Avant son spectacle du 18 octobre , l'artiste Bény Bézy dans tous ses états: "Pourquoi je soutiens le Président Gbagbo..". Son message à Alassane Ouattara. Il livre des secrets de sa carrière musicale.

Samedi 5 Octobre 2013 - 09:21


Avant son spectacle du 18 octobre , l'artiste Bény Bézy dans tous ses états: "Pourquoi je  soutiens  le Président Gbagbo..". Son message à Alassane Ouattara. Il livre des secrets de sa carrière musicale.
Civox: Vous avez une longue carrière musicale derrière vous et devant vous. Le 18 òctobre prochain vous organisez à Paris un évènement musical relatif à vos 35 ans de carrière musicale. Dans le cadre de cette interview, nous parlerons un peu de votre carrière ainsi que de l'évènement que vous préparer. Pouvons-nous savoir comment êtes vous venu à la musique?
 
Bény Bézy: A 15 ans j'étais guitariste dans un petit orchestre de collège, puis de lycée. Dodo Paul était mon chanteur. Après le secondaire je suis venu en France pour poursuivre mes études. J'ai fait des études de droit , puis d'assurance. J'ai travaillé pendant près de 10 ans à la Préservatrice Foncière à la Défense, une grande Société d'Assurance, et en même temps je continuais faire la musique. Mais je ne voulais pas dans un premier temps vraiment la faire en professionnel. Entre temps j'avais déjà sorti un petit 45 tour en 1978.C'est Monsieur Krasso Christophe , paix à son âme, qui m'a vu et m'a contacté , parce qu'il aimait très bien ce que je chantais et mon look. Il m'a donc fait entrer en studio. Et sur cet album, je n'avais pas ma photo, parce que je n'avais pas voulu faire la musique en professionnel. Je la faisais en dilétente, puisque je me disais: "Tu as ton boulot d'assurance, tu es pépère, la musique, c'est pas si facile que ça". A cette époque, la musique nourrissait -elle vraiment son homme.? Je me rapelle même que les journalistes nous posaient la question du genre: " Que faites vous à part la musique?", Comme si la musique n'étais pas un metier.
Donc après ce premier album, je suis allé à Abidjan pour en faire la promotio. J'ai vu que les ivoiriens avaient plus ou moins remarqué mon image. Et quand je suis revenu avec Wédji Pédro, on a fait "Djilmou", un album qui m'a vraiment révélé au grand public. Et là, j'ai vu les révenus que pouvait générer la musique: les droits d'auteur, les ventes de disques, les concerts... De fil en aiguille j'ai sorti un deuxième album "Zigléga", qui a très bien marché. A partir du troisième album, "Chérie Sanédé", je ne pouvais plus faire la musique et mon travail d'assurance. Il fallait que je choisisse. C'était un véritable dilème pour moi. Mais je n'avais pas le choix, parce que je ne pouvais pas aller faire des galas et me reveiller lundi pour aller au travail. Il fallait choisir: finalement j'ai choisi la musique. Mais je ne m'en plains pas!
 
Votre passion pour la musique était devenu très forte au point où vous avez été obligé de renoncer à votre travail d'assurance pour la musique?
 
Je ne pouvais plus concilier les deux. Il fallait que je choisisse. J'ai choisi la musique. Cela fait maintenant 35 ans.
Vous dites que vous ne vous plaingnez pas d'avoir choisi la musique. Cela voudrait dire que la musique nourrit bien son homme.
Ah oui! A l'époque, je doutais. Mais maintenant je vois qu'avec la musique, il suffit de bien la faire, il suffit d'être très professionnelle, pour gagner très bien sa vie. Je veux dire qu'avec la musique, je ne roule peut-être pas sur l'or; mais je ne demande rien à personne. Elle me permet de m'occuper de ma famille, de réaliser mes rêves. En tout cas, je suis bien.
 
Revenons à votre premier album. Qui en a été le producteur?
 
