Arrestation et extradition des pro-Gbagbo. La stratégie du pouvoir d'Abidjan. Accra veut mettre de l'ordre

Le gouvernement ivoirien est bien décidé à lâcher ses filets sur les exilés proches de l'ancien président Laurent Gbagbo, qui sont soupçonnés de préparer des projets de déstabilisation visant le régime d'Abidjan.

Vendredi 8 Février 2013 - 07:22


Arrestation et extradition des pro-Gbagbo. La stratégie du pouvoir d'Abidjan. Accra veut mettre de l'ordre
« Le principe, c'est que tous ceux qui vont s'en prendre à la Côte d'Ivoire, qui vont s'en prendre à la sûreté de l'Etat des Ivoiriens, vont être poursuivis, et traqués. Nous avons des pays amis et ses pays nous aideront dans la traque de ces personnes-là », a assuré le porte-parole du gouvernement, le ministre Bruno Nabagné Koné, à l'issue du Conseil des ministres du mercredi 06 février dernier au palais du Plateau. A la vérité, le président Ouattara et ses lieutenants ne veulent plus attendre de subir des attaques de commando tapis dans l'ombre, pour agir. Comme dit l'adage, '' la meilleure défense, c'est l'attaque ''. Le gouvernement semble avoir fait sien cet adage et est résolu à donner l'assaut à tous ces pro-Gbagbo exilés qui prépareraient des coups d'Etat depuis leur pays d'accueil. Après donc les différents appels au retour volontaire, place désormais au retour forcé, qui marche plutôt bien pour le pouvoir d'Abidjan. Ces extraditions manu militari, disons-le, sont le fruit d'une saine collaboration entre l'administration Ouattara et celle de Dramani. Chacun tirant le meilleur profit, sans gêner les intérêts de l'autre. Du côté d'Abidjan, le constat a été fait que le processus officiel d'extradition ne donne pas les résultats attendus, sinon débouche sur un feuilleton judiciaire aux multiples rebondissements. Selon la loi, l'extradition découle en effet d'une procédure judiciaire qui demande que l'individu concerné soit préalablement présenté à la justice du pays d'accueil ; laquelle doit statuer sur la question et rendre une décision. Le potentiel extradé a alors la possibilité d'être assisté par un avocat. En la matière, le cas Koné Katinan, du nom de l'ex-ministre du budget sous Laurent Gbagbo, qui dure depuis plusieurs mois, demeure encore en travers de la gorge des autorités ivoiriennes, qui le prennent comme un mauvais coup. Et pour ne pas créer un cas similaire, les dirigeants ivoiriens, de concert avec leurs homologues ghanéens, ont décidé, selon nos sources, de contourner cette procédure judiciaire. D'où le rapt et la célérité avec laquelle sont extradés des pro-Gbagbo  depuis quelques jours. L'enjeu étant de minimiser, sinon étouffer les éventuels projets  de déstabilisation qui seraient dirigés contre le régime Ouattara.
La touche ghanéenne
Du côté ghanéen, il y a aussi des objectifs à atteindre. Au delà des relations inter-Etats, voire personnelles qui peuvent lier la Côte d'Ivoire et le Ghana, ainsi que leurs deux présidents, et auxquelles on peut attribuer les déboires des partisans de Laurent Gbagbo, d'autres raisons expliquent l'attitude actuelle, et pour le moins intrigante, adoptée par le pays de John Dramani vis-à-vis des réfugiés ivoiriens. Nos sources indiquent à ce niveau que le président fraîchement élu veut imprimer sa marque à l'administration ghanéenne. Il aurait alors décidé de procéder à des changements dans l'appareil sécuritaire de son pays. Des nominations de nouveaux sécurocrates seraient envisagées par le N°1 ghanéen pour les jours et mois à venir. Mais avant, John Dramani aurait instruit ses services qui sont visés par cette restructuration en vue, d'évacuer tous les dossiers pendants et susceptibles de gêner son mandat. Dans le lot de questions à traiter, figureraient celles relatives aux réfugiés et exilés ivoiriens, qui sont poursuivis par leur pays et qui n'ont pas de statut de réfugié politique dûment reconnu. Du coup, l'épée de Damoclès plane sur la tête de tous ces Ivoiriens présents sur le territoire ghanéen, et qui font l'objet d'un mandat d'arrêt international. Une façon pour John Dramani de se débarrasser de tous les pro-Gbagbo qui sont poursuivis dans leur pays, et qui ne sont pas en règle vis-à-vis des lois ghanéennes. 
 
Hamadou Ziao


Source: L'Inter du 8 février 2013.
 




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