Audience a la Cour Pénale Internationale: Pourquoi Gbagbo peut être libéré aujourd'hui

L’affaire « le procureur contre Laurent Gbagbo » tiendra, une fois encore l’affiche, demain à la Haye. Un rendez-vous qui aura surpris plus d’un en dehors, bien entendu, de la juge Silvia Fernandez qui en a pris l’initiative, bousculant ainsi le calendrier de la CPI. Une précipitation des évènements qui pourrait cacher bien de surprises.

Mercredi 9 Octobre 2013 - 00:10


Audience a la Cour Pénale Internationale: Pourquoi Gbagbo peut être libéré aujourd'hui

A l’initiative de la juge Silvia Fernandez de Gurmendi, qui le 26 septembre dernier, a pris une ordonnance dans ce sens, une audience se teint demain à la cour pénale internationale (CPI) dans le cadre de l’affaire « le procureur contre Laurent Gbagbo ». Et cela, pour se prononcer soit favorablement sur la demande de mise en liberté conditionnelle de l’ancien dirigeant ivoirien ou à défaut, de le garder encore dans les liens de la détention.  Le fait aurait été banal si la convocation de l’audience intervenait 120 jours après la dernière décision rendue le 11 juillet dernier par la chambre préliminaire 1, réunie au complet et qui s’est prononcée contre la liberté conditionnelle. En cela, elle obéirait bien au mécanisme rigide de l’examen systématique de la détention intervenant tous les quatre mois. Or, à la date de demain, nous ne serons qu’à 90 jours. D’où vient-il alors  que la juge argentine qui jusque là,- a toujours milité pour que Gbagbo soit maintenu à la CPI,- prenne l’initiative de réunir maintenant  toutes les parties prenantes au dossier, surtout que l’on sait aussi que demain, il ne sera nullement question de se prononcer sur la confirmation ou non des charges retenues par le bureau du procureur contre le président Laurent Gbagbo ? Pourquoi cette diligence de Mme Sylvia de Gurmendi  qui se montre ainsi plus royaliste que la défense de l’ex-chef de l’Etat ivoirien pour qui cette audience apparait d’ailleurs, comme du pain bénit car, faut-il le rappeler, Me Emmanuel  Altit  et les siens n’ont  rien demandé dans ce sens ? Or que logiquement, ce sont eux qui avaient grand intérêt à engager pareille initiative. Que gagne  la magistrate venue du pays de Lionel Messi, à précipiter les évènements si c’est pour encore dire niet à Gbagbo alors qu’elle aurait pu attendre tranquillement un mois encore pour le faire en application simple des textes de la CPI ?  Autant d’interrogations  qui montrent, à l’analyse qu’une bonne nouvelle pour les patriotes ivoiriens et tous les résistants de la diaspora, pourrait bien venir demain de la Haye. Et cela sous la forme d’une libération conditionnelle. Aujourd’hui, plus que jamais, tous les clignotants al - lant dans cette direction, sont au vert. Premièrement, au plan juridique, le risque de fuite prétexté depuis le début, par la  «juge unique » au motif que le président Laurent Gbagbo est trop populaire, s’est évanoui depuis quelques semaines avec la comparution devant la cour pénale internationale, du vice-président Kenyan, William Ruto, qui fait aisément la navette entre Nairobi et la Haye, en toute responsabilité alors que l’homme avait bien les moyens de déchirer la convocation du bureau du procureur. Mais il y a répondu en toute liberté. Aussi, selon des informations en notre pos - session, les  choses auraient  évolué positivement au niveau des garanties de sécurité et de représentativité à donner par le pays d’accueil  qui sortira certainement du trio,  Afrique du Sud- Angola-Ouganda, le choix final étant laissé  aux juges de la CPI. Dernier élément et non des moindres, l’accusation reste à ce jour sur le revers  de l’insuffisance de preuves devant ouvrir la voie à un procès Gbagbo. Deuxièmement, au plan politique,- car ce n’est aujourd’hui un secret pour personne que la juridiction de la Haye est sous influence des grandes puissances-, les lignes ont considérablement bougé. Du siège des Nations unies, à New-York, en passant par Washington et Paris, la communauté internationale semble avoir désormais changé ses lunettes dans l’appréciation de la situation en Côte d’Ivoire. Et cela, par la faute d’un Alassane Ouattara incapable de mener le pays sur les rails d’une paix durable mais aussi, de mettre en place les fondements d’une économie réellement émergente à l’horizon 2020. Car,  contrairement à ce que le premier ministre Daniel Kablan Dun - can nous rabâche tous les matins, sur la croissance économique du pays, la communauté internationale connait, elle,  les vrais chiffres qu’on cache aux ivoiriens. N’est-ce pas elle qui tient la perfusion qui maintient encore en vie le régime Ouattara promis à la mort en raison de la cartellisation du pays par les ex-chefs de guerre? Coïncidence troublante ou hasard du calendrier, l’ancien Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan débarque demain, 9 octobre, à Abidjan pour, dit-on,  évaluer les progrès accomplis dans le cadre du redressement du pays et identifier puis évacuer, les obstacles à la tenue d’élections crédibles en 2015. Au cours de son séjour, l’homme rencontrera Alassane Ouattara, les principaux acteurs du marigot politique national, des fonctionnaires des institutions internationales et certaines personnalités de la société civile. C’est la version officielle. En ‘’off’’, on indique de sources diplomatiques, que l’ex patron de l’institution onusienne a plutôt été dé - pêché en Côte d’Ivoire pour discuter avec le Front populaire ivoirien des conditions d’une paix durable en terre ivoirienne. Des échanges préparatoires du dialogue direct entre le président Pascal Affi N’guessan et le chef de l’Etat, qui pourrait avoir lieu dans les prochaines semaines selon la volonté des principales chancelleries occidentales. Aussi, le Vatican, selon les mêmes sources, n’est-il pas en reste s’agissant des pressions faites sur la CPI pour l’inviter à aider au renforcement du processus de réconciliation nationale en Côte d’Ivoire. Une prise de position qui serait consécutive au lobbying de la Fondation Saint Egidio, connues pour avoir de solides entrées auprès du Souverain Pontife. Autre faisceau, non négligeable, la guerre ouverte que mène, depuis quelque temps,  l’Union africaine (UA) à la CPI, qu’elle accuse de conduire « une chasse raciale » sur le continent, selon la belle formule du 1er ministre Ethiopien. Aujourd’hui, l’héritière de la défunte OUA  envisage même un retrait massif des Etats africains  de la CPI. Une menace, qui si elle était mise à exécution, signerait automatiquement l’arrêt de mort de la Cour de la Haye car les africains constituent le gros de la troupe des Etats-parties ayant adhéré au Statut de Rome,- instituant la CPI-, vient du continent noir. Dans ces conditions, la juridiction internationale peut-elle continuer de garder, dans ses geôles, contre tout bon sens, Laurent Gbagbo au risque de braquer davantage l’UA avec laquelle elle ambitionne d’ailleurs, de  négocier sa survie en novembre prochain ? Au total, tous les ingrédients d’une libération conditionnelle du président Laurent Gbagbo sont aujourd’hui réunis. A moins que la juge Sylvia Fernandez de Gurmendi, contre toute logique, ne décide de donner dans la  « sorcellerie juridique ». ▄

Géraldine Diomandé

Source: Aujourd’hui / N°476 du Mardi 08 Octobre 2013




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