passaient autrement. Une chose est sûre : le fait que le processus ait commencé, et que la thèse du « bureau consensuel » ait été défendue par les représentants de l’Église catholique, des ONG non confessionnelles et du Mouvement des forces d'avenir (MFA, membre du RHDP), ne peut être considéré comme un détail. Que la position du FPI soit partagée par d'autres forces, notamment par la sacro-sainte « société civile » chère aux « partenaires internationaux » est forcément une bonne nouvelle. Cela signifie qu'il ne s'agit peut-être pas seulement d'un point de vue partisan, mais d'une opinion raisonnable à laquelle des forces considérées comme « neutres » se rallient.

Par Philippe Brou

Le Nouveau Courrier N°1105 Du Lundi 8 Septembre 2014




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