C'est Monsieur Krasso Christophe, paix à son âme, qui l'a produit. C'est lui qui m'a découvert. Je jouais avec Jean Baptiste Zibodi, Do Albert, paix à son âme. Moi, j'étais guitariste. Jusque là je ne chantais pas mais il m'arrivait d'interpréter les petites chansons des Beatles, des Rolling Stones, parce qu'à notre époque c'était la pop musique, ou bien James Brown, les red men blues. Il m'a fait enregistré l'album arrangé par Jojo l'Explosif , un grand guitariste camerounais. Ce n'est pas un album qui a vraiement marché. Mais les ivoiriens avaient eu le temps de retenir mon image à la télévison ivoirienne. Etant donné que je travaillais à l'époque, je suis allé à Abidjan pour 15 jours, et quand je suis revenu, avec les droits d'auteur, j'ai vu que, mine de rien, la musique pouvait nourrir son homme. J'ai donc produit l'album suivant moi-même, avec l'arrange de Wédji Pedro, un album où il y a des titres comme "Guilmou", "Gnizako Oyoroba" "Guimaré", " Bazia". Ce fut vraiment un album qui a très bien marché et qui m'a fait gagné du blé. J'ai compris que si on est sérieux, on peut gagner sa vie dans la musique.
 
Pendant 35 ans de carrière musicale, combien d'album avez-vous produit?
 
Je suis à mon dixième album. Dans les 10, j'ai produit 8 albums, parce que je suis un artiste un peu atypique, j'aime chanter ce dont j'ai envie; je ne veux pas qu'on me l'impose. Alors que souvent les producteurs, ils ont une ligne , ils veulent vendre. Donc ils vont vous faire faire une musique dite commerciale dans laquelle l'artiste ne se retrouve pas vraiment. C'est pourquoi je produis mes albums pour avoir cette liberté d'écriture, d'expression.
 
35 ans de musique, ça laisse derrière soit de bon et de mauvais souvenirs?
 
Oui! Dans les bons souvenirs il y a un concercert qui m'a particulièrement marqué. Un grand concert à Korhogo où j'ai été reçu par la grande famille Gbon. En tout cas, j'ai beaucoup aimé ce concert. J'ai été reçu comme un prince, la salle était bondée. Le lendemain, monsieur Gbon, je ne sais plus lequel, parce que ça fait très longtemps, nous reçu dans ses appartements. Il a invité mon orchestre et moi, puis à payé le transport des musiciens et moi. Ce n'était pas lui qui a organisé l'évènement. Mais c'était sa participation, a t-il dit. Ma grande déception fut la sortie en 2004 de mon album intitulé "La famille". Les ivoiriens ne l'ont pas connu. Le jour où j'organisais la dédicace de cet album, des ivoiriens étaient mitraillés sur le pont Houphouet Boigny. Donc tous les amis qui devaient venir, tout le public m'appelait pour me dire "Bény, nous sommes désolés, avec ce qui se passe dans notre pays, nous ne pourrons pas venir". Donc je me suis rerouvé dans une salle à moitié vide, parce qu'il s'est passé des évènements odieux dans mon pays, et cela m'a marqué très profondément.
 
Comment parvient-on à concilier la vie d'artiste et la vie de famille. Est-ce facile?
 
C'est une question d'éducation. A partir du moment où on n'est pas sur scène, c'est claire qu'on a une vie de famille. Il faut s'occuper de sa famille. Pour être stable, il faut avoir une vie de famille. Quand vous n'avez pas de vie de famille, vous roulez en roue libre, pour un artiste c'est pas recommandé. Il faut avoir une vie de famille. Il faut éléver ses enfants. On a le temps de le faire, parce qu'on est pas tout le temps sur les routes, il y a des moments de repis. C'est vrai que quand ça tourne très fort, on ne voit pas souvent la famille. Mais la famille est vraiment l'épine dorsale de l'artiste. Vous vous reposez là-dessus pour pouvoir aller de l'avant. Moi, j'ai toujours eu une vie de famille, parce que vraiment j'adore ma famille. J'aime beaucoup mon entourage. Ils m'ont toujour supporté dans les moments les plus durs. Donc pour moi la famille c'est autre chose.
 
