Au Mali,le double jeu des putschistes

Jeudi 24 Mai 2012 - 08:44


Au Mali,le double jeu des putschistes
BAMAKO l’ex-junte a condamné l’agression, lundi, du président Traoré…et manoeuvre dans son dos.

Qui gouverne au Mali, alors que le pays est aux deux tiers sous la coupe des indépendantistes du Mouvement de libération de l’Azawad (MNLA), des islamistes d’Ansar ed-Dine et du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao)? Lundi, l’imbroglio politique qui règne depuis deux mois a pris une fois de plus un tour violent. Le président par intérim, Dioncounda Traoré, 70 ans, a été agressé dans son bureau par des manifestants proches de l’ex-junte opposés à son maintien au pouvoir. Et ce deux jours après l’accord signé avec les dirigeants issus du putsch et les médiateurs de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Cet accord prévoit que le président intérimaire assumera ses fonctions pendant douze mois en attendant la mise en place d’élections. Selon des sources proches de la présidence, Dioncounda «a été frappé au visage et au dos». «Secoué». Les manifestants, qui avaient au préalable terrorisé les fonctionnaires de la cité administrative, siège du gouvernement provisoire, ont marché sur le palais présidentiel qui n’est plus gardé. Les forces de police n’ont pas cherché à les contenir. Dioncounda Traoré est sorti hier des urgences, mais reste très «secoué», selon ses proches.
Le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, s’est empressé d’appeler «au calme» et d’exiger des «jeunes» qu’ils mettent un terme«aux marches incessantes» dans Bamako, tout en déplorant l’agression dont a été victime le président Traoré. Pour mémoire, ce dernier affirmait il y a peu qu’il n’entendait pas rester «une seconde de plus» au-delà du mandat de quarante jours prévu par la Constitution. Aujourd’hui, le voilà donc installé pour douze mois, tandis que, dans l’ombre, l’ex-junte du capitaine Sanogo possède la Haute main sur tout l’appareil d’Etat. Selon un des conseillers du président Traoré, «démissionner serait faire le jeu de ceux qui n’aiment pas le Mali».
Le parti de Dioncounda Traoré, l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adéma), a réagi vivement hier(22 mai) en estimant que l’agression «met gravement en cause les services de sécurité maliens et certains responsables civils et militaires». Sont naturellement visées les associations favorables au putsch du 22 mars qui n’ont de cesse d’accuser Traoré «d’être un pur produit» de l’ancien régime qu’incarnait Amadou Toumani Touré, renversé par les hommes du capitaine Sanogo. Ce dernier, retranché dans la caserne de Kati, déploie un remarquable sens de la manoeuvre. Il a d’abord obtenu de la Cédéao et du gouvernement provisoire, il y a quarante-huit heures, le statut d’ex-président. Pour un putschiste qui dénonçait il y a deux mois les avantages liés à la fonction, cela ne manque pas de cran. Et démontre aussi qu’il n’entend pas se faire dicter sa conduite par la Cédéao qui l’avait poussé à redonner le pouvoir aux civils. «Inviolabilité». Combien de temps Sanogo pourra tenir ce bras de fer, lui qui fait enrager la Cédéao en lui opposant la notion «de souveraineté» et «d’inviolabilité du pays»? La Côte- d’Ivoire voisine commence sérieusement à s’inquiéter du tour que prend la question malienne alors que le nord du pays est toujours occupé. Daniel Kablan Duncan, ministre ivoirien des Affaires étrangères, promettait hier «des mesures rapides». A savoir, encore, le déploiement d’une force ouest-africaine de 3000 hommes pour assurer transition et stabilisation. «Enfin, dès que les autorités maliennes en feront la demande», voulait croire la Cédéao.

JEAN-LOUIS LE TOUZET

Source; Le Monde du 24 mai 2012
 
 




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