Après son retour en Côte d’Ivoire: La maman de Gbagbo met la République en branle

A peine arrivée à Abidjan, le régime Ouattara insiste pour prendre en charge Marguerite Gado après avoir tenté d’assassiner son fils le président Laurent Gbagbo pendant la crise. Un entêtement du reste suspect.

Mercredi 15 Octobre 2014 - 05:18


Il fallait plus ou moins s’y attendre. Le régime d’Alassane Ouattara, qui a manqué de peu de tuer le président Laurent Gbagbo lors des bombardements de sa résidence, propose curieusement sa bienveillance à l’égard de sa mère, Marguerite Gado,  qui est rentrée dimanche à 16 heures à Abidjan. On ne peut s’empêcher de voir dans cette démarche une récupération politique a des fins de propagande. Tout commence en effet à Noé lors de son périple du Ghana à Abidjan. Dès que les policiers à ce poste frontalier aperçoivent la maman de Gbagbo, lors du contrôle d’identité, ils alertent systématiquement leur hiérarchie à Abidjan. Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité Hamed Bakayoko est aussitôt informé et il rentre en scène. Il prend immédiatement contact avec la famille dès que Marguerite Gado arrive à Abidjan. Il dépêche même ses hommes cette nuit à la Riviera-Palmeraie où la ‘‘vieille’’ est accueillie pour tenter de convaincre la famille d’accepter de la placer sous assistance médicale à la charge du régime. La famille rétorque que l’état de santé de la ‘‘vieille’’ est ras- surant et ne nécessite pas qu’on s’alarme à ce sujet. Mais le régime insiste. Selon nos informa- tions, le pouvoir a envoyé hier à Gnaliépa (village où résidait la ‘‘vieille’’ avant son exil) une équipe conduite par le préfet de Gagnoa afin de prendre des dispositions pour réhabiliter son domicile. En réalité, Marguerite Gado souhaite aller se reposer dans son village natal : Blouzon. Manifestement, le retour de la maman de Gbagbo met en branle la République qui s’active au plus haut niveau à telle enseigne que le chef de l’Etat actuellement au Maroc donne des « instructions » pour qu’un traitement particulier soit réservé à Marguerite Gado. Et le ‘’sécurocrate’’ du régime, Hamed Bakayoko est à la manœuvre.

Entêtement suspect du régime

Les actuels hommes forts du pays qui parlent « d’affaire d’Etat » ne lâchent pas prise. Hamed Bakayoko a convoqué hier certains responsables de la famille à son cabinet au Plateau dans la mi- journée. Le ministre de l’Intérieur soutient que leur démarche est « essentiellement humanitaire » et n’a pas de « dimension politique ». Il explique que l’Etat a décidé de se mettre à la disposition de la maman et de la famille du président Gbagbo parce qu’il a dirigé le pays. Bien évidemment, la famille dit avoir pris bonne note. Mais pourquoi le régime veut-il coûte que coûte prendre en charge la maman de Gbagbo alors que sa famille soutient que son état de santé n’est pas inquiétant ? Pourquoi ne s’est-il mobilisé pour réhabiliter depuis lors sa maison pillée depuis 2011 ?
Pourquoi le camp Ouattara insiste-t-il autant pour proposer son aide là où n’y a pas de requête ? Cet entêtement parait curieux - quand on sait que le pouvoir pose toujours des actes lorsqu’il est assuré d’en tirer des dividendes. D’autant plus qu’il y a d’autres priorités à régler mais sur lesquelles il ferme les yeux et refuse jusqu’à ce jour d’y prêter une oreille attentive. L’argument d’une immixtion humanitaire évoqué pour justifier son action est loin de convaincre. Si le camp Ouattara était si soucieux du mieux-être des pro-Gbagbo, il n’aurait certainement pas laissé expulser Affi N’Guessan (ancien Premier ministre, donc qui a servi l’Etat au plus haut niveau et dont les avoirs sont gelés) de sa résidence au Plateau la semaine dernière ; laisser les familles des détenus poli- tiques dans la misère au point où le Fpi est obligé de lancer un appel aux bonnes volontés pour collecter les fournitures scolaires pour permettre à leurs enfants d’aller à l’école ; ou laisser mourir impassible les prisonniers politiques dans les pri- sons ou en exil. C’est dans ces situations pareilles que le régime Ouattara est invité à agir et non de faire aujourd’hui montre de fausse charité là où il n’a pas été sollicité.  

Persécuter Gbagbo et voler cyniquement au secours de sa maman

Les actuels dirigeants ne peuvent pas se donner autant de mal pour essayer de renverser Gbagbo avec le coup d’Etat de 2002, tenter de l’assassiner avec les bombardements de sa résidence pendant la crise postélectorale, suivi de son arrestation le 11 avril 2011 et son humiliation devant toutes les caméras de télévision du monde entier, avoir activement manigancé pour le transférer à la Cour pénale internationale (CPI) et vouloir à moindres frais se donner bonne conscience à travers des actions d’éclats. On ne peut pas avoir farouchement combattu Gbagbo pendant aussi longtemps, jeter toutes ses forces pour anéantir son parti, le Fpi, persécuter physiquement, politiquement et judiciairement ses proches en Côte d’Ivoire (de nombreux  détenus politique) et hors du pays (les exilés sont toujours traqués malgré leur éloignement), geler les avoirs des pro-Gbagbo et geler leurs avoirs, etc. et mobiliser subitement toute la République pour être au chevet de la maman Gbagbo. C’est cynique.  

Par Benjamin Silué

Source:  Le Nouveau Courrier N°1130 Du Mardi 14 Octobre 2014




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