On vous sais aussi artiste engagé, vous avez sorti un single qui a pour titre "No Gbagbo, no peace". Qu'est ce qui a motivé votre engagement en politique?
 
Il faut dire qu'en tant qu'ivoirien, on a pas besoin d'être artiste pour être engagé. Je suis ivoirien, je suis la politique de mon pays, c'est la moindre des choses. Mais il faut dire que je me suis toujours interessé à la politique, même du temps d'Houphouët Boigny. Moi, j'avais chanté la démocratie, parce que Houphouët était certes le père de la nation, mais il n'y avait pas de démocratie en Côte d'Ivoire. On nous faisait croire qu'il y a avait la démocratie. Mais Houphouët était là, en roi, il faut le dire, on est pas dupe. Il y avait quand même une certaine instabilité. Mais J'avais dénonncé ce régime aurtoritaire d'Houphouët Boigny.
 
Cela remonte à quelle année précisément?
 
C'était en 1983. J'avais sorti l'album démocratie dans lequel j'ai dénoncé tout cela.
 
Vous étiez déjà en France?
 
Oui! Je suis venu en France très jeune, à l'âge de 21 ans. Je suis un peu un Titi parisien (rire). Pour revenir au président Gbagbo et single "No Gbagbo, no peace", il faut dire quei je dormais pendant les évènements qui ont suivi la présidentielle. Mais bien avant, j'ai suivi le débat où Monsieur Alassane appelait Gbagbo: "Mon frère Gbagbo, Mon frère Gbagbo". Je me suis dit "voilà, ça va être une bonne élection". Puis patatras, on a pas les résultats, on nous les donne dans un hôtel, ce qui n'est pas approprié. Après cela, ce fut un véritable déluge. J'ai vu la résidence du président de la République bombardée par l'armée française; je ne pouvais pas le supporter. Moi, j'ai horreur de l'injustice, je n'aime pas la violence. C'est -à -dire que si c'était Ouattara qui avait été agréssé de la sorte, j'aurais dénonncé pareillement, parce que je n'aime pas l'injustice. Gbagbo, pour un contentieux post-électoral, ne mérite pas cela. Alors je dormais quand mon téléphone a sonné. Je prends mon téléphone et mon ami en ligne me dit: "allume vite ta télévision, ils ont arrêté le Président Gbagbo". J'allume la télévision je vois des images vraiment effroyables; (Et là, je ne pouvais pas ne pas réagir.Cela faisait 10 ans que je ne sortais plus de disque, parce que je m'appretais à rentrer au pays, ouvrir une boîte de nuit et un piano bar et vivre pleinement de la musique .. ) Je vois des images vraiment très choquante, et je commence à pleurer. Je suis un garçon à une sensibilité fleur de peau. Gbagbo Laurent, je ne le connais pas personnellement. Je l'ai cotoyé plus ou moins quand il était encore dans l'opposition. Mais depuis qu'il est devenu président, je ne l'ai jamais vu, je n'ai jamais bouffé un centime du Président Gbagbo. Mais je ne pouvais supporter cette injustice. J'ai dit à mon épouse qu'il faut que j'entre en studio, parce que je dois dénonncer ce qui se passe dans notre pays. C'est ainsi que je suis entré en studio et j'ai sorti "No Gbagbo no peace". Je dis que sans Gbagbo, il n'y aura pas la paix en Côte d'Ivoire, parce que Gbagbo ne mérite pas cela. Les ivoiriens sont un peuple de paix! On ne peut pas le supporter! Je vois une grande partie des ivoiriens en exil et une autre partie en prison, et on nous parle de réconciliation?.. Mais nous voulons tous la réconciliation, nous voulons la paix dans notre pays, parce que sans la réconciliation et la paix, notre pays va à la dérive. Mais pour que cette réconciliation et cette paix soient véritables, il faut libérer tous les prisonniers politiques, laisser entrer les exilés dans leur pays. Vous savez, vivre hors de son pays, si ce n'est pas de son propre gré, on en souffre terriblement. Moi, je vis en France parce que je veux vivre en France.J'ai vécu 5 ans aux ETats-Unis parce que je voulais y vivre. Mais quand on est au Bénin, je veux dire dans les pays voisins, et on sait ce que c'est que les pays voisins par rapport à la Côte d'Ivoire... Non, soyons sérieux, la Côte d'Ivoire est un paradis, Si tu es ivoirien, franchement, tu ne peux pas vivre en dehors de la Côte d'Ivoire pour dire que tu es heureux.
 
Certains artistes ivoiriens sont engagés en politique. Pensez vous qu'un artiste fait bien de s'engager en politique, quand on sait que certains de ses mélomanes ne sont pas de son bord politique. N'est ce pas plus prudent pour un artiste d'observer la neutralité?
 
Non, un artiste est un humain parmi tant d'autres. Il a son point de vue à donner. Parce que de toute façon, si vous ne faite pas la politique, la politique vous fait.
 
Un artiste doit-il exprimer son point de vue politique,au risque même de perdre une partie de ses mélomanes?
 
Oui! De toutes les façons, tous ceux qui me connaissent, savent que j'ai la grande gueule. La-dessus, il n'y a pas de doute. Donc, j'exprime mes émotions. Quand quelque chose ne va pas, je l'exprime. Je ne peux pas me taire sous prétexte que... Je dénonce ce qui se passe dans mon pays, je ne fais pas la politique en tant que tel. Je ne suis pas un professionnel de la politique. Je n'ai pas dit que je vais aller m'engager pour devenir député, maire. Je suis sympathisant de la Gauche!. En Côte d'IVoire, la gauche est représentée par le parti du Président Gbagbo. Si j'étais de la droite, peut-être je serais du Côte du RDR. Je suis sympathisant de la Gauche, c'est dans ma nature. On va dire entre guillemets que moi-même je suis rebelle, mais pas rebelle pour prendre les armes. Je suis rebelle pour dénoncer avec mes écrits et ma musique, c'est en cela que je suis engagé; Voilà, je n'aime pas l'injustice.
 
Aujourd'hui, il est plus ou moins question de reconciliation en Côte d'Ivoire. Pensez vous que les artistes ont un rôle à jouer dans la réconciliation, peuvent-ils contribuer à réconclier les ivoiriens?
 
Oui, les artistes ont un role très important à jouer dans la réconciliation, qui est celui l'apaisement. Car la musique adoucit les moeurs, quelque soit le bord politique. Si je pars jouer à Korhogo, je suis convaincu que les korhogolais viendront me voir! C 'est pas parce que je suis "pro -gbagbo" qu'on ne viendra pas me voir! Mais nous jouons un rôle très important C'est pour cela d'ailleurs que je disais tantôt que si l'injustice avaité du côté du RDR , j'aurais dénoncé pareillement. C'est pas parce que je suis pro - gbagbo que je denonce à tout va; Même si ça ne va pas dans mon propre camp, je dénoncerai également! Mais il se trouve que ce sont les pro-Gbagbo qui sont en ce moment martirysés.
On a besoin des artistes pour la réconciliation et la paix! Nous avons un rôle très important à jouer. Nous devons aller ver le peuple pour lui expliquer le pourquoi et le comment de ce qui se passe dans notre pays, pour lui dire qu'il est mieux que nous nous reconcilions, parce que nous devons aller de l'avant. Mais en même temps, dans cette réconciliation et la paix, il y a une condition; cette condition sine qua non, c'est la libération du Président Gbagbo. Or Gbagbo est à La Haye, on ne sait pas combien d'années il va y passer, il y a des prisonniers politiques qu'on libère à contre goute... "Monisueur Alassane Ouattara, je vous lance un cri! Si vous m'entendez, , tout ce que je vous demande, au nom de la reconciliation et de la paix en Côte d'ivoire, libérez les prisonniers politiques, laissez entrer les exilés; faites tout pour libérer le président Gbagbo, parce que je sais que vous en avez les moyens, et parce que vous l'appeliez "mon frère Gbagbo", "mon frère Laurent" pendant le débat télévisé. Et moi, cela m'a marqué! C'est votre frère, il ne peut pas être en prison à La Haye et nous allons être contents! Ce n'est pas possible!
 
Vous êtes un artiste qui a une carrière un peu atypique! Vous êtes venu en France pour des études. Vous avez étudié et travaillé normalement. Puis la passion musicale a pris dessus. Et vous avez décidé de mener une cararière musicale, contrairement à d'autres artistes qui viennent d'Abidjan dans le but de mener une carière musicale en France. Alors avec vous pouvons avoir un état des lieux de la musique ivoirienne en France.
 
C'est une question très pertinente. C'est vraiment, quand on vient d'Abidjan pour faire une carrière musicale en Europe, ce n'est pas évident! Car quand les artistes arrivent, il faut déjà qu'ils aient leurs papiers; et cela déjà met du temps.Quand on a pas ses papiers on ne peut pas vraiement exercer son metier d'artiste , dans la mesure où on ne peut pas sortir de la France pour aller jouer dans les pays limitrophes. Et quand on arrive ici, on est obligé de travailler! (C'est vrai que mon parcours il est atype. J'ai fait le contraire, c'est vrai) Et quand vous commencez à travailler, et que vous fondez une famille à côté, c'est clair que votre passion pour la musique prend un coup; je parle de ceux qui viennent dans le but de faire une carrière! C'est pour cela que les trois quarts, quoiqu'on dise, n'ont pas une vraie carrière musicale en France. Il faut le dire, sont obligés de travailler à côté , alors qu'il n'y a pas plus jaloux que la musique. Quand vous revenez de votre Djôssi (boulot) et que vous devez prendre votre guitare ou vous mettre sur votre piano pour composer, j'avoue que c'est clair... Cela est dommage. C'est pour cela d'ailleurs que si on veut vraiment faire une vraie carrière,il vaut mieux rester au pays et de temps de en temps venir faire des concerts ici et repartir. En cela, j'applaudis les jeunes zouglou. Ils font du bon boulot! Parce qu'ils sont sur place, ils font de la bonne musique, de temps en temps, ils viennet faire des galas, et ils retournent au bercail. Moi j'ai fait le parcours contraire; maintenant je cherche à aller au bercail pour vraiment vivre tranquillement. C'est vrai que c'est pas évident! Moi j'ai quitté mon boulot, après 10 ans d'assurance! Parce que je ne pouvais pas faire les deux, c'était impossible.
 
Donc si je comprends bien, l'aventure hexagonale est une briseuse de carrière musicale dans la majeure partie des cas?
 
Oui, elle brise les carrières. Vous allez poser la question à qui que ce soit dans le milieu ivoirien , il y a en pas vraiment des masses qui ont émergé. Ceux qui sont venus comme ça, (je fus président des artistes musiciens de Côte d'Ivoire en Europe),dire qu'il y a un ou deux qui cassent réellement la baraque, je suis désolé , le constat n'est pas réellement très énorme. Il y a beaucoup plus de dégât, ça brise les carrières , il faut le reconnaître.
 
Selon vous, pourquoi la musique ivoirienne n'arrive pas à émerger en France, n'arrive pas à s'imposer, à l'exception de quelques artistes , notamment les reggaemen comme Alpha Blondy, Tiken Jah, les Zougloumen, comme Magic System?
 
Il faut reconnaitre qu'à notre époque c'était plus compliqué, parce qu'on avait une rivalité farouche. C'est d'ailleurs en cela que les gens doivent nous remercier. Il y avait la musique congolaise qui tenait le marché, la musique camerounaise également . Mais dans les années 80 on a réussi quand même à faire bouger un peu les choses. Je veux dire des artistes comme Bally Spinto, Aicha Koné, ont essayé de faire bouger les choses, pour que la musique ivoirienne sorte un peu la tête de l'eau. Mais avec les jeunes du Zouglou, du coupé décalé , il faut le reconnaitre, la musique ivoirienne sort des sentiers battus, parce que je vois que les jeunes du zouglou font le plein des salles qu'il y a sur la place. C'est vrai qu'à l'internationale, je veux dire la musique ivoirienne qui passerait à Bercy, à l'olympia, il n'y a en pas des masses, à part Blondy et Tiken Dja. Mais en même temps ils ne font pas de la musique ivoirienne. Blondy est un ami, Tiken Dja est un petit frère, ils font du reggae, c'est n'est pas de la musique ivoirienne. Donc on ne peut pas dire que c'est la musique ivoirienne qui passe à l'olympia.
 
Je suis d'accord avec vous. Peut-être qu'on parlera de la musique ivoirienne en tant musique faite par des ivoiriens et non de la musique typiquement ivoirienne.
 
Oui, exactement! Il y a vraiment une grosse différence. C'est vrai, ils remplissent de grandes salles. Mais ils ne font pas la musique ivoirienne. Ce sont des ivoiriens qui font la musique reggae. Ils vendent bien, c'est de gros vendeurs, il n'y a pas de doute. Dans le cas de Magic Sytem, ils ont réussi à imposer un style assez original, c'est -a- dire un melange de zouglou et de rythme un peu occidental. Ils ont réussi à imposer cela, et les petits blancs aiment bien ce genre. Sinon le zouglou pur, il est bon, il faut le sortir, pour qu'il puisse passer dans ces salles mythiques. Mon épouse, Maman Kini avait fait venir Gadji Céli et Monique Séka dans le cadre de la nuit du pagne (Une soirée au cour de laquelle les femmes se mettent en pagne Maxi et on élit la mieux habillée) à L'Elysée Montmartre, qui est une salle mythique. Je veux dire que ce genre de salle dans le presse book d'un artiste, c'est du consistant. La musique ivoirienne sort, mais ce n'est pas évident, surtout que nous les anciens ne sommes plus très nombreux, les trois quarts ont baissé les bras. Les jeunes commencent à faire bouger les choses.Ce qui est interessant déjà, c'est qu'au pays ils remplissent les salles. Ce n'est déjà pas mal. Eux ils commencent à vivre de leur musique. C'est vrai que maintenant il y a des soucis, l'argent ne circule pas; mais je pense que la musique ivoirienne commence à sortir des sentiers battus, elle est là, elle sera là. Un ancien comme moi, quand je sors un nouvel album, cela veut dire qu'il y a à boire et à manger dans l'affaire.
 
Nous allons revenir à l'évènement du 18 octobre. Comment vous est venue l'idée de fêter vos 35 ans de musique?
 
A un moment donné de la carrière d'un artiste, il faut quand même regarder dans le retroviseur et faire un bilan. Après 35 ans que faut-il faire? Continuer le même style de musique ou bien faut-il changer de cap; Ce n'est parce que je fais de la variété que du jour au lendemain je ne peux pas faire de la salsa, tout ça, c'est de la musique, je peux me lancer dans le reggae. A 35 ans, il fallait marquer le coup. Donc j'ai annoncé le best of. Cela fait quand même neuf albums. Et à chaque fois que je vais à des soirées et que je joue un vieux tube qui date de 30 ans, je vois l'engouement du public; On me dit "Bény sort nous cette chanson". Et j'y est pensé sérieusement avec mon producteur, mon manager et ma fille Gbazia qui est très impliquée dans la production; c'est d'ailleurs elle et sa mère qui produisent l'évènement. Ma fille m'a dit "Oui papa, il faut un best of, mais en même temps, pour dire que tu crées toujours et que ta carrière ne s'arrete pas au best of, il faut sortir un nouvel album avec" . C'est ainsi que je suis entré en studio, et j'ai sorti un album de 9 titres. C'est un bel album que le public aura à apprécier. Donc le 18 octobre, à la salle Noisy le Sec, il y aura ce grand évènement, à ne manquer sous aucun prétexte. C'est en même temps la nuit de l'élégance, parce qu'en Côte d'Ivoire les ivoiriens ont pris l'habitude de me voir toujours bien habillé. On m'appellait le manequin de la musique ivoirienne, le roi de la sape. J'ai vieilli comme ça! J'aime bien tout ce qui est propre. Donc je suis souvent propre, et les ivoiriens apprécient. Le 18 octobre, ce sera en même temps mes 35 ans de carrière, un best of et la nuit de l'élégance.
 
Qu'est ce qui va se passer concrètement au cours de cette soirée?
 
Au cours de cette soirée, je présenterai d'abord le best of pour les nostalgiques, parce qu'il y a en beaucoup. Après le best of, des amis artistes, qui viendront me supporter, seront de la partie, passeront en playback ; et je reviendrai dans la deuxième partie du spectacle pour chanter le nouvel album. Nous allons donc mettre plus d'accent sur le nouvel album, parce que ce sera la promotion de ce nouvel album, qui est baptisé "La renaissance": 10 ans après, je reviens sur la scène musicale avec un best of et un nouvel album. Mais je compose toujours, là j'ai ouvert le tiroire, il y a encore des oeuvres. Après cet album, les ivoiriens me veront toujours, presque tous les ans sortir un nouvel album.
 
35 ans de musique font de vous un sage de la musique; En tant que sage de la musique, quel conseil pouvez-vous donner aux jeunes qui se lancent aujourd'hui dans la musique?
 
La musique est un metier très compliqué, les jeunes, c'est pas évident. J'ai ma fille Doriane qui fait la musique, j'ai mon garçon, Taylor The Truth, à Londre, qui fait aussi la musique. Mais c'est pas un metier facile; vraiment, il faut s'y mettre sérieusement, il faut prendre la musique au sérieux. Quand vous faîte un metier, si vous êtes balayeur, balayez bien, si vous faites bien votre metier, en tout cas vous avez le fruit de votre metier. Mais si vous faites le metier parce que vous ne savez pas quoi faire, c'est pas sûr que vous ayez vraiment le succès que vous voulez. La musique n'est pas un metier qu'on fait parce qu'on ne sait rien faire.Moi, je suis diplomé en assurance, j'ai laissé l'assurance pour me lancer dans la musique, je continue l'aventure, je ne suis pas déçu! Faites le metier avec beaucoup plus de consistance, il faut vraiment y aller, tenez bon, au bout vous aurez les fruits de votre labeur. C'est un beau metier qui procure beaucoup d'émotion, et moi j'adore, parce que cela me procure beaucoup d'émotion.
 
Pour finir, quel appel voudriez vous lancer pour l'évènement du 18 octobre?
 
Je demande à tous les ivoiriens de la place, ceux qui m'aiment ou ceux qui ne m'aiment pas de venir me découvir ou de venir me voir de nouveau, à tous les amis, à tous les ennemis de venir voir qui est Bény Bézy, ce qu'il va faire. Ceux qui me connaissent savent que sur scène, Bény Bézy est une panthère; ils ne seront pas déçu! Oui, la scène c'est ma vie, depuis l'âge de 15 ans je fais la scène. Je lance donc un appel vibrant à tous les africains, parce qu'il n'y a pas que les ivoiriens qui me connaissent, de venir me voir le 18 octobre à l'Espace Noisy Le Sec, de 21h00 à l'aube. En tout cas, j'y serai accompagné par pas mal d'artistes de la place, des ivoiriens, des africains. Venez très nombreux, vous ne serez pas déçus. C'est un spectacle à ne manquer sous aucun prétexte.
 
Interview réalisée par Zéka Togui.
 
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