Au Gabon, les entreprises françaises sur le qui-vive

CIVOX.NET
Dimanche 4 Septembre 2016 - 01:23


Frédéric de la Coste
Frédéric de la Coste
 

Après la première élection d’Ali Bongo Ondimba en 2009, près de la moitié de Port-Gentil, la capitale économique du Gabon, avait été mise à sac. Et, dans la colère des pillards et des manifestants, tout ce qui symbolisait les relations entre la France et le régime Bongo, avait été ciblé. Le consulat de France mais aussi des installations de Schlumberger et Total-Gabon (une salle polyvalente, des stations-service…) avaient été visés. Port-Gentil avait à l’époque voté massivement pour l’opposant Pierre Mamboundou à la présidentielle et n’avait pas admis l’élection « d’Ali, le tricheur », comme on pouvait le lire sur les murs de la ville.
 

Sept ans plus tard, Port-Gentil n’a pas accepté non plus la victoire, mercredi 30 août, d’Ali Bongo à cette réélection contestée par son rival, Jean Ping. Des heurts violents ont éclaté dès l’annonce des résultats, faisant cinq morts à Libreville et provoquant l’arrestation de plus d’un millier de personnes.
 

« Pillages à l’aveugle »
 

« La consigne de l’ambassade de France est de ne pas sortir de son domicile, explique Frédéric de Lacoste, directeur général de la société SMT, concessionnaire de Volvo Construction équipement au Gabon. Il y a une forte inquiétude au sein de la communauté française, parce qu’on ne sait pas combien de temps va durer cette crise. Ces derniers jours, des commerces libanais, chinois et français ont été attaqués, ce qui tend à montrer que les pillages sont réalisés à l’aveugle. »
 

L’ombre de la France a toujours plané sur son ancienne colonie. Les accords de coopération économique signés en juillet 1960, un mois avant l’indépendance, prévoient en effet que « la République française continuera à apporter à la République gabonaise l’aide matérielle (…) qui lui est nécessaire pour réaliser les objectifs du progrès économique et social qu’elle s’est fixés ». Près de 14 000 ressortissants français vivent aujourd’hui au Gabon, où la France, son premier partenaire économique, compte près de 120 entreprises (environ 200 PME-PMI) et une base militaire de 450 soldats.
 

« La plupart des expatriés sont toujours sur place, assure Frédéric de Lacoste qui, au sein de l’ambassade de France, est également responsable d’un groupe en cas d’évacuation. Je souhaite rester pour ne pas laisser mon stock et ne pas abandonner les équipes gabonaises qui ne comprendraient pas que l’on parte maintenant. » L’entreprise de BTP Colas a en revanche déjà demandé à ses trente expatriés de revenir en France.
 

Certaines sociétés avaient anticipé ce regain de tensions électorales et même un manque d’activité. « Nous avions demandé aux familles de nos employés de prendre des vacances avant le scrutin et, si possible, de partir à l’étranger, confie le responsable d’une multinationale. A l’heure actuelle, un tiers de nos employés travaille pendant que les deux autres restent chez eux. Nous faisons le point sur la situation toutes les douze heures. »
 

Publication des résultats
 

En 2009, Paris avait déclaré dans son communiqué officiel « accepter le résultat » et estimé que « les événements post-électoraux [pourtant violents] avaient été un peu grossis ». Comme l’opposition gabonaise, l’Union européenne et les Etats-Unis, l’Elysée a cette fois demandé la publication des résultats de tous les bureaux de vote, qui sont approximativement 2 500 à travers le pays.
 

« Aucun intérêt français n’a pour l’instant été visé parce que la France n’a aucune responsabilité dans cette crise politique, déclare le Gabonais Mays Mouissi, analyste économique. Au contraire, la France participe cette fois à la volonté démocratique du peuple gabonais qui considérait en 2009 que Sarkozy avait imposé Ali Bongo. » « Il y a des restes de Françafrique, c’est indéniable, mais les choses ont évolué, a déclaré à l’AFP Philippe Hugon, directeur de recherche chargé de l’Afrique à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Ce que souhaite avant tout la France, c’est qu’il n’y ait pas de guerre ou de conflit grave par affrontement après le résultat des élections. »
 

Tant que ces tensions post-électorales persistent, il est impossible de quantifier leur impact économique. En 2009, elles avaient duré une dizaine de jours. « Il y a aujourd’hui un fort ralentissement économique qui est lié à la peur qui s’est installée dans les rues gabonaises, analyse Mays Mouissi. Mais lorsque l’heure de la reprise du travail aura sonné, on peut s’attendre aussi à une réaction des différentes centrales syndicales. Des grèves peuvent être envisagées, alourdir un peu plus la situation économique et faire oublier l’objectif de 3 % de croissance prévu pour 2016. »
 

Programme de modernisation
 

Cette crise politique intervient dans un contexte économique déjà très difficile pour ce pays pétrolier peuplé d’environ 1,8 million d’habitants. La chute du cours de pétrole depuis 2014 ajoutée à celle du manganèse – le Gabon est le deuxième pays producteur africain derrière l’Afrique du Sud – ainsi que la baisse de l’exploitation forestière ont déjà provoqué de nombreux plans sociaux et des retards importants dans le paiement des fonctionnaires.
 

Parallèlement, le pays a accueilli de nouveaux investisseurs, notamment asiatiques, qui ont parfois bousculé l’ancienne puissance coloniale, dans le secteur de la construction, par exemple, où elle a longtemps gardé ses privilèges.
 

En 2009, Ali Bongo avait fait campagne sur un ambitieux programme de modernisation et de diversification de l’économie. Sept ans plus tard, 35 % des jeunes demeurent au chômage et le tiers de la population continue de vivre dans la pauvreté.
 

lemonde.fr/




 





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