Banny pousse Ouattara à la faute

Vendredi 22 Novembre 2013 - 21:04


Si dans l’entourage d’Alassane Ouattara, on a l’habitude de mettre en avant l’échec de Banny à réconcilier les Ivoiriens, la manière dont les détracteurs de l’ancien gouverneur de la Beceao vont enfin se débarrasser de lui risque de ne pas être aisée. Car Banny, nommé en 2011 à la tête de la CDVR n’a pas l’intention de quitter le navire. Loin de là. A moins que finalement, le chef de l’Etat, qui avait déjà permis au programme national chargé de la cohésion nationale (PNCS) de labourer sur le terrain de la commission, décide enfin de finir le boulot lui-même. Mais la manœuvre n’est pas sans péril. Ouattara devrait alors assumer seul le risque de se mettre à dos un ex-président revanchard dont les critiques pourraient finalement faire  mal, si par ailleurs ses remplaçants ne retrouvaient pas facilement leurs marques. La question de la démission du président de la CDVR n’a donc pas été évoquée  alors que ces derniers temps, on l’avait cru en mesure de partir pour retrouver sa liberté de parole, au moment où 2014 s’approche et que la perspective des élections présidentielles com - mande aux candidats potentiels de se mettre dans les différents startings- blocs. D’ailleurs, pour ne pas effaroucher plus que de raison le chef de l’Etat, le président de la CDVR a noyé quelques critiques dans la masse de considérations philosophiques et de travail technique à poursuivre. Il n’a pas voulu assumer l’existence d’une justice sélective en Côte d’Ivoire, contrairement à tous ceux qui s’intéressent à la vie publique en Côte d’Ivoire et qui critiquent le gouverne - ment de pratiquer une justice à double vitesse. Pour lui, c’est juste le sentiment des Ivoiriens. Banny a aussi parlé de dialogue inclusif mais n’a jamais expressément évoqué, ne serait-ce qu’en s’appuyant sur les récentes déclarations de l’expert de l’ONU, la libération des prisonniers politiques et le retour des exilés. Et même lorsqu’il a essayé de prendre quelque risque en élargissant la période à prendre en compte pour ne pas circonscrire la grave crise aux seuls événements de 2011, en revanche Il est allé bien au- delà de 2002 pour cibler les violences liées au jeu démocratique bloqué et mieux impliquer l’opposition de l’époque. « Dans ces conditions, pourquoi ne pas remonter à la guerre du Sanwi et au massacre des guébié vingt ans plus tôt », s’est demandé à juste titre un intervenant, hier sur les réseaux sociaux. Cela dit, le président de la CDVR pense néanmoins que l’heure est venue d’organiser les audiences pu - bliques de confession cathartique au cours desquelles la victime et le bour - reau pourraient pactiser. Mais à condi - tion que le préjudice subi soit indemnisé, soutient Banny qui attend qu’une volonté politique claire s’exprime pour financer cet aspect de la réparation psychologique. Finalement, la valeur du rapport de 39 pages vaut plus par ses rares non-dits courageux que par la clarté de ses engagements. Par exemple, le rapport propose qu’il soit bâti en Côte d’Ivoire une armée attachée aux valeurs républicaines. On peut à partir de cette affirmation en conclure que la CDVR évoque clairement les accusations d’armée ethnique qui accompagnent la nouvelle existence des FRCI. Autre exemple, le rapport demande également de désarmer des combattants et de garantir la séparation des pouvoirs en Côte d’Ivoire dans un contexte où le président de l’Assemblée nationale a juré de ne jamais gêner le gouvernement. Le rapport fait aussi assaut de quelques justifications pour se dédouaner de certaines critiques. A titre d’illustration, le président de la CDVR a expliqué les tâtonnements des débuts par le fait que sa nomination ne fut pas l’objet d’un consensus et que les affrontements se poursuivaient encore avec leur corollaire d’arrestations. Exit pour ainsi dire ses propres déclarations tonitruantes des débuts, les prises de position tranchées contre l’opposition nouvellement défaite par la France lors de rencontres internationales. En définitive, le rapport de la CDVR n’a pas plus de clarté que la situation confuse dans laquelle nous voguons. Sauf sur la question foncière. Là, le rapport recommande d’appliquer la loi foncière de 1998 qui a été l’objet d’un large consensus. Or Alassane Ouattara est revenu sur cette loi après avoir menacé de couper les vivres aux élus du PDCI qui ont alors oublié que cette loi porte le nom de leur président, Henri Konan Bédié. ▄

Sévérine Blé

Source: Aujourd’hui / N°509 du Vendredi 22 Novembre 2013




